Inforespace:101, décembre 2000, 4-56. Internet: février 2001
Où en sommes-nous en ufologie ?
A. Meessen, professeur émérite à l'U.C.L.
RésuméNous essayons de faire le point, en
considérant les problèmes suivants. (1) Le paradoxe de Fermi reconnaît que des
extraterrestres appartenant à des civilisations beaucoup plus anciennes que la
nôtre devraient visiter la Terre, mais il affirme qu'ils ne sont pas là.
Pourquoi? (2) L'étude des aspects physiques du phénomène ovni est indispensable
pour faire basculer les attitudes de la communauté scientifique. Est-elle
possible? (3) La psychosociologie
humaine freine l'étude rationnelle du phénomène ovni. Pour quelles raisons? (4)
Des éléments de psychosociologie extraterrestre commencent à se dégager de ce
qu'on a pu observer au cours des 50 dernières années. Qu'est-ce qui résulte des
enlèvements ? Peut-on expliquer les communications télépathiques ?
Est-il vrai que les extraterrestres
mènent à grande échelle, différents types d'expériences
psychosociologiques ?
1. Le paradoxe de Fermi
La perplexité des astronomes
La question
« Sommes-nous seuls dans l'univers ? » a été traitée
récemment par quatre astronomes français de renommée mondiale, sous la forme
d'entretiens qui ont été consignés dans un livre [1]. La bande d'annonce
signale qu'il s'agit d'un « débat scientifique brûlant ». Il
concerne le vieux thème « de l'apparition de la vie et de la place de
l'homme dans l'univers », mais il est réactualisé, à cause d'une
découverte importante. En effet, « notre époque restera dans la mémoire
des historiens comme celle où les scientifiques ont acquis la certitude que
d'autres planètes, peut-être semblables à la nôtre, circulent autour des
étoiles ». Les hésitations et controverses stériles du passé font
maintenant place à des questions concrètes, puisque [2] « des planètes
qui gravitent autour de quelques milliards d'étoiles, cela change tout. »
La découverte décisive a été
faite en 1995, par Mayor et Queloz. En mesurant la vitesse radiale de l'étoile
51 Pegasi, ils ont trouvé que cette étoile bouge et que cela s'explique, si
elle retient au moins une grosse planète qui gravite autour d'elle à une
distance relativement faible [3]. Par la suite, on a découvert de plus en plus
d'exoplanètes et l'enthousiasme des revues de vulgarisation scientifique est
considérable [4] : « Nous assistons peut-être, au tournant du
millénaire, à l'une des plus grandes révolutions scientifiques de l'histoire ».
Parmi les projets grandioses pour améliorer les observations, nous pouvons citer
par exemple la création d'un hypertélescope spatial, constitué de 150
télescopes de la taille du télescope Hubble actuel. Ils devraient être
distribués sur trois cercles concentriques, dont le plus grand atteint un
diamètre de 150 km. L'effort scientifique et financier que cela exige révèle
qu'on voudrait absolument en savoir plus.
On a déjà détecté le passage
d'une planète devant une étoile, en mesurant la variation de l'intensité
lumineuse de celle-ci [5], mais on voudrait surtout pouvoir détecter la signature
optique de la présence de certains gaz dans l'atmosphère de ces planètes, parce
que ces gaz prouveraient l'existence d'une vie extraterrestre. C'est le
« nouveau Graal » des astronomes [6]. Cela relance aussi l'étude de
la formation des systèmes planétaires [7] et suscite des débats socioculturels
[8], la publication de dossiers [9] et même d'une encyclopédie spécialisée sur
le réseau Internet [10]. Entre-temps, on a déjà découvert une cinquantaine de
planètes extrasolaires. Ce domaine est vraiment en effervescence, puisqu'on
vient de découvrir neuf exoplanètes en quelques semaines [11]. La planète la
plus légère et la plus proche tourne autour de l'étoile Epsilon Eridani, située
à 10,5 années lumières de nous. Cet engouement s'explique par le fait qu'on
s'attend à ce que la vie ait pu apparaître en de nombreux endroits de
l'Univers, étant donné que les lois physiques et les processus biochimiques
doivent être les mêmes partout. Les mécanismes de l'évolution impliquent alors
l'émergence d'êtres intelligents et à cause de l'échelle de temps qui régit les
processus cosmiques, il doit y avoir des civilisations beaucoup plus anciennes
et techniquement plus avancées que la nôtre.
Ceci explique pourquoi certains
astronomes ont déjà converti leurs radiotélescopes depuis quelques décennies,
pour capter des signaux électromagnétiques qui pourraient éventuellement
provenir de ces civilisations. C'est le programme SETI (Search for
Extra-Terrestrial Intelligence). Le Sénat américain a coupé les budgets, parce
que certains groupes de pression l'accusaient de gaspiller son argent. Le
programme SETI se poursuit cependant, avec l'aide de donateurs privés qui y
attachent beaucoup d'importance. En France, c'est Jean Heidmann qui a
lancé une écoute simultanée sur des milliers de canaux au radiotélescope de
Nançay, mais il reconnaît que certains de ses collègues y sont
« hostiles ». Pourquoi ? Heidmann l'attribue à des préjugés
inconscients [12] : « Un être intelligent ne peut accepter sans
protester l'idée qu'il existe un être plus intelligent que lui, sauf si
cette intelligence est réputée infinie et ne se trouve plus en compétition avec
la sienne. » Il insiste d'ailleurs sur le fait qu'au cours de ses
conférences, il a constaté que « certains redoutent par-dessus tout »
la proposition que « l'intelligence humaine n'est pas le summum de
ce que le cosmos a pu produire ».
Venant de sa part, cet argument
est particulièrement intéressant, puisque Heidmann (décédé récemment) était
lui-même très hostile à tout ce qui touche aux ovnis. Il est vrai qu'il pouvait
craindre d'être ridiculisé par ses collègues et par conséquent, de perdre ses
budgets, mais les ovnis provoquaient aussi chez lui des réactions très vives.
En Allemagne, j'ai donné une conférence sur les ovnis juste après la sienne sur
le programme SETI. Bien qu'il s'agissait d'une séminaire sur la vie
extraterrestre, où chaque exposé était suivi d'une longue période de
discussions, il est parti comme s'il ne voulait rien entendre qui touche à ce
sujet. On sait d'ailleurs qu'il a quitté un plateau de télévision français avec
fracas, parce qu'il y fut question d'ovnis au lieu de s'en tenir à la recherche
d'intelligences ET au moyen de radiotélescopes. Et au moment de
l'enregistrement d'une émission de télévision [13], où je parlais de certaines
recherches sur le phénomène ovni, il s'est entouré d'amis qui s'opposèrent très
violemment à ce que le phénomène ovni soit pris au sérieux. Pendant leurs
attaques, le cameraman me filmait, ce qui avait été convenu sans doute, mais je
restais impassible, en levant mon doigt pour obtenir la parole, étant donné que
cette émission s'appelait : « çà se discute ». Cela ne s'est pas
produit, mais directement après l'enregistrement, j'ai protesté auprès du
réalisateur et lors du passage sur antenne, cette partie n'a pas été diffusée.
Ce sont des exemples du « dialogue » qui se pratique actuellement
entre scientifiques, quand il s'agit d'ovnis.
Pourquoi certains scientifiques
et surtout des astronomes pensent-ils devoir s'opposer à l'étude du phénomène
ovni ? Puisque Jean Heidmann était
très actif dans le programme SETI, il n'avait pas peur, lui, de l'existence de
civilisations extraterrestres tellement évoluées qu'elles pourraient
communiquer avec nous ou du moins trahir leur présence par des ondes radio.
Cela ne nous dérange pas trop, en effet, du moment qu'ils restent chez eux,
mais si jamais il pouvait apparaître que les ovnis sont des engins de visiteurs
extraterrestres, nous serions confrontés à la possibilité d'un contact
direct. Les implications seraient tellement énormes et probablement
inquiétantes, que Heidmann et ceux qui pensent comme luipréfèrent se rassurer par une déclaration
péremptoire [14] : « Il n'existe aucun cas d'ovni à ce jour
qui soitsuffisamment bien étayé pour attester scientifiquementque
cet objet provient d'une civilisation extraterrestre. » Alors, qu'est-ce
qu'on attend pour lever les incertitudes ? Heidmann répond à cette
question de la manière suivante: « Je connais des astronomes qui se
passionnent pour ces questions et qui me reprochent même de ne pas m'en
occuper. Je crois pour ma part que les ovnis font partie, avec d'autres
histoires merveilleuses, de l'arsenal des gouvernements pour désinformer et
continuer à faire rêver le grand public ». Ah, c'est donc ça qu'il
croyait !
Alfred Vidal-Madjar est plus proche de l'étude des planètes
extrasolaires et il est très ouvert à l'exploration de ce qui apparaît à
l'horizon [15] : « Tant qu'il
n'y a pas de preuves, toutes les hypothèses doivent être examinées La
recherche a mille facettes, mais elle consiste toujours à avancer dans
l'inconnu. » Cet astronome conçoit parfaitement que sur l'une ou l'autre
planète, il puisse y avoir une civilisation avancée et « rien n'empêchera
un jour ces êtres de quitter leur système planétaire et d'aller dans les
étoiles ». Nous sommes donc confrontés au problème suivant :
« si tout cela est vrai et si une telle civilisation nous a précédés, comment
se fait-il qu'elle ne soit pas arrivée jusqu'ici ? Manifestement, ils
ne sont pas là. »
C'est Enrico Fermi, prix
Nobel de physique, qui formula ce « paradoxe », déjà en 1950, mais à
cette époque, on savait encore très peu du phénomène ovni. Aujourd'hui, on sait
nettement plus à cet égard et on est prêt à dépenser des sommes considérables pour
rechercher des traces de vie dans d'autres systèmes planétaires. Puisque ce
paradoxe définit un problème fondamental, ne serait-il pas opportun de chercher
à savoir si les ovnis ne véhiculent quand même pas des visiteurs
extraterrestres ? Vidal-Madjar répond simplement : « Du moins je
ne les ai pas rencontrés Disons que si nous n'étions pas seuls, cela se
saurait ! ». Cette réponse mérite un examen plus approfondi et
nous y reviendrons au chapitre suivant, mais nous pouvons déjà constater que
derrière le paradoxe de Fermi, on découvre un second paradoxe. Il y a
des scientifiques, habitués à donner la priorité aux faits observés et
fortement intéressés à l'existence de la vie et d'autres civilisations dans
l'Univers, mais qui refusent de se pencher sur une étude rationnelle du
phénomène ovni !
Nicolas Prantzos semble
plus ouvert aux nouvelles idées, puisqu'il s'intéresse plus spécifiquement aux
civilisations extraterrestres et même aux récits de voyages interstellaires
dans la science-fiction [16] : « Oui, j'aimerais bien qu'ils
existent, car ce serait excitant, très enrichissant intellectuellement, nous
aurions tellement de choses à apprendre d'eux ! ». Mais Prantzos met
en question l'existence même de civilisations extraterrestres, techniquement
avancées, à cause du paradoxe de Fermi : « S'il y avait des
civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient déjà être ici,
chez nous. Nous aurions déjà rencontré soit des êtresvivants,
soit leurs sondes, soit leurs robots, soit des traces de leur visite » En
effet, « à partir du moment où une civilisation technologique parvient à
maîtriser les voyages interstellaires, il lui faut quelques dizaines ou
centaines de millions d'années pour se répandre dans la Voie lactée
et repérer toutes les autres formes de vie ». Par conséquent, si la
présence des extraterrestres n'est pas plus manifeste que ne le montre le
phénomène ovni, c'est que celui-ci n'est pas réel. Ce raisonnement comporte une
faille, puisque nous ne savons pas comment les extraterrestres doivent se
comporter.
Plus de sagesse est possible
Hubert Reeves sait très
bien que « beaucoup de scientifiques refusent d'examiner l'hypothèse d'une
intelligence extraterrestre, parce qu'ils trouvent cette idée
humiliante », mais il estime [17] que « si telle est la réalité,il faut l'accepter et vivre avec. Je ne vois pas d'autre issue
possible. » En outre, « il faut rappeler encore une fois combien
notre imagination est limitée ! » En fait, « les richesses de
l'Univers nous entourent et nous débordent de toutes parts. Nous pouvons
nous attendre à beaucoup de surprises encore ».
Ceux qui ont interviewé Hubert
Reeves rappelèrent alors ce qui est arrivé : « Un grand mathématicien
français a dit au cours d'une émissions de télévision : Si j'entends à la
radio qu'une soucoupe volante s'est posée dans mon jardin, je vais fermer les
volets et je continue mon travail. » La réponse de Reeves était simple et
nette : « Sans doute manquait-il de curiosité. Cela existe, même chez
des savants ! ». Hubert Reeves est prêt à regarder le cas échéant,
mais en attendant, il se contente de la même réponse que ses
confrères : « Je ne crois
pas qu'on ait trouvé des preuves crédibles de la visite d'extraterrestres
sur notre planète Si le débarquement se produisait, on le saurait ! »
Cela soulève des questions qui
concernent le fonctionnement des sciences. Nous connaissons effectivement de
nombreux exemples de preuves irréfutables, mais il ne faut pas oublier qu'en
général, il y a une période préalable, où l'on ne dispose que de
quelques indices. Ce sont ceux-ci qui incitent à la recherche de preuves
inattaquables ou du moins à une clarification du problème posé. Aussi longtemps
que cela n'a pas été fait, il peut y avoir des préjugés individuels et mêmes
des pressions collectives qui bloquent le développement de certaines idées. On
en connaît de nombreux exemples. L'élaboration des sciences est une oeuvre
collective et ce qui a été découvert finit par être connu, mais il y a une
différence entre l'incertitude initiale et le consensus auquel on doit
finalement aboutir. On ne peut pas nier non plus que même les « sciences
exactes » sont construites par des « hommes » qui ont plus ou
moins de sympathies pour certaines idées.
J'ai vraiment l'impression qu'on
met la charrue devant les boeufs : on ne cherche pas de preuves, parce
qu'il n'y en a pas encore. Il faudrait peut-être les chercher, pour en
avoir. Je n'ai pas pu constater que les astronomes qui affirment ou croient que
les ovnis ne sont pas des manifestations possibles de visiteurs extraterrestres
aient déjà étudié cette problématique d'une manière suffisemment approfondie.
Je suis profondément convaincu, cependant, que le sens de la rigueur des
scientifiques, leur honnêteté intellectuelle et leur curiosité fondamentale
finiront par les conduire à une étude rationnelle du phénomène ovni.
La révolution s'amorce
L'astronome britannique Ian
Crawford [18] a discuté le paradoxe de Fermi d'une manière plus détaillée. Il
note que l'idée de l'omniprésence de la vie dans l'Univers fait son
chemin et que beaucoup de biologistes trouvent normal de faire un pas de
plus : « Dès l'apparition d'une forme de vie primitive, la sélection
naturelle conduirait inéluctablement à l'intelligence et à la technique ».
Ceci nous ramène à la question : où sont-ils ? La réponse est déjà un peu
plus nuancée : « Il n'existe aucune preuve claire de visiteurs
extraterrestres sur la Terre ; en tout cas, la Terre n'a jamais été colonisée
par une civilisation extraterrestre, car elle aurait bloqué notre propre
évolution et nous ne serions pas là pour en parler. » Cette assertion
implique de nouveau un préjugé anthropomorphique. Nous aurions colonisé, mais
cela ne prouve pas qu'ils auraient dû le faire aussi.
Crawford considère cependant le
problème posé d'une manière assez générale, en énonçant et en évaluant quatre
hypothèses possibles. (1) Qu'il seraitimpossible de réaliser des vols spatiaux interstellaires
n'est pas plausible, puisqu'il n'y a pas de principes physiques qui
l'interdisent. (2) Si ces voyages sont possibles, les extraterrestres peuvent
avoir choisi de ne pas les entreprendre. C'est peu probable, si de
nombreuses civilisations sont impliquées. La curiosité devrait les faire
bouger. (3) Dire qu'ils ne nous ont pas trouvés est improbable pour la
même raison. On peut même démontrer mathématiquement que le processus
d'exploration devrait s'étendre comme une vague et se densifier
progressivement. (4) Les extraterrestres pourraient avoir décidé de ne pas
nous approcher, pour nous observer seulement à distance ou d'une manière
très discrète. Ceci laisse une porte ouverte et logiquement, on devrait aller
voir ce qui se cache derrière celle-ci.
Les défenseurs inconditionnels de
la seule écoute de signaux radio résolvent le paradoxe de Fermi, en admettant
que les civilisations extraterrestres sont très répandues, mais que les voyages
interstellaires sont impossibles ou du moins très difficiles. Ils admettent que
les extraterrestres ne peuvent pas réussir, puisque nous ne savons pas comment
ils le feraient, mais ils disent seulement que si c'était assez facile, la
Terre aurait dû être colonisée depuis longtemps. L'échelle des temps
cosmiques permet facilement des écarts d'au moins quelques dizaines de millions
d'années pour l'émergence et l'évolution accélérée de civilisations dans
d'autres systèmes planétaires. S'ils étaient venus, il y aurait des traces,
mais « on n'a relevé aucun artéfact physique ni aucune trace chimique ou
biologique d'une visite éventuelle de la terre. »
Et si la vie était une trace de visites très
anciennes ? Alors, dit Crawford, « notre planète n'a plus été
importunée depuis ».
Il note que les promoteurs du
programme SETI évacuent trop rapidement ou même « sans examen » les
considérations sociologiques liées à la quatrième hypothèse, mais il la rejette
lui-même, à cause du nombre des civilisations extraterrestres qui
devraient être impliquées. En effet, elles n'auraient pas toutes « le même
respect des formes de vie moins développées ». Nous voyons que la
discussion est plus détaillée, mais que toutes les possibilités n'ont pas été
considérées. Les civilisations ET pourraient se concerter et se mettre
d'accord pour que chacune d'elles nous traite d'une manière discrète !
L'idée d'un « club galactique » n'est pas nouvelle [19], mais on n'en
tient pas compte. La loi fondamentale de l'exploration interstellaire
pourrait être de ne pas perturber l'évolution d'une civilisation émergeante
comme la nôtre. Le contact direct serait interdit jusqu'à ce que cette
civilisation ait pu atteindre une maturation suffisante pour résister au
choc culturel, inévitable.
Les « visiteurs »
seraient autorisés à se montrer parfois, pour attirer l'attention et pour faire
réfléchir, mais ils devraient brouiller les pistes pour garantir une
découverte autonome de leur présence. Crawford reconnaît que toute cette
problématique se situe à la frontière entre ce qu'on sait et ce qu'on ne sait
pas encore, mais il opte pour une voie de recherche qui ne dévie pas de la
ligne traditionnelle des astronomes (sinon son article n'aurait probablement
pas été publié). Il affirme que « le seul moyen de résoudre le paradoxe
de Fermi est d'explorer notre environnement cosmique avec le plus
d'attention possible » (et non pas de s'intéresser aux ovnis qui
apparaissent près de la surface de la Terre). Il faut donc que le programme
SETI se poursuive, qu'on construise des instruments spatiaux pour détecter des
planètes semblables à la Terre et même « des sondes capables d'aller
étudier les planètes en orbite autour d'étoiles proches. » Crawford
ajoute : « Il faudra ce lourd programme d'exploration pour que nous
parvenions à mieux comprendre notre place dans l'Univers ».
L'article qui suit celui de
Crawford fut écrit par un ingénieur des télécommunications [20]. Il est plus
critique vis-à-vis du programme SETI, parce qu'il examine les contraintes
physiques pour réaliser des communications à l'échelle galactique. D'après lui,
nos correspondants extraterrestres devraient utiliser « des méthodes
originales » pour que leurs messages puissent nous parvenir. Il suppose
d'emblée que les « autres » n'ont pas encore entrepris des voyages
interstellaires et qu'ils effectuent une recherche aléatoire pour entrer en
contact avec d'autres civilisations. Pour des raisons énergétiques, ils
devraient alors se servir de faisceaux étroits, ce qui exigerait une
précision inouïe pour le pointage et le suivi. Crawford se voit obligé d'en
conclure que « l'utilisation des ondes radio pour des contacts
interstellaires est décourageante. » Il ajoute pour ceux qui voudraient se
lancer dans cette voie : « Même si nous réussissions à venir à bout
des formidables contraintes physiques, le projet de communications avec des
extraterrestres nécessiterait une ténacité dont l'humanité n'a pas encore fait
preuve. » Ce n'est pas pessimiste, mais lucide. En continuant à raisonner
de cette manière, on parviendra à la décision qui fait encore problème :
il faut qu'on examine le phénomène ovni !
Carl Sagan [21] l'a examiné, en
se basait par exemple sur les livres de von Däniken, pour juger des artéfacts
laissés par d'anciens astronautes éventuels. Une étude des
effets physiques produits par les ovnis serait plus appropriée, puisque Sagan
sait qu'à l'échelle mondiale, « le rythme des visites supposées, ces
dernières années, est de plusieurs par jour.» Sagan s'oppose cependant à l'idée
qu'il puisse s'agir de visiteurs extraterrestres, en déclarant que cette
hypothèse est comparable à celle du Père Noël. Pour justifier son affirmation,
il fait un calcul, basé sur une évaluation du nombre des systèmes planétaires
pouvant être habités par des civilisations techniquement avancées et sur
l'hypothèse que chacun de ces ovnis devrait venir de sa planète. Est-ce que des
civilisations extraterrestres n'auraient pas pu installer des bases dans notre
système planétaire ou même au fond de nos océans ? En fait, il n'y avait
pas trop peu d'observations d'ovni pour qu'on prenne ce phénomène au sérieux,
mais trop, par rapport au calcul hasardeux de Sagan.
Je ne pense pas que les écrits
d'Erich von Däniken soient représentatifs de la recherche ufologique, mais il
faut être juste. J'ai constaté récemment qu'il a réalisé une étude des traces
de Nazca, au Pérou [22] qui est fort intéressante. Ces traces sont distribuées
sur un vaste territoire désertique, dont l'accès est strictement interdit pour
éviter des détériorations, comme il y en a eu malheureusement, mais von Däniken
a réussi à faire de vraies découvertes au moyen de nombreux survols en avion et
par des contacts personnels avec ceux qui connaissent bien la région et la
mentalité des Indiens. von Däniken travaille à sa façon, mais ce qui importe,
c'est que les traces de Nazca pourraient être un exemple de vestiges
d'anciennes expériences psychosociologiques, menées par des extraterrestres
dans un passé relativement lointain.
[Note ajoutée sur Internet.
Je n'attache pas d'importance à la collection des pierres gravées et des
statuettes en terre cuite, rassemblée par le Dr. Cabrera de la ville d'Ica, au
Pérou. Ces artéfacts pourraient être produits très facilement par des indiens
autochtones actuels et cela éliminerait les anachronismes illogiques de
ce qui a été représenté. Les tracés au sol méritent par contre plus
d'attention, puisque ni l'intention de les produire, ni leur réalisation ne
s'expliquent aisément. Des extraterrestres pourraient évidemment déblayer le
sol de petits débris suivant des tracés géométriques énormes, même sur terrain
accidenté. En outre, ces « pictogrammes » nous rappellent ceux qu'on a trouvés
récemment dans des champs de blé. Le fait que le désert de Nazca ait favorisé
une meilleure préservation ne s'oppose pas à l'idée que l'intention était de
faire réfléchir.]
Paul Davies [23] n'hésite pas à
affirmer que même « la découverte d'un seul microbe extraterrestre, ayant
évolué indépendamment de la vie sur Terre, modifierait drastiquement notre
vision du monde et changerait notre société aussi profondément que les
révolutions coperniciennes et darwiniennes. On pourrait vraiment dire que ce
serait la plus grande découverte scientifique de tous les temps. »
Le phénomène ovni pourrait contenir un potentiel de changements
révolutionnaires encore beaucoup plus important, mais jusqu'à présent, la
communauté scientifique n'a pas voulu y faire attention.
2. L'étude des aspects physiques du phénomène ovni
Elle est indispensable
Quand je contemple l'évolution de
l'ufologie au cours des 50 dernières années et surtout ce qui s'est passé
pendant et après la vague belge, je suis obligé d'en conclure qu'il ne
suffit pas d'accumuler de plus en plus de témoignages et de données objectives
pour modifier les attitudes de la communauté scientifique par rapport au
phénomène ovni. Il faut qu'on puisse montrer que ce qui a été observé n'est pas
irrationnel ! Au fond, on refuse
d'étudier les faits, parce qu'on ne les comprend pas, mais pour les
comprendre, il faudrait d'abord les étudier !
On peut considérer que ces faits sont trop extraordinaires, mais
il faut respecter la logique interne du problème posé. Si les ovnis sont des
engins construits et pilotés par des intelligences extraterrestres, capables de
traverser les espaces interstellaires,nous sommes évidemment confrontés
à une situation inégalée, mais ce n'est pas une raison pour s'en désintéresser.
Au contraire, il faudrait clarifier ce problème avec détermination, en y
mettant tous les moyens nécessaires, à cause de ses implications possibles. Ce
que nous savons des ovnis signifie, par exemple, qu'ils doivent disposer d'une source
d'énergie que nous ne connaissons pas. Ce serait déjà une raison suffisante
pour essayer d'en savoir le plus possible. L'étude des aspects physiques du
phénomène ovni pose évidemment des problèmes très complexes et difficiles,
mais cela n'est pas non plus une raison suffisante pour s'en désintéresser.
Commençons par résoudre les problèmes que nous pouvons résoudre, en nous
servant de ce qui a été observé assez fréquemment et des lois physiques
connues. Ensuite, on verra ! Nous ne devons pas nous plaindre du risque de
ne pas arriver, si nous ne nous mettons même pas en route.
Une autre difficulté à vaincre
concerne les blocages psychosociologiques. Nous les examinerons au
chapitre suivant, mais pour l'instant, nous pouvons déjà remarquer qu'on
parvient à trouver des excuses apparemment logiques pour ne rien faire.
Hubert Reeves se réfère au « rapport Condon », en supposant qu'il
s'agit vraiment d'une étude scientifique. Quand on examine le contenu et le
contexte de cette étude, on constate qu'elle n'était pas objective et on
comprend pour quelles raisons. Le second argument avancé par Hubert Reeves pour
évacuer le problème des ovnis [24] provient de l'ouvrage du psychanalyste Carl
Gustav Jung [25]. Au lieu d'examiner les effets physiques produits par les
ovnis, Reeves affirme qu'on a affaire à des effets de l'inconscient
collectif. Jung a introduit ce concept, en partant de mythes anciens qui
font intervenir des « visions dans le ciel ». Par la méthode des
associations d'idées, il arrive alors à établir un lien entre les observations
d'ovnis et ces anciens mythes, en suggérant qu'ils résultent tous les deux du désir
inconscient d'établir un contact avec des puissances supérieures. S'il le
faut, on invente un substitut.
C'est une belle idée, mais avec
tout mon respect pour Hubert Reeves, je constate qu'il s'en sert seulement,
sans la prouver. De cette manière, il aboutit à la conclusion suivante :
« on peut voir dans le phénomène OVNI la renaissance d'une mythologie
ancienne habillée d'une imagerie moderne : des voyageurs de l'espace
(des anges) nous observent, et parfois, nous font parvenir un message (un
évangile) disant que la galaxie (le ciel) s'inquiète et nous met en garde
contre des dangers que nous faisons planer sur nous mêmes. » Les
parenthèses définissent ce qui a été remplacé. Le tour est joué. Il suffit
alors des affirmations de quelques « contactés » des années 50 et 60
pour confirmer cette idée, sans devoir passer par un examen détaillé de tout ce
qui a été observé. Au cours des années 70, on vit même que d'anciens
ufologues embrassaient maintenant l'hypothèse psychosociologique, faisant
appel à un imaginaire collectif. A mon avis, la rotation des aiguilles de
boussoles [26] fournit déjà un exemple suffisant pour montrer que les effets
physiques produits par les ovnis ne s'expliquent pas du tout par un désir
inconscient d'entrer en contact avec des êtres venus d'ailleurs ni par des
méprises ou maladies mentales.
Dans son article de 1979, Hubert
Reeves affirmait également que « les premières détections des soucoupes se
produisent vers les années 1947-1948 qui coïncident avec la prise de
conscience de la possibilité d'un holocauste nucléaire. Cette coïncidence
des événements suggère que c'est la gravité de la situation mondiale actuelle
qui trouble fortement les hommes et fait que leur inconscient s'alarme et jette
les yeux vers le ciel. » En réalité, il y eut déjà des observations
d'ovnis bien avant 1947, quand le concept d'un holocauste nucléaire n'était pas
encore né. L'hypothèse proposée pourrait être testée d'ailleurs, en
interrogeant ceux qui ont vu des ovnis pour voir si le trouble postulé est
détectable chez au moins 50 % de ces témoins. Si l'on estime que cela n'est pas
possible, à cause des mécanismes inconscients, la théorie est invérifiable et
donc scientifiquement inefficace. Il faut qu'on étudie le phénomène ovni lui-même.
La définition du problème à résoudre
Pour montrer que cette définition
n'est pas évidente, je discuterai les idées que l'astrophysicien et ufologue
français Pierre Guérin a présentées récemment [27]. Je l'ai rencontré au
cours des années 70 et j'ai toujours apprécié son honnêteté intellectuelle. Il
dénonce avec vigueur les blocages psychologiques et intellectuels chez des
astronomes français de l'Union rationaliste qu'il a rencontrés personnellement.
Il nous livre aussi une sorte de « testament » de cinquante années
d'expérience dans le domaine de l'ufologie. Puisqu'il a certainement voulu que
son livre puisse activer la réflexion, je pense qu'il faut relever ce défi. La
vision que Guérin propose révèle en effet l'existence de difficultés
fondamentales, intrinsèques à l'ufologie.
J'ai effectivement écrit
[28] : « Il résulte d'un très grand nombre d'observations que
les manifestations d'OVNI relèvent d'une technologie que nous ne connaissons
pas. Elle est probablement d'origine extraterrestre, mais cela reste une
hypothèse à démontrer ». Pierre Guérin rétorque vivement
[29] : « Eh bien non, ça n'est pas une hypothèse, mais un
fait ! ». Puisque cette affirmation a été mise dans un contexte où il
est beaucoup question de désinformations, je voudrais éviter qu'il y en ait une
autre, concernant la nature même du problème à résoudre. Il ne suffit pas d'affirmer
que les ovnis sont d'origine extraterrestre,il faut le démonter
par des moyens adéquats pour convaincre la communauté scientifique. Ceci
demande quelques explications.
Dès ma première intervention
[30], j'ai déjà insisté sur le fait que « la plupart des observateurs ont
décrit les OVNI comme des engins » et qu'il est donc « normal que
l'on s'interroge sur le mécanisme de leur propulsion ». En examinant
les propositions qui avaient été avancées, je fus contraint de reconnaître
qu'elles n'étaient pas acceptables pour un physicien. Expliquer veut dire
qu'on parvient à relier l'inconnu au connu d'une manière parfaitement logique.
C'est ce que je cherchais à faire pour les aspects physiques du phénomène ovni.
Il se peut évidemment que certains aspects fassent appel à des lois physiques
que nous ne connaissons pas encore, mais d'autres aspects devraient pouvoir
s'expliquer à partir des lois connues. Ceci concerne par exemple les lois de la
mécanique et de l'électromagnétisme, mais il faudra peut-être les appliquer
dune manière innovante. Avant de s'engager dans une recherche plus spécifique,
il faudrait cependant considérer et évaluer toutes les hypothèses
envisageables. On peut les grouper dans trois catégories [31].
L'hypothèse psychosociologique
postule que tout ce qui a été observé résulte d'erreurs de perception ou
d'interprétation (ce qui inclut les avions secrets), d'hallucinations ou
d'autres processus mentaux (y compris des effets éventuels de l'inconscient
collectif). Quand on examine vraiment les faits observés, on constate que cette
hypothèse est incapable de rendre compte de toutes ces données. Elle est
donc être éliminée.
L'hypothèse paranormale
établit un lien avec d'autres phénomènes mal compris, bien que leur réalité ne
soit pas bien établie non plus. Cette hypothèse ne peut pas être écartée
totalement, mais elle est méthodologiquement inefficace, puisqu'on ne peut pas
expliquer ce qu'on ne comprend pas à partir de quelque chose qu'on comprend
moins encore. Ceci inclut aussi bien des idées purement spéculatives sur des
espaces parallèles, des vitesses superluminiques ou l'antigravitation, que le
concept du diable ou des fantômes, par exemple.
Il reste l'hypothèse extraterrestre avec des engins en
« tôles et boulons », provenant d'autres systèmes planétaires de
notre galaxie. C'est l'hypothèse ET au premier degré. On a
introduit ce terme pour suggérer qu'il eut mieux valu de la remplacer par l'hypothèse
ET au second degré, incluant des effets de type paranormal. Ce
n'est pas mon point de vue. Je pense au contraire qu'il ne faut pas se laisser
impressionner par certains aspects bizarres, probablement mal interprétés, mais
commencer par ce qui est susceptible d'être compris.
Dans ce sens, il me semblait « raisonnable d'admettre, comme
hypothèse de travail, que les OVNI puissent être des engins matériels,
d'origine extraterrestre ». En 1973, j'ai proposé une première esquisse
d'un modèle de propulsion de type MHD, puisque
c'était un argument fondamental pour dire que l'hypothèse extraterrestre (au
premier degré) était réaliste. J'ai ajouté qu'il est « surtout important
de montrer qu'il est possible d'appliquer des méthodes scientifiques à
l'étude du problème des OVNI ». J'étais arrivé au modèle MHD, en partant
de l'idée que la propulsion des ovni devait nécessairement résulter d'une mise
en oeuvre du principe de l'action et de la réaction.
Les ovnis n'éjectent pas de la
matière, comme nos fusées, mais ils sont souvent entourés d'une luminosité qui
peut être attribuée à une ionisation de l'air ambiant. Du moment qu'un ovni
produit des particules chargées dans son environnement immédiat, il peut
exercer des forces sur celles-ci au moyen de champs électriques et magnétiques
adéquats. Cela pouvait être relié à différents effets observés et ouvrait donc
une voie de recherche concernant un système de propulsion original,
quasi-silencieux, très flexible et efficace. En 1975, Jean-Pierre Petit a pris
connaissance du phénomène OVNI et des lettres ummites [32]. Puisqu'il
travaillait à ce moment dans le cadre d'un projet de recherche en MHD, il
proposa également que la propulsion des ovnis résulte de ce type de lois. Il y
pensa donc indépendamment de moi, un peu plus tard et par la suite, il a
développé certains aspects de cette théorie.
Aujourd'hui, je pense encore que
le modèle MHD est le plus prometteur et je continue à travailler dans cette
voie. Un article récent [33] illustre le fait que je cherche toujours à relier
des développements théoriques nouveaux aux faits observés dans une série de
cas. Je privilégie donc l'hypothèse extraterrestre, mais je ne la considère
pas comme étant déjà établie. Au contraire, il faut s'efforcer d'imaginer ce
qui pourrait se cacher derrière les apparences, construire une théorie qui doit
être logiquement cohérente et chercher à la confirmer ou l'infirmer par
d'autres faits observés. C'est la méthode habituelle dans les sciences exactes
et je pense que c'est uniquement comme cela qu'on parviendra à ébranler
l'indifférence et les préjugés qui règnent actuellement dans la communauté
scientifique. Il y a un peu partout dans le monde des scientifiques qui
oeuvrent dans ce sens ou sont prêts à le faire. Beaucoup d'entre eux ne peuvent
pas sortir de l'ombre, parce qu'ils risqueraient de compromettre leur carrière.
C'est absurde et même dramatique, mais malgré tout, on peut avancer et j'espère
qu'on arrive assez rapidement à resserrer les rangs pour dépasser ces
difficultés.
La science des extraterrestres est-elle inaccessible ?
Pierre Guérin a été fortement influencé par Aimé
Michel [34] qui mit en avant l'idée des êtres appartenant à des civilisations
extraterrestres beaucoup plus anciennes que la nôtre doivent avoir des
capacités cérébrales très supérieures. Rappelons que la phase décisive de
l'évolution des hominidés remonte à environ 10 millions d'années et que Homo
habilis a taillé les premiers outils en pierre il y moins de 3 millions
d'années, tandis que l'écart qui nous sépare de certaines civilisations
extraterrestres pourrait facilement atteindre 10 ou 50 millions d'années. Je
suis donc d'accord pour accepter la possibilité d'une différence absolument
énorme entre certaines civilisations extraterrestres et la nôtre. Que Pierre Guérin
avait fait ce pas déjà très tôt, le différencia de ses collègues astronomes.
Comme Aimé Michel, il en conclut en effet que « le contact avec des êtres
de l'espace au cerveau plus performant que le nôtre ne pouvait se faire à armes
égales ». D'après lui, il faudrait même « prévoir notre incapacité
définitive à comprendre certains aspects du comportement de nos visiteurs
tout comme de leur science. » Là, je ne suis plus d'accord.
Il est vrai que les extraterrestres qu'on appelle
des « petits gris » ont de très grosses têtes et qu'il a été souvent
rapporté qu'ils communiquent entre eux de manière télépathique. Même des
personnes qui ont été enlevées par eux peuvent les « entendre » dans
leur tête. En tout cas, il me semble normal qu'une grande avance évolutive ait
pu conférer aux extraterrestres beaucoup plus de capacités de traitement en
parallèle que celles que nous avons. Que certains aspects de leur comportement
nous semblent très étranges et qu'une partie de leur science nous dépasse
totalement est tout à fait logique, mais il ne faut pas en conclure qu'il n'y a
pas moyen de comprendre leur science. Pourquoi ? Parce que ce qui fait
l'objet des sciences de la réalité physique est inscrit dans la nature et non
pas dans les cerveaux. Cette constatation me semble capitale, car sinon, il
serait inutile d'entamer une recherche scientifique du phénomène ovni.
Pierre Guérin s'attend à ce que « notre
intelligence rationnelle puisse être transcendée par celle des Extraterrestres
à la façon dont nos propres facultés intellectuelles transcendent celles des
mammifères terrestres supérieurs. » Il me semble que par rapport aux
mammifères supérieurs, l'homme a quand même une certaine capacité de pensée
rationnelle et que nous devrions partager celle-ci avec les extraterrestres.
Notre capacité de traitement des informations est peut-être beaucoup
plus lente et limitée, fragile et susceptible d'erreurs (errare humanum est),
mais malgré cela, Pascal avait raison de dire que « l'homme est un roseau
pensant ». N'oublions pas que les membres de l'Union rationaliste que
Guérin a rencontrés défendaient des positions très tranchées. « Il
était indécent pour ces gens que l'on prenne au sérieux les observations
d'ovnis : elles risquaient de remettre en question notre supériorité cosmique
absolue d'êtres pensants. » L'ancienne idée que « l'homme
est le roi de la création » ne tenait évidemment pas compte d'autres
systèmes planétaires. Un de ces « rationalistes » affichait
d'ailleurs des conceptions philosophiques qui exigeaient « que l'Homme
soit seul sur cette Terre, hors de toute influence de puissances cosmiques
extérieures auxquelles il ne croyait pas. » Ceci a des résonances
(anti)religieuses et Pierre Guérin dénonce cet a priori, mais en prenant
le contre-pied, je crains qu'il a un peu exagéré.
Guérin nous dit : « Le cerveau de l'Homo
sapiens sapiens n'est pas entièrement à la hauteur de celui de nombreuses
espèces supérieures dans l'Univers, résultant d'une évolution biologique
immensément plus ancienne, qui maîtrisent l'usage courant des manifestations
dites à tort 'paranormales' ou encore sont capables de 'visualiser '
directement des espaces à plus de trois dimensions géométriques. »
Autrement dit, à cause de leurs capacités mentales, ils pourraient créer une science
et des techniques qui sont inaccessibles pour nous, aussi longtemps que nous
n'avons pas les mêmes capacités. « On ne rattrape pas si facilement des
milliers d'années de retard scientifique, ou immensément plus encore ». Il
est vrai que nous ne connaissons pas les motivations de nos visiteurs, mais
Guérin va plus loin, en se demandant si nous pouvons « accéder aux
projets d'une pensée supérieure non humaine ? »
C'est une question très fondamentale. Guérin répond
[35], en rappelant d'abord que « toute technologie fondamentalement
nouvelle ne peut que paraître magique à ceux qui ne la possèdent pas
encore (loi de Clarke), alors qu'elle est parfaitement rationnelle, mais à un
niveau que nous n'avons pas encore atteint. » Même « des ovnis conçus
par des extraterrestres ne nous dépassant pas par leurs facultés
intellectuelles, mais qui seraient simplement en avance sur nous de quelques
milliers d'années dans le domaine de la physique fondamentale et de la
technologie, poseraient à notre compréhension immédiate un très grand nombre de
problèmes insurmontables, même si, d'emblée, quelques aspects de leur
fonctionnement seraient déjà explicables par la physique que nous
connaissons. » Partant de là, Guérin formule une autre idée :
« Peut-être existe-t-il un ou plusieurs univers parallèles. » Notons
sa prudence, puisqu'il ajoute immédiatement que « rien ne nous laisse
croire pour autant que les ovnis en soient originaires, même si quelques
auteurs ont supposé qu'ils empruntent à travers ces univers des 'raccourcis'
pour venir jusqu'à nous.» Il note d'ailleurs que même si c'était le cas, il
faudrait quand même que les ovnis évoluent « dans notre univers
visible » quand nous les voyons près de la surface de la Terre. »
Pierre Guérin insiste pourtant beaucoup sur l'idée
que « les ovnis semblent être capables de 'manipuler' l'espace-temps, et
de nombreuses observations indépendantes prouvent qu'ils peuvent
apparaître ou disparaître sur place. » Cette idée s'accentue
progressivement dans son livre. « Les changements parfois instantanés de
position semblent défier les lois de l'inertie et prouvent que nous devons un
jour ou l'autre réviser et étendre nos conceptions sur l'espace-temps et la
physique quantique. Peut-être déboucherons-nous alors sur l'hypothétique
'antigravitation', à moins que ce ne soit une 'manipulation' locale de
l'espace-temps. » Certains auteurs affirment que les Américains auraient
secrètement réussi à copier et à faire voler des ovnis en appliquant des
principes de ce genre. Guérin est très réservé à cet égard : « la
mise au point d'un système de propulsion antigravifique et/ou
hyperluminique » n'est pas plausible, puisqu'on aurait dû en découvrir au
préalable les fondements théoriques. Il est « peu probable qu'une telle
théorie révolutionnaire puisse être élaborée seulement à partir de nos
connaissances fondamentales actuelles », mais Guérin suppose que les
extraterrestres peuvent avoir ce type de connaissances.
Ce thème revient chez lui avec une insistance
suggestive, en partant toujours de l'idée que les soucoupes volantes
« peuvent parfois apparaître ou disparaître brusquement sur
place, comme si elles passaient provisoirement dans une 'autre'
dimension. ». Dès 1947, « les UFOs montraient qu'ils manipulaient
apparemment l'espace et le temps, ce qui
impliquait la maîtrise d'une physique que nous ne connaissons pas
encore. » Finalement, dans la conclusion du livre, la cause est entendue :
« Il y a des millénaires, des civilisations de la Galaxie plus anciennes
et donc incroyablement plus avancées dans le domaine scientifique que ne l'est
aujourd'hui la civilisation humaine, avaient déjà acquis la maîtrise des
voyages superluminiques entre étoiles grâce à une manipulation de
l'espace-temps qu'il ne nous appartient pas de décrire ici. » C'est
justement ce qui manque. Puisque d'autres auteurs jouent également avec les
concepts d'une manipulation de l'espace-temps, d'une antigravitation ou de
voyages interstellaires à vitesse superluminique, il est utile d'examiner ces
propositions un peu plus en détail.
La théorie de la relativité générale rend compte de
l'existence possible d'une courbure de l'espace, mais elle les associe à des
masses (ou densités d'énergie). Ce sont les sources des champs
gravifiques dont les effets sont décrits en considérant une courbure de l'espace
environnant. Si l'on suppose que les ovnis peuvent créer de très fortes
courbures de l'espace, on doit expliquer d'où viennent les masses ou
concentrations d'énergie nécessaires. On n'a donc pas résolu le problème.
On l'a remplacé par un autre, encore plus formidable.
Il est vrai que les ovnis semblent parfois
disparaître ou apparaître brusquement sur place, mais ils peuvent aussi
s'arrêter brusquement, inverser le sens de leur mouvement ou tourner à angle
droit. Cela indique seulement qu'ils sont capables d'exercer sur le milieu
ambiant des forces extrêmement grandes pendant un intervalle de temps très
court. La force de réaction qu'ils subissent peut alors donner lieu à des
accélérations énormes, de courte durée. James McCampell [36] avait déjà indiqué
que « l'oeil ne peut pas suivre des objets accélérés à plus de 20 g. »
et Paul Hill [37] le confirme par des observations effectuées au moment du
départ de fusées expérimentales. Il examine même quelques observations d'ovni,
dont il conclut que ces engins pourraient atteindre une accélération de l'ordre
de 100 g. Le moins qu'on puisse dire, c'est que nous n'avons pas l'habitude de
voir des mouvements de ce genre.
La « théorie des cordes » postule
l'existence de dimensions supplémentaires , mais elles se referment sur
elles-mêmes à une échelle extrêmement petite. En outre, il ne s'agit que de
constructions purement spéculatives, pour essayer de rendre compte des
propriétés des particules élémentaires. Il pourrait y avoir d'autres théories
pour en rendre compte. J'ai développé une « théorie de la
quantification de l'espace-temps » qui y arrive en partant de la
constatation que la nature peut imposer des restrictions à nos mesures [38]. La
mécanique classique a dû être généralisée, en effet, pour tenir compte de deux
constantes universelles : la vitesse de la lumière dans le vide c et la
constante de Planck h. Leur existence impose des restrictions à nos mesures et
dans les théories actuelles, on suppose simplement qu'il devrait être possible
de mesurer des distances de plus en plus petites, sans aucune limite finie,
bien que personne ne l'ait jamais vérifié. La nature pourrait imposer une
limite « a » différente de zéro, mais on doit alors généraliser les
lois physiques pour inclure les trois constantes universelles (c, h et a).
C'est possible d'une manière logiquement cohérente et l'on découvre alors que
des vitesses supérieures à c sont permises, mais seulement pour des énergies
tellement élevées que même une civilisation extraterrestre ne pourrait pas la communiquer
à un véhicule spatial. J'ai donc des arguments rationnels pour exclure tout
voyage à des vitesses superluminiques, bien que j'ai montré qu'elles ne sont
pas impossibles, en général.
Pierre Guérin a
peut-être seulement voulu défendre la réalité du phénomène ovni par rapport à
certains « rationalistes », en insistant sur ce que l'on ne connaît
pas encore. Bien qu'il soit prêt à admettre que les ovnis peuvent apparaître
brusquement dans notre espace et en sortir tout aussi soudainement, il
n'accepte pas nécessairement ce que disent certaines personnes qui ont été
enlevées : elles seraient passées
à travers un mur ou une fenêtre fermée. Guérin considère [39]
qu'ils pourraient être victimes de « scènes
illusoires induites par les Aliens en vue de brouiller les
cartes. » Il est impossible, physiquement, de passer à travers un corps
solide, bien que certains auteurs se contentent d'un rapprochement avec des
histoires de fantômes. Il faut même reconnaître que l'idée des manipulations
d'espace-temps, de l'antigravitation et des vitesses superluminiques est à la
mode dans certains milieux, mais cela ne prouve rien du tout.
Ce qui me tient à coeur,
c'est qu'on comprenne bien que même s'il existe un décalage important entre les
capacités intellectuelles des extraterrestres et les nôtres, leur science
doit être en partie identique à celle que nous connaissons. C'est ce qui
justifie une recherche scientifique avec les moyens dont nous disposons déjà.
Sinon, nous pourrions rester seulement « bouche bée » devant leurs
tours de magie. Nous serions résignés et laisserions tomber les bras, avant
d'avoir commencé le travail qui est à faire.
Guérin ne passe pas sous
silence la proposition MHD, suggérée par la luminosité de l'air au voisinage
des ovnis et par certains effets physiques. Pourtant, il ne la trouve pas
suffisante, même pas quand les ovnis évoluent dans « notre espace ».
Le fait que les ovnis puissent se maintenir « en sustentation sans
aucun souffle d'air ni bruit » est pour lui un indice de « la
nature pour une part transcendante de la science de nos visiteurs. »
L'absence de bruits importants est cependant en accord avec la MHD et l'absence
de souffle peut s'expliquer par le fait que la force de sustentation est égale
et opposée à la somme de toutes les forces exercées sur l'environnement.
Dans le cas d'un hélicoptère, où les mouvements d'air peuvent être ressentis et
observés par leurs effets sur l'environnement, la force est exercée très
localement par les mouvements des pales. Le système MHD permet d'exercer des
forces qui sont distribuées à l'intérieur d'un grand volume, aussi
bien au-dessus qu'au-dessous de l'objet. En outre, cette force est exercée de
manière pulsée et les mouvements des molécules d'air sont normalement très vite
amortis. Dans certains cas, on a cependant pu observer des effets mécaniques
sur l'environnement [40]. Le livre de Paul Hill [37] présente beaucoup d'idées
intéressantes concernant l'étude des aspects physiques du phénomène ovni. Cela
stimule la réflexion et très prochainement, j'en présenterai une analyse
détaillée.
3. La psychosociologie humaine
La difficulté des changements de paradigme
Comment se fait-il que même des
scientifiques, habitués à donner la préséance aux faits observés, ne le font
pas quand il s'agit d'ovnis ? Pierre Guérin cite par exemple la réponse
[41] que le président de l'Association des Ecrivains scientifiques français a
donnée quand on lui a demandé ce qu'il ferait si on lui montrait une soucoupe
volante passant dans le ciel : « Je tournerais la tête à l'opposé pour ne
pas la voir. » Une des raisons possibles est que l'idée d'une intrusion
venant d'ailleurs est insupportable
pour certaines personnes. Cela peut résulter d'associations conscientes ou
inconscientes avec des sentiments (anti)religieux, mais cette explication est
certainement insuffisante.
J'ai posé des questions liées aux
enlèvements d'êtres humains à un neurophysiologiste allemand que je connais
très bien depuis des années. Il m'a répondu : « si c'était vrai, on
en parlerait dans des revues scientifiques comme Nature. »
Rappelons que Hubert Reeves disait également : « Si le débarquement
se produisait, on le saurait ! » C'est ce qui devrait se produire,
mais ce mécanisme ne fonctionne pas nécessairement. Puisque le sujet n'est pas
jugé sérieux, il est de bon ton de ne pas lui donner de place dans des revues
sérieuses. Même dans les librairies, on range la littérature sur le phénomène
ovni dans le rayon du paranormal et de l'ésotérisme. Les livres qui traitent
des ovnis sont d'ailleurs de valeur très inégale, parce qu'il n'y a pas de
filtres de type scientifique. C'est un cercle vicieux, mais la faute ne revient
pas simplement au sujet lui-même. Il y a une forte composante
psychosociologique.
En science, on attache beaucoup
d'importance au consensus, parce que cela permet de séparer plus
facilement le bon grain de l'ivraie. Ce système n'est pas infaillible, puisque
l'histoire des sciences fournit des exemples éclatants où des idées
innovatrices tout à fait pertinentes ont été freinées. En outre, la science
progresse normalement d'une manière « adiabatique », c'est-à-dire par
une succession de petits changements. Les grandes mutations sont rares
et chaque fois quand il a fallu changer sa « vision du monde » d'une
manière assez radicale, il y a eu de fortes résistances. Le passage de la
mécanique d'Aristote à celle de Newton exigeait déjà qu'on abandonne l'idée
qu'il y avait un point privilégié dans l'Univers qui serait au repos absolu.
Cela n'a pas été facile. Le passage de la mécanique classique à la théorie de
la relativité et à la mécanique quantique n'a pas été aussi simple qu'on le
présente a posteriori dans les manuels et si l'on doit abandonner le
concept d'un espace-temps continu, cela bouleversera également les habitudes
de pensée.
Des idées profondément ancrées
dans l'esprit ne peuvent pas être extirpées facilement pour les remplacer par
d'autres. Les « changements de paradigmes » sont effectivement
semblables à des révolutions [42]. Beaucoup d'astronomes sont maintenant prêts à
accepter le « principe de banalité » pour les planètes extrasolaires
et même pour l'apparition de la vie et de civilisations très évoluées en de
nombreux endroits de notre galaxie, mais supposer que des extraterrestres
puissent venir nous visiter impliquerait qu'un contact direct est possible et
poserait donc des problèmes d'un autre genre.
Christian de Duve est prix Nobel
de biochimie et professeur à l'Université Catholique de Louvain. Il a publié un
livre [43] qui me semble très important dans le contexte scientifique actuel.
Il écrit en effet : « Il y a environ autant de planètes vivantes
dans l'Univers que de planètes capables de générer et de soutenir la
vie », parce que les processus biochimiques sont tels que l'apparition de
la vie est presque automatique. L'évolution biologique est à son tour régie par
des processus biochimiques : « Une fois qu'une direction a été prise,
l'envergure des changements futurs se rétrécit, et elle se rétrécit même
davantage à chaque pas évolutif ultérieur La direction qui mène à la formation
de circuits polyneuronaux a beaucoup de chances d'être spécialement privilégiée
à cet égard, puisque les avantages qui y sont liés sont tellement grands Ma
conclusion est : Nous ne sommes pas seuls. ». Il est important
de remarquer que « le hasard s'exerce dans un cadre de plus en plus
contraignant, plus contraignant qu'on ne le croit généralement. »
Les extraterrestres pourraient donc nous ressembler,
mais on doit aussi s'attendre à ce que ceux qui sont actuellement capables de
réaliser des voyages interstellaires ont un cerveau plus développé que le
nôtre, parce que cela concerne un domaine où l'évolution continue sans doute de
manière préférentielle. En 1997, j'ai pris contact avec monsieur de Duve, pour
lui demander s'il connaissait la problématique des ovnis et en particulier
celle des enlèvements. Je pensais que cela devrait l'intéresser et qu'un
dialogue serait possible. Eh bien non. Il a coupé court. On peut penser qu'il
avait peur que sa renommée puisse en souffrir, mais l'argument était qu'il
trouvait invraisemblable que des extraterrestres puissent nous visiter et agir
comme certains l'affirment. Ce scientifique éminent, créatif et même
visionnaire, trouvait que la discontinuité était trop grande. Au lieu d'une
suite de petits pas, il faudrait faire un pas énorme. Il y a effectivement un
fossé, mais le plus difficile, c'est de se décider à le
franchir.
Les parcours des psychosociologues
Pierre Guérin montre
très bien [44] comment on a cru devoir passer du concept des ovnis « tôles
et boulons » à un concept plus abstrait. Au début, il pensait aussi que
les ovnis étaient des « véhicules d'origine non humaine venus d'autres
systèmes planétaires », mais il fallait « comprendre que ces
véhicules, pour franchir de telles distances,
devaient nécessairement savoir transcender d'une façon ou d'une autre
l'espace-temps. » Je signale qu'on peut analyser le problème des voyages
interstellaires sans sortir du cadre des théories connues [45], mais en 1969, Jacques
Vallée qui a la mentalité d'un explorateur, fit un rapprochement entre des
occupants d'ovnis et des farfadets, Sylphes ou autres personnages des mythes et
folklores. Il faisait intervenir un lieu mythique, la Magonie, située dans quelque « Univers
parallèle ». L'hypothèse que « des entités nous viendraient d'un lieu
complètement imaginaire situé hors de l'espace-temps » jeta le trouble
dans certains esprits. Aimé Michel chavira aussi, puisqu'il affirma en 1973,
que les soucoupes volantes peuvent apparaître sur place, « exactement
comme un fantôme.» Il lui suffisait de dire : « Que sont l'espace et
le temps ? Des idées humaines. » Il n'était pas physicien.
Dès les premières lignes
de son livre [46], Jacques Vallée avait annoncé la nouvelle couleur: « Ce
livre tente de bâtir un pont 'mince et fragile' entre une chimère et un
mythe. Ce n'est pas un livre scientifique. » Il est instructif de voir
comment le concept de la Magonie fut introduit. Au 9e siècle, d'Agobard,
archevêque de Lyon,relata lui-même qu'il avait « vu et entendu
beaucoup d'hommes » qui croyaient « qu'il existe une certaine région,
qu'ils appellent Magonia, où des bateaux voguent dans les nuages. » Ils
prétendaient en effet que « trois hommes et une femme étaient tombés de
ces bateaux. ». Un autre récit précisa qu'on les « vit descendre de
ces nacelles aériennes » et qu'on les prit dès lors pour des magiciens,
faisant très peur. Ces quatre personnes se défendirent cependant, en affirmant
« qu'ils étaient des leurs et avaient été emportés peu de temps avant
par des hommes extraordinaires qui leur avaient montré des merveilles dont
on n'a jamais entendu parler ».
Si c'était vrai, cela
devait être de la magie pour les gens de cette époque. On était donc résolu à
les « jeter dans le feu », mais d'Agobard, « alerté par le
bruit, arriva en courant, et après avoir entendu les accusations des gens et la
défense des accusés », déclara gravement que « ce qu'ils disaient
avoir vu était impossible. Les gens crurent en la parole de leur bon
père d'Agobard plus qu'en leurs propres yeux ». L'évêque était persuadé
d'avoir empêché « qu'ils soient lapidés », parce que « la vérité a
prévalu. » En fait, il valait mieux pour ces quatre personnes qu'ils
soient considérés comme des menteurs ou des fous, mais aujourd'hui, on pourrait
y voir une histoire d'enlèvements. Même en 1969, cela était encore beaucoup
moins évident.
Au cours des années 70,
quelques ufologues, probablement déçus de n'avoir pas pu résoudre l'énigme des
ovnis aussi rapidement qu'ils l'avaient espéré, changeaient leur fusil d'épaule.
Il leur suffisait de découvrir quelques enquêtes mal ficelées, pour
généraliser, en affirmant que l'entièreté du dossier devait être le fruit de
méprises ou d'une imagination débridée. Ces « nouveaux ufologues »
avaient enfin une solution à proposer. Elle expliquait tout, par définition,
sans devoir se creuser les méninges. L'hypothèse psychosociologique avait
d'ailleurs le vent en poupe, puisqu'elle s'accordait avec la thèse des
« debunkers » américains. Certains « sceptiques » ont défendu
ces idées avec acharnement et continuent à le faire. Les attitudes de Bernard
Méheust et de Pierre Lagrange sont plus nuancées. J'espère que leurs
dernières réflexions susciteront un nouveau débat. Bernard Méheust vient de
publier en effet un petit livre [47], où il confronte « la coïncidence
Science-fiction et Soucoupes volantes » qu'il avait découverte avec
« l'Anomalie belge ». Il y a un paradoxe. Il faut le résoudre. Pierre
Lagrange a récemment annoncé [48] un nouveau programme de recherche de sociologie,
où le phénomène ovni serait non réductible à de simples phénomènes
mentaux. J'espère que ces réflexions se poursuivront. Les sciences humaines et
les sciences exactes devraient pouvoir jouer des rôles complémentaires dans la
clarification de ce sujet.
Le crash de Roswell et ses conséquences
Comme toute personne qui
a étudié le dossier de Roswell d'une manière approfondie, Guérin est convaincu
que ce crash a été à l'origine d'une vaste opération de désinformation
du public de la part des autorités politiques et militaires des Etats-Unis. Ce
sujet a éte traité en particulier par Kevin Randle et Donald Schmitt [49]. Le
premier auteur est capitaine de l'US Air Force et le second, est le directeur
des investigations spéciales du CUFOS. Je recommande tout spécialement le petit
livre [50] lucide et bien documenté du Commandant Jean-Gabriel Gressé.
Il présente certains faits dans un ordre chronologique différent de celui
auquel on s'était habitué. Puisque le crash de Roswell fournit la clef
pour comprendre l'attitude que les pouvoirs politiques et militaires des
Etats-Unis ont adoptée par rapport au phénomène ovni, j'exposerai brièvement
cette dernière version, en tenant compte aussi d'autres données.
Les Services secrets
américains avaient déjà été alertés en 1946 par les observations faites en
Europe (Suède, Portugal et Grèce) et encore plus par celles qu'on fit en juin
et au début de juillet 1947 près des grandes bases militaires et au-dessus de
centres de recherches nucléaires ultra-secrets des Etats-Unis. Un de ces objets
s'est craché au cours de la nuit du 2 au 3 juillet 1947. En fait, on ne
peut pas exclure qu'il ait été abattu. En tout cas, puisque les radars étaient
en alerte, on a pu déterminer très rapidement le point de chute. Le 4 juillet
1947, les militaires ont récupéré l'épave, des cadavres et
probablement un survivant dans le plus grand secret, mais des années plus
tard, on a quand même trouvé des témoins.
Le 3 juillet 1947, le
rancher Mac Brazel avait cependant découvert sur ses terres d'étranges débris,
éparpillés dans un couloir d'environ 90 m sur 1200 m. Ayant constaté qu'ils
« ne ressemblaient à rien de connu »,il apporta le dimanche 6 juillet quelques-unes de ces pièces à
Roswell. Il les présenta au chérif, dans l'espoir d'obtenir une récompense. Le
chérif avertit la base militaire de Roswell et le 7 juillet, celle-ci organisa
la récupération de ces débris, sans laisser la moindre trace. Puisque
Mac Brazel en avait parlé en ville et puisque cette trouvaille était peu
révélatrice par rapport à l'autre, on décida sur la base de Roswell de
reconnaître que ces débris venaient d'une « soucoupe volante ». On lança un
communiqué de presse, publié le 8 juillet par le Roswell Daily Record. Le
journal The News de San
Francisco annonça le même jour que « des officiers de la base disent que le
"disque" a été transporté en superforteresse vers des quartiers
supérieurs, non divulgués ».
C'était trop. Il fallait
empêcher que les journalistes se mettent à fouiner, étant donné qu'on était
maintenant assuré du fait que la récupération de l'épave n'avait pas été
découverte par ceux-ci. Le 9 juillet, la base de Roswell invita des
journalistes et l'on prétendit qu'on avait trouvé simplement des débris d'un
ballon météorologique. Cette dissimulation constitue le début de la désinformation
qu'on se vit ensuite obligé de maintenir, pour que les recherches sur la
technologie des extraterrestres puissent se dérouler dans le secret le plus
absolu.
En janvier 1953, la
Commission Robertson déclara très habilement : « Nous ne croyons pas
impossible que des corps célestes soient habités par d'autres créatures
intelligentes. Il n'est pas non plus impossible que ces créatures aient pu
atteindre un niveau de développement leur permettant de visiter la Terre.
Néanmoins, il n'existe rien dans les rapports que nous venons de
lire qui indique qu'une telle
éventualité soit en train de se produire. » D'une part, les militaires ont
réussi à verrouiller les informations sur le crash de Roswell et d'autre part,
ils ont profité du fait que l'idée de la supériorité absolue de l'homme est
profondément ancrée dans l'esprit de beaucoup de gens et que de toute manière,
on souhaiterait au moins que nous puissions rester maîtres chez nous. Des êtres
venus d'ailleurs, disposant de moyens techniques très supérieurs aux nôtres,
pourraient constituer une menace. La Commission Robertson fut donc
rassurante : « Les éléments présentés, concernant les objets volants
non identifiés, ne fournissent aucune preuve que ces phénomènes puissent
constituer une menace physique directe à la sécurité nationale. »
Il est intéressant de
noter que la commission, comprenant des membres de la CIA, était sensible à «une menace directe au bon fonctionnement des organismes chargés de la
protection de l'Etat ». Cela peut faire penser à une panique qui
rendrait son action plus difficile, mais on disait plus explicitement que le
phénomène ovni pourrait conduire à « une méfiance néfaste à l'égard des
autorités dûment constituées. » On pourrait penser que les militaires
sont incapables de faire face à une menace éventuelle ou pire encore, découvrir
qu'on cache la vérité sur le crash de Roswell. La Commission Robertson prit
donc aussi la précaution de barrer la route à des investigations scientifiques
indépendantes : « il n'existe aucune preuve indiquant une nécessité de
réviser les concepts scientifiques actuels. » En 1969, la Commission
Condon formula une conclusion identique, en la plaçant au début d'un volumineux
rapport, pour qu'on se contente de cette affirmation.
En 1995, le General
Accounting Service, qui est l'équivalent américain de notre Cour des
comptes, demanda à l'US Air Force de produire les documents qui auraient révélé
ce qui s'était passé en 1947 sur la base de Roswell. Sachant que cela pourrait
arriver, l'USAF produisit déjà en 1994 un énorme document pour brouiller les
cartes. Il y était question d'un « Projet Mogul », servant à la
détection d'explosions nucléaires soviétiques au moyen d'infrasons. Cela ne
rendait pas compte des faits connus et ne justifiait pas le maintien du secret
depuis 1947. Aculés à devoir répondre quand même à la demande de documents qui
trahiraient sans doute l'incident de Roswell, l'USAF répondit froidement que
toutes « les archives administratives de la base de mars 1945 à
décembre 1949 ont été détruits, ainsi que les messages envoyés depuis Roswell
d'octobre 1946 à décembre 1949. » On prétendit qu'on ne savait pas qui
avait donné l'ordre de procéder à une destruction aussi massive, et cela pour
la base militaire la plus importante des Etats-Unis, étant donné que les armes
nucléaires y étaient stockées en 1947.
Pourquoi fallait-il
cacher les activités de la base pour une période aussi longue ? Pour ne
pas courir le risque qu'on découvre encore d'autres opérations de récupérations
d'ovni. En 1995, on disposait déjà de quelques indices qui le rendaient
plausible [51] et au cours de la même année, le public prit connaissance du
« film de Roswell » que Ray Santilli avait obtenu d'un caméraman
américain. Il est vrai qu'on a réussi à jeter le discrédit sur l'authenticité
de ce film. Ayant étudié ces arguments et surtout le contenu du film, je pense
qu'on ferait mieux de le prendre au sérieux. Il faut savoir qu'il y avait aussi
un film d'une autre autopsie. Il est actuellement sous la garde de Volker
Spielberg, en Allemagne, mais j'ai interrogé trois personnes qui l'ont vu et
ils m'ont fourni des renseignements concernant une anomalie liée au coeur de cet
humanoïde. Elle apparaît également dans le film que nous connaissons. Je ne
parle pas du « tent footage » qui est de qualité médiocre et qui a
été fabriqué par des anglais, parfaitement identifiés.
Une enquête effectuée
par Michael Hesemann fournit une série d'informations supplémentaires [52]. Il
s'agirait d'un crash d'ovni qui aurait eu lieu un mois plus tôt, au cours de la
nuit du 31 mai au 1er juin 1947 près de Socorro, non loin de
Roswell. Si c'était la première récupération, on comprend que le cameraman ait
pu garder quelques bobines de film, étant donné qu'il assurait lui-même le
développement de ses films et qu'on n'avait pas encore pris toutes les
précautions nécessaires pour récupérer tous les documents, sans faille. Les
indications fournies par le cameraman ont permis de localiser le lieu où ce
crash s'est produit. Le film montre un être hybride, partiellement humain et
partiellement extraterrestre. Il possède six doigts à chaque main et à chaque
pied, tandis que des témoignages de l'autopsie effectuée à Roswell pour
l'incident du début de juillet indiquent que cet être avait quatre
doigts, légèrement palmés, sans pouce opposable. [A première vue, il semble
incroyable que cet être ne serait pas tellement différent de nous, mais en
fait, il peut s'agir d'un hybride.]
Les risques d'un mensonge d'Etat
La constatation
fondamentale qui se dégage des événements de Roswell est que les décisions
prises en 1947 par les autorités politiques et militaires des Etats-Unis ont
joué un rôle déterminant pour que le secret soit maintenu jusqu'à ce jour. On
s'est engagé dans une opération de désinformation du public d'une ampleur
colossale, vu l'importance de ce sujet. En outre, on a imposé une entrave
sans précédent au processus de la recherche scientifique. Je ne
considère pas ici les recherches secrètes effectuées du côté des militaires,
mais des recherches qui concernent toute la communauté scientifique.
Le premier réflexe qui
surgit tout naturellement est de dire qu'un tel mensonge n'est pas
possible ! Il s'agit d'un pays qui met en avant les principes de la
liberté et de la démocratie, où la presse d'investigation est très active et où
l'on se sent investi d'une mission de « leader » mondial. C'est
justement parce que cela parait incroyable, qu'on a pu réussir cette
manipulation mentale ! Tous les services secrets le savent bien :
il faut une « couverture » pour paraître innocent et la meilleure
couverture est un contexte qui éveille le moins de soupçons possibles. Pour
porter un jugement sur la possibilité d'une désinformation tellement énorme, il
faut réaliser que certains individus ou groupes de personnes sont capables
d'utiliser n'importe quel moyen pour arriver à leurs fins, quand ils
estiment que cela sert un intérêt supérieur. Ceci s'applique en particulier aux
génocides.
Même aux Etats-Unis, il
y eut des « affaires » telles
que l'assassinat de John F. Kennedy et de Martin Luther King. La thèse
officielle de l'action d'un individu isolé, relativement déséquilibré, a été
contestée par des personnes très compétentes. Dans l'un et l'autre cas, les
enquêtes officielles ont été truffées d'énormes bavures et au fil du temps, on
a vu apparaître de plus en plus de données qui contredisent ce qu'on a voulu
nous faire croire. Un livre très documenté sur l'assassinat de Kennedy [53]
fournit des informations particulièrement éclairantes et il démontre que c'est
justement l'énormité de cette imposture qui la rend possible. On ne s'y
attendait pas et ceux qui avaient planifié cette opération ont inondé les
médias avec des « histoires » qui servaient leur cause et qu'on était
prêt à croire. [Notons aussi que le génocide organisé par les nazis a été
facilité par le fait qu'une action de cette ampleur paraissait impossible, même
aux yeux des victimes qui se laissèrent docilement embarquer dans des trains et
conduire dans des "douches" où la mort les attendait. Ce processus
psychosociologique mérite notre attention.]
La désinformation voulue
est régie, comme la formation des rumeurs, par une loi qui dérive du
fonctionnement de notre cerveau : les premières informations laissent les
traces les plus fortes, donc plus difficiles à effacer. C'est aussi ce qui est
arrivé à Roswell, en 1947, quand les journalistes virent pour la première fois
quelque chose de concret. C'étaient des débris d'un ballon sonde au lieu de
ceux qui avaient été récupérés chez Mac Brazel. On prit au moins quatre photos
[52]. L'une d'elles fut largement diffusée et elle se grava dans les esprits.
Les journalistes ne se sont même pas posé des questions. Certes, il aurait été
inutile d'aller voir sur le terrain de Mac Brazel, soigneusement
« nettoyé », mais ces journalistes auraient pu rechercher des
témoins. Plus tard, on a su qu'il y en avait, mais à l'époque, on a simplement
fait confiance aux autorités.
Pourquoi en 1947, le
président Truman et les hautes instances militaires, conseillés par quelques
scientifiques tels que le Dr. Vannevar Bush, président du Massachusetts
Institute of Technology, ont-ils pris la décision de garder le secret sur
les récupérations d'ovnis ? La pensée de ces milieux était fortement influencée
à ce moment par la « mutation » qui s'était opérée au cours de
la Seconde Guerre mondiale. On avait réussi à construire « la
bombe », en maintenant le secret absolu et en même temps, on avait créé la
« big science », dotée d'énormes moyens. Les militaires avaient
appris à contrôler la science [54].
Le 11 juin 1945, avant
le premier essai dans le désert d'Alamogordo, sept scientifiques éminents qui
avaient collaboré à la construction de la « bombe » adressèrent un
rapport au Ministre de la Guerre, pour empêcher l'usage de cette nouvelle arme
au Japon [55]. Ce « rapport Franck » insistait sur le fait que
l'emploi de bombes nucléaires contre le Japon entraînerait des modifications
radicales de l'avenir, puisqu'on ne peut pas se protéger contre le pouvoir
destructif de cette arme. Son utilisation déclencherait donc une course aux
armements effrénée entre camps adverses. Les savants insistaient sur le
fait qu'il serait impossible de garder le secret, puisqu'il s'agit
d'informations inscrites dans la Nature et qu'on avait déjà craint que les
Allemands puissent développer cette arme. Par conséquent, ce groupe de
scientifiques demanda au Gouvernement des Etats-Unis de saisir cette occasion
historique pour créer un nouveau type de relations internationales. Ils
proposaient d'inviter des représentants de différentes nations à une
démonstration sur une île déserte, pour leur dire ensuite : « Voilà ce qui
est possible, mais nous ne voulons pas nous servir de cette arme. Créons des
relations et des structures pour que personne ne puisse le faire. » On n'a
pas écouté ce conseil, remarquablement lucide. Le général Groves, chef
du Manhattan Project résuma la situation en ces termes: « ayant cette
arme, nous l'utiliserons ! » Le nouveau président, Harry Truman,
était d'accord. Le 6 août 1945, « little boy » fit des ravages inouïs
et provoqua des souffrances indicibles à Hiroshima. Le 9 août, la tragédie fut
amplifiée à Nagasaki.
La recherche du pouvoir
l'avait emportée sur la voix de la sagesse. Le 13 février 1950, Albert
Einstein fit une allocution télévisée dans le cadre d'un programme suscité
par la veuve du président Roosevelt. Son argumentation commença en ces termes
[56] : « La croyance qu'on pourrait assurer la sécurité par un armement
national, est dans l'état actuel de la technique militaire, une illusion très
dangereuse. » Par la suite, on se lança quand même dans une course aux
armements démentielle. En 1989, juste avant une réunion décisive de l'Otan,
j'ai rappelé [57] l'exhortation d'Einstein : « nous devons apprendre
à penser autrement. »
En 1947, au moment de la
récupération des épaves d'ovnis à Roswell, les autorités américaines ont
également opté pour la continuation d'une politique qui promettait de leur
assurer, coûte que coûte, la suprématie technologique absolue. On a
d'ailleurs pu constater qu'à partir de
juillet 1947, le Pentagone cessa de collecter des informations sur les
soucoupes volantes. On avait déjà identifié les intrus [58]. Hasard ou
nécessité, toujours est-il que le 26 juillet 1947, le président Truman signa la
Loi sur la Sécurité Nationale qui créa le National Security Council et
la Central Intelligence Agency, tandis que l'USAF acquit un statut
indépendant. En tout cas, on a décidé de garder le secret sur Roswell pour en
tirer des connaissances absolument incommensurables avec celles qu'on avait,
puisque ce savoir provenait d'une civilisation extraterrestre. On voulait
copier cette technologie et d'après certaines rumeurs persistantes, mais non
confirmées, il se pourrait qu'on ait réussi. Et alors ?
Les pouvoirs politiques
et militaires des Etats-Unis se sont fourvoyés dans un piège, puisque la
décision de cacher toutes les informations qu'ils possèdent au sujet des ovnis
ne permet pas d'en faire usage. Cela reviendrait à reconnaître qu'on a menti
pendant plus de 50 ans. On se voit donc obligé de continuer à mentir, ce
qui aggrave le problème. Les Services secrets d'autres pays n'ont sans doute
pas chômés et d'une certaine manière, on a réussi à leurrer le public, en
profitant de la tendance naturelle des humains à ne pas croire ce qui est trop
extraordinaire. Les ovnis continuent cependant à apparaître à n'importe qui
dans le monde entier. La communauté scientifique, gardienne de la rationalité,
s'est laissé endormir. Les penseurs et les créateurs culturels se taisent. Les
responsables politiques sont trop occupés avec le quotidien ou ne se posent
même plus de questions sur l'avenir de l'humanité. Jusque quand cela
pourra-t-il durer ? Comment ceux qui savent imaginent-ils le réveil ?
Chacun doit prendre ses responsabilités
vis-à-vis de cette situation. En 1992, Lucien Clerebaut me téléphona pour
m'annoncer que Monsieur Richard d'Amato, conseiller du Sénateur
américain Robert Byrd, désirait me rencontrer. Etant de passage en Europe, il
voulait profiter de l'occasion pour en savoir plus sur la vague belge des
observations d'ovni. L'entrevue eut lieu le 9 juillet 1992, dans les locaux de
la SOBEPS et elle dura toute une après-midi. En 1997, Monsieur Thierry Wathelet
d'Ufocom a voulu découvrir ce qui s'était tramé à ce moment. Il m'écrivit :
« Je peux vous assurer qu'une certaine
cellule proche du Président Chirac est au courant. » Par ailleurs, il
avait effectué une recherche intensive sur internet et il en résultait [59] que
Robert Byrd était plus qu'un sénateur ordinaire. Entré dans la politique en
1946, du côté des démocrates, il fut élu en 1977, à l'unanimité , comme Leader
de la majorité du Sénat américain. En 1989, il devint le président du
« Comité aux Appropriations ». C'est un des organes les plus
puissants du Congrès puisqu'il gère les revenus du Trésor et toutes les
dépenses publiques. Il comporte dès lors de nombreux sous-comités :
Législatif, Opérations à l'Etranger, Transport, Défense, Construction
Militaire, etc. Le sénateur Byrd occupait encore cette position en 1992 et en 1995,
après un changement de la majorité, il devint le Leader de l'opposition.
Qu'est-ce que la SOBEPS avait à faire avec cela ?
Richard d'Amato fit
partie du Staff du puissant sénateur Byrd. D'après Monsieur Wathelet, il était
consultant pour les affaires de Sécurité nationale et internationale et agent
de liaison du NSC. En juillet 1991, il aurait rencontré Jesse Marcel Jr.
C'est le médecin qui vit certaines pièces des débris que son père avait ramenés
des terres de Brazel. D'après le Dr. Richard Boylan, ufologue réputé, Monsieur
d'Amato aurait affirmé en 1991 que « les informations relatives aux OVNI
devraient être publiées, mais qu'une branche cachée (black arm) du
gouvernement, incroyablement puissante, garde le secret. Ces 'gens'
dépensent d'énormes sommes d'argent de manière illégale. » Cela
suggère que Byrd et d'Amato étaient opposés au secret, mais je n'en savais rien
quand j'ai rencontré ce dernier. Pour moi, sa venue suffisait pour démontrer
qu'il attachait de l'importance au phénomène ovni, à son traitement par la
SOBEPS et à l'intervention des F-16. En outre, il était certain qu'il avait de
bons contacts dans les hautes sphères des Etats-Unis.
Voici ce qui arriva
[60]: « Je lui ai décrit les observations fondamentales, pour qu'il puisse
bien se rendre compte de l'importance et de l'ampleur exceptionnelle de la
vague belge, de la fiabilité des témoins et des performances de ces engins
J'ai précisé que j'avais mené des enquêtes personnelles et qu'après cela, je
voulais savoir ce qui se passait sur les radars situés en Belgique Monsieur
d'Amato écoutait avec grande attention et j'ai mené la conversation pour
atteindre l'objectif qui était le mien : Le traitement officiel du
phénomène OVNI par les pouvoirs politiques et militaires des Etats-Unis est
inadéquat et doit être modifié !
J'ai précisé devant M. d'Amato qu'il n'y avait pas
de doute possible sur le fait que les autorités politiques et militaires
compétentes aux Etats-Unis avaient à leur disposition tous les moyens
nécessaires pour être bien informés sur les caractéristiques des OVNI et la
nature extraordinaire de cette technologie. Ils devaient donc savoir que
cette technologie ne venait pas d'eux, ni d'aucun autre pays du Monde. Je
disais que je pouvais comprendre qu'en 1947 et au début des années 50, quand le
comité Robertson a donné son avis, on se préoccupait surtout du fait qu'une
étude secrète du phénomène OVNI pourrait procurer aux Etats-Unis des avantages
militaires. Il faut reconnaître cependant que la situation n'est plus la
même. Etant donné que les observations continuent et que la nature
extraterrestre du phénomène devient de plus en plus évidente quand on examine
les faits de manière approfondie, nous sommes confrontés à un problème
scientifique et humain d'importance capitale. Il dépasse de loin les
intérêts particuliers de tel ou tel pays. Ce n'est plus simplement un problème
de Sécurité Nationale, puisque la chute du mur de Berlin a déjà eu lieu en
1989. Le problème des ovnis concerne l'humanité entière et son avenir à
longue échéance. Personne n'a le droit de le travestir !
Le jour viendra inévitablement où l'on saura que
les autorités politiques et militaires des Etats-Unis ont délibérément menti,
et cela pendant de longues années. Ce n'était pas la décision d'un seul homme,
mais de nombreuses personnes. Est-ce que cela conduira à un résultat
bénéfique ? A la longue, ce n'est ni le pouvoir des armes, ni de
l'argent, ni de domination sous quelque forme que ce soit qui puisse 'gagner'.
Ce sont les valeurs qu'on défend ! Les Etats-Unis se présentent comme
des défenseurs de la liberté et de la démocratie, mais on finira par savoir
qu'on a délibérément menti. Quelles que soient les raisons invoquées, ceux qui
sont responsables de cette politique devront en assumer les conséquences. Ce
système politique perdra son crédit moral. Les Etats-Unis pourraient
pourtant initier une politique différente en matière d'OVNI. Ils y auraient
plus à gagner à la longue qu'en se moquant de tous les peuples du Monde.
On peut réussir, si l'on est décidé à le faire. »
Je ne sais pas ce que Monsieur d'Amato a pensé. Il
écoutait avec une mine impassible, mais pour moi, il suffisait qu'il écoute
attentivement. Le lendemain, il rendit visite au général Wilfried De Brouwer.
Il aurait voulu obtenir une copie de l'enregistrement radar des F-16, mais le
général lui a seulement assuré qu'il la donnerait, si une « demande
officielle » était introduite à cet effet. Elle n'est jamais venue, bien
sûr.
La problématique du mensonge d'Etat a pesé
lourdement sur l'étude du phénomène ovni, mais le fait que certaines instances
exercent un pouvoir excessif n'est pas passé inaperçu. A la fin de son mandat, le
président Eisenhower déclara [61] : « Nous devons nous mettre en
garde contre l'acquisition d'une influence injustifiée par le complexe
militaro-industriel, qu'elle soit recherchée ou non. Le potentiel d'une
montée désastreuse d'un transfert de pouvoir existe et persistera. Nous ne
devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos
libertés et nos institutions démocratiques. » Cela s'applique en
particulier aux « black programs » pour les armements les plus
sophistiqués.
A l'époque où Ronald Reagan entra
en discussion avec Gorbatchev et où il était donc très préoccupé par la
problématique des armements et de la paix mondiale, il fit quelques réflexions
qui indiquent que sa pensée tournait aussi autour d'un autre problème. Le 4 mai
1988, durant une session de questions et réponses à Chicago, il dit [62] :
« Je me suis souvent demandé, ce qui se passerait si nous découvrions tous
que nous sommes menacés par une puissance de l'espace externe, d'une autre
planète. » Le 6 mai 1988, il s'adressa à des journalistes, près de la
Maison Blanche : « J'espère que tous les peuples de la Terre
s'uniront, dans le cas d'une invasion extraterrestre ». Il était encore
plus explicite le 21 septembre 1987, quand il prononça un discours pour la 42e
Assemblée générale des Nations Unies [63] : « Dans notre obsession,
avec les antagonismes du moment, nous oublions souvent les liens unissant tous
les membres de l'humanité. Peut-être avons nous besoin de quelque menace
universelle extérieure afin que nous puissions mettre ces liens en lumière.
J'ai parfois pensé à quel point les différences de ce monde s'évanouiraient si
nous avions à faire face à une menace étrangère à la Terre. Encore que, je pose
la question : cette force étrangère n'est-elle pas déjà parmi
nous ? »
Le Pentagone a sûrement dû amener des arguments pour
que Reagan accepte de proposer son programme de « la guerre des étoiles »
et à cet égard, il est intéressant de se souvenir des réflexions du colonel
Philip Corso. Il affirma dans son livre [64] que le crash de Roswell aurait été
exploité pour favoriser certains développements technologiques, ce qui est
simplement de la désinformation, mais il justifia aussi le programme
« star war », malgré les pourparlers menés avec les soviétiques en
vue d'une réduction des armements. « Quels que soient les sujets sur
lesquels nous nous disputions, leur importance devenait minimale en face d'une
menace de créatures qui étaient tellement supérieures à nous en technologie que
nous étions leurs animaux de ferme qu'ils pouvaient cueillir comme cela leur
plaisait. » C'est une allusion au phénomène des enlèvements. Corso le
connaît, mais il termine son livre en insistant surtout sur le programme
SDI, parce qu'il offre « une chance
pour sauver votre pays, votre planète et même votre espèce, tout cela en même
temps. » Quels sont ces esprits qui envisagent de mener une guerre contre
les extraterrestres ?
4. Des éléments de psychosociologie extraterrestre
Les premiers récits d'enlèvements
Ce chapitre traite de problèmes très graves, mais
il importe non seulement de savoir comment les ovnis fonctionnent et ce qui
rend cette étude plus difficile, il faut également veiller à garder une vision
globale du sujet, en y incluant cette mystérieuse « intelligence »
qui se cache derrière les faits observés. Dans les années 50 et 60, on vit
essentiellement des soucoupes volantes et parfois leurs occupants, quand ces
engins avaient atterri. Ces « humanoïdes » prélevaient des plantes ou
réparaient leur véhicule, par exemple. L'image qu'on se faisait des
extraterrestres devait changer d'une manière assez radicale, quand on se rendit
compte du phénomène des enlèvements, mais on ne s'en rendit compte que
très progressivement. Une présentation synthétique de l'évolution des
recherches qui s'y rapportent peut être trouvée dans le livre de Gildas
Bourdais [65]. Je sélectionnerai d'autres aspects. D'abord, je voudrais montrer
que les ufologues ont abordé ce sujet avec beaucoup de prudence et fournir au
moins un exemple qui illustre la matérialité de l'expérience vécue, bien que je
résume très fortement le récit du témoin, d'après les rapports de deux médecins
qui ont interrogé le témoin à plus de trois ans d'intervalle.
Au cours de la nuit du 15 au 16 octobre 1957, le
cultivateur brésilien Antônio Villas Boas fut amené de force dans
un ovni pour y avoir des relations sexuelles ! Cette
« histoire » parut tellement incroyable, qu'elle fut publiée
seulement beaucoup plus tard. L'événement eut lieu près de Sao Francisco de
Sales dans l'état de Minas Gerais. Puisque le journaliste Joao Martins
venait de publier des articles sur les soucoupes volantes dans le magazine O
Cruzeiro, et demanda de l'avertir si l'on avait fait une observation de ce
genre, Antônio lui envoya une lettre. On était en novembre et le journaliste se
mit alors en rapport avec Olavo Fontes, docteur en médecine à Rio de
Janeiro. Ils décidèrent de l'inviter à venir chez lui et après qu'il eut
l'argent nécessaire pour le voyage, Antônio s'y rendit le 22 février 1958. Le
récit, le questionnement et les examens médicaux ont duré plus de quatre
heures, mais le journaliste n'a rien publié jusqu'en janvier 1965. Il fallait
surtout voir si c'était un cas unique ou non.
Le Dr. Fontes rédigea un
rapport qu'il envoya déjà en 1958 à la Aerial Phenomena Research
Organization des Etats-Unis, mais Mme Coral Lorenzen ne le mentionna que
très brièvement en 1963 et seulement un peu plus explicitement en 1966, dans
une réédition du même livre [66]. En 1961, donc plus de trois ans après les
événements, le docteur en médecine Walter Buhler de Rio de Janeiro fit
une nouvelle enquête, dont le résultat a été publié en 1962 sous une forme très
résumée [67] par un groupement
ufologique brésilien. Buhler envoya aussi son rapport à Gordon Creighton,
éditeur de la Flying Saucer Review en Angleterre. Il en fit seulement état six
ans après les événements [68]. En avril 1966, le Dr. Fontes transmit également
son rapport initial à Gordon Creighton. Il ne fut publié qu'en 1969, mais cette
fois-ci in extenso [69]. En 1973, on vit apparaître un compte rendu en
bande dessinée [70] et en 1978, la SOBEPS a publié la traduction [71] du
rapport de 1958. Je présente ici des parties du document initial, pour montrer
le déroulement de l'enlèvement et pour indiquer que le témoin a subi des effets
physiologiques semblables à ceux des radiations ionisantes [72].
En 1957, Villas Boas avait 23 ans et il était
célibataire. Etant un « Caboclo », c'est-à-dire d'origine
indio-portugaise, la couleur de sa peau était blanc-brune. Il avait seulement
suivi l'enseignement primaire, mais était manifestement intelligent et curieux.
Le soir du 5 octobre, vers 11 heures, il s'était déjà étonné d'une
« lumière très blanche » qui éclairait la cour de la ferme et le soir
du 14 octobre, vers 10 heures, quand il labourait son champ au tracteur, avec
son frère, il vit une « lumière rouge » qui prit position au bout du
champ. Elle resta stationnaire à une hauteur d'environ 100 m. Cette lumière
était éblouissante et éclairait une grande partie du sol. Antônio appela son
frère pour aller vers cette lumière avec lui. Puisqu'il refusa, Antônio s'y
rendit seul, à pied. Il s'attendait à voir un objet, mais juste avant d'y
arriver, la lumière se déplaça brusquement à grande vitesse et s'immobilisa
au-dessus de l'autre extrémité du champ. Antônio s'en approcha de nouveau, mais
la lumière reprit alors sa position initiale. Ce « jeu » se répéta 20
fois, en fait jusqu'à ce que jeune cultivateur s'en lassa et rejoignit son
frère. Cette étrange source de lumière resta encore stationnaire pendant
quelques minutes, en émettant de temps en temps des « rayons » dans
toutes les directions et puis, elle disparut à très grande vitesse.
Le lendemain, Antônio labourait de nouveau avec son
tracteur jusque tard dans la nuit du 15 au 16 octobre 1957. Vers 1 heure, il
vit une « étoile » rouge qui fonça vers lui. C'était un objet ovoïde
qui s'arrêta à environ 50 m au-dessus du tracteur et illumina tout le
voisinage, comme en plein jour. Il resta stationnaire pendant quelques minutes
pour descendre ensuite lentement jusqu'au sol, où il se posa sur trois pieds.
Vu latéralement, c'était un disque allongé, dont la partie supérieure devint
maintenant verdâtre. Une porte s'ouvrit, faisant pont-levis, une échelle se
déploya jusqu'au sol et des êtres qui portaient d'étranges uniformes se mirent
à descendre rapidement. Antônio voulut alors fuir avec son tracteur, mais il ne
parvint plus à rallumer le moteur qu'il avait éteint. Même les lumières ne
répondaient pas. Il prit la fuite à pied, mais fut vite attrapé par un de ces
êtres. Antônio se défendit et le projeta à terre, mais il fut pris par trois
autres personnages qui l'empoignèrent fermement et le soulevèrent aux bras et
aux jambes pour l'amener de force dans l'ovni. Antônio se débattit, mais ces
êtres ne lâchèrent pas prise. Chaque fois quand il cria pour appeler à l'aide
et les injurier, ils s'arrêtèrent cependant pour regarder attentivement sa
figure.
Dans l'objet, il fut introduit dans une pièce
carrée, puis dans une salle ovale avec un pilier central. Sinon, il n'y avait
rien qu'une table et quelques tabourets à pied unique, fixé au sol. Antônio y
était entouré de cinq êtres apparemment humains, mais un peu plus petits que
lui (environ 1,55 m contre 1,65 m). Ils portaient cependant une sorte de
costume de plongeur de couleur grise, recouvrant tout leur corps de la tête aux
pieds. Ils regardaient à travers deux ouvertures rondes et deux tubes
descendaient de l'arrière de leur tête jusqu'à l'arrière du thorax. Ces êtres
émettaient des sons bizarres, ressemblant à des aboiements de chiens. Ils se
mirent à enlever tous les vêtements d'Antônio qui se débattit, protesta, cria
et jura, mais ils ne s'arrêtèrent que de temps en temps, en le regardant alors
comme pour dire qu'ils étaient quand même des « gens polis ».
Ensuite, ils l'épongèrent avec un liquide transparent, onctueux et inodore qui
s'évapora rapidement. Il firent encore deux prises de sang d'une manière
inhabituelle et après cela ils le laissèrent seul, tout nu, dans une pièce où
il y avait uniquement une sorte de lit-divan.
Après quelque temps, il remarqua une odeur
suffocante. Elle provenait de nombreux petits tubes, traversant le mur à la
hauteur de ses yeux. Ils étaient pourvus de petits trous dont s'échappait une
fumée grise. Antônio en devint malade et vomit même dans un coin de la pièce.
Après une longue attente supplémentaire, il eut la surprise de voir une femme
toute nue. Elle entra dans la pièce et la porte se referma. Elle avait une
apparence humaine, avec quelques traits inhabituels et en particulier des
yeux très étirés vers les côtés. Les pommettes étaient très marquées,
tandis que la partie inférieure de la figure était triangulaire et cette femme
n'avait pratiquement pas de lèvres. La peau était blanche et les cheveux
de la tête étaient blonds. Elle fit des avances non ambiguës et à sa propre
stupéfaction, à cause de ce qu'il venait de vivre et parce que cela ne lui
était jamais arrivé, Antônio devint tellement excité qu'il ne se
contrôlait plus. Il y eut des relations sexuelles. Chez le Dr. Fontes, il le
reconnut seulement après beaucoup d'hésitations, en l'attribuant au liquide
dont on avait enduit son corps.
La femme ne parlait pas, mais émettait des sons
semblables à ceux des hommes. Sa taille était d'environ 1,35 m. Avant de
quitter la pièce, elle pointa sur son ventre, puis avec un sourire vers Antônio
et vers le ciel. Décidément, l'objectif était d'avoir un enfant, à emporter.
Après qu'il s'était rhabillé, Antônio fut reconduit à l'extérieur de l'objet
par un des êtres harnachés. Il se déplaça avec lui sur une rampe pour qu'il
puisse voir différentes parties externes de l'ovni. Ensuite, il l'invita à
descendre l'échelle et lui fit signe de s'écarter. L'échelle fut rétractée, la
porte se referma sans laisser de traces et l'objet s'éleva lentement à la
verticale. Les trois pieds se rétractèrent alors de manière télescopique.
L'objet s'arrêta pendant quelques secondes à une hauteur comprise entre 30 et
50 mètres, tandis que sa luminosité augmenta. La partie supérieure qui semblait
tourner passa progressivement du vert au rouge intense, en tournant de plus en
plus vite. Antônio entendit un bruit de chuintement qu'il attribua à de
« l'air déplacé ». Ce bruit devint de plus en plus intense et
brusquement, l'objet partit à très grande vitesse vers le sud, en s'inclinant
légèrement. Antônio Villas Boas regarda sa montre : il avait passé plus de
4 heures à l'intérieur de cet objet surprenant.
Je n'ai pas reproduit la description des détails de
structure de l'appareil, mais elle était identique pour les deux interviews. Il
s'agit effectivement d'un objet insolite. En novembre 1958, Antônio envoya même
une maquette en bois de cet appareil à Joao Martins. Il ne s'agissait pas d'une
« soucoupe » à symétrie axiale, mais nous savons que les ovnis
peuvent avoir des formes variables, avec des comportements identiques. A cette
époque, il semblait incompréhensible que l'union d'un être humain avec une
femme d'origine extraterrestre puisse être génétiquement fructueuse. La
solution de cette énigme vint plus tard, quand on comprit qu'il existe des
êtres hybrides. La forte similitude avec une femme humaine implique que des
hybridations doivent avoir été effectuées depuis plusieurs générations, sans
qu'on sache quand. On doit aussi se demander si des événements semblables ne se
sont pas produits un certain nombre de fois, sans qu'on les ait signalés.
Antônio Villas Boas se coucha après l'incident et
dormit toute la journée jusqu'à 4h30, mais il ne dormit plus du tout au cours
des deux nuits et jours suivants. Tout son corps faisait mal et il n'avait pas
d'appétit. En fait, il souffrit d'une nausée tenace, mais ne vomit pas.
Ensuite, pendant pratiquement quatre semaines, il a dormi beaucoup plus que
d'habitude. Le huitième jour, il remarqua une petite blessure qui s'infecta. Il
supposa qu'elle était due au travail, mais au centre, il y avait une petite
pointe avec du pus et après la guérison, toute l'aire environnante resta
pourpre. Entre le quatorzième et le vingtième jour d'autres plaies firent
spontanément leur apparition sur l'avant bras et les jambes. Leur évolution
était très semblable à celle de la première tache et trois mois et demi après
l'incident, le Dr Fontes vit encore des plaies non guéries. Il constata
également des traces aux endroits où l'on avait effectué la prise de sang.
Bien qu'il n'y ait pas eu de chute de cheveux
et qu'il était trop tard pour constater une anémie éventuelle, le
Dr Fontes affirma que les symptômes suggéraient une exposition à des
radiations ionisantes. Notons cependant que le Dr. Buhler n'a pas signalé
de séquelles.
L'enlèvement de Betty et Barney Hill dans le New
Hampshire eut lieu au cours de la nuit du 19 au 20 septembre 1961. Cette
fois-ci, il fallut recourir à l'hypnose pour libérer la mémoire des entraves
imposées par les ravisseurs. Lors de la régression hypnotique, réalisée par un
psychiatre compétent, Barney se souvint d'avoir entendu les paroles
suivantes : « Tu dois oublier. Tu oublieras et ce qui vient de se
passer aura seulement des conséquences graves pour toi si tu ne l'oublies
pas. » Les êtres qui procédaient à l'enlèvement étaient de petite taille,
mais d'apparence relativement humaine. Ils étaient chauves et avaient des
yeux étirés latéralement. Du moins certains d'entre eux parlaient anglais.
Puisque ce cas est bien connu [73], je signalerai seulement qu'une
« longue et fine aiguille » fut introduite dans l'abdomen de Betty,
en passant par le nombril. On expliqua que c'était pour un test de grossesse.
Barney, particulièrement terrorisé, reconnut qu'on avait placé un appareil sur
ses parties génitales.
Citons encore brièvement deux cas relativement
anciens [74] Le 4 octobre 1972, Monsieur Coccioli de Bueno Aires fut
« transporté dans un laboratoire par des occupants d'ovni ». Ils
pratiquèrent une prise de sang au doigt et « un prélèvement de sperme que
les extraterrestres gardèrent précieusement ». A une date non spécifiée,
mais avant décembre 1976, un garçon de ferme de Colombie, Liberato Anibal
Quintero, se leva la nuit et sortit de sa maison, en ayant l'impression
« d'être contrôlé par une inexplicable force externe ». Vers minuit
trente, un grand vaisseau lumineux descendit lentement du ciel, éclairant
violemment les environs et produisant une chaleur intenable. Liberato vit alors
qu'une petite échelle apparut sur le flanc de l'engin et que des gens
descendirent de la machine. Il voulut s'enfuir, mais ne parvint plus à bouger.
Les êtres avaient une taille d'environ 1,50 m et une apparence humaine, mais
des pommettes très hautes et des visages sans relief (dépourvu de nez).
Liberato perdit conscience quand ils le saisirent et revint à lui dans une
pièce fortement illuminée.
Son bras faisait mal et il y avait une marque qu'il
attribua à une prise de sang, mais il aperçut alors trois femmes
complètement nues, s'occupant de lui. Il se sentit très attiré par l'une
d'elles et il y eut des relations sexuelles. Elle avait de longs cheveux et
comme dans le cas d'Antônio Villas Boas, elle émit des sons ressemblant à des
aboiements de chien, mais cette femme-ci était très poilue. Liberato se sentit
épuisé. Deux femmes sont alors arrivées et lui firent boire « un drôle de
liquide jaunâtre qui eut pour effet de me rendre toute ma vigueur »,
dit-il. Finalement, il sentit une
piqûre dans le dos et puis, au lever du jour, il se retrouva seul, couché dans
l'herbe. Avec ses compagnons, il localisa des marques dans le sol, faites par
la machine. Nous constatons que les premiers enlèvements se ressemblent un peu
entre eux, mais ils sont très différents des enlèvements qu'on découvrit plus
tard.
L'examen médical effectué par les petits gris
C'est un artiste new-yorkais, Bud Hopkins,
qui rassembla des données sur une série de cas d'enlèvements pratiquées par une
catégorie d'extraterrestres, qu'on appelle les « petits gris ». Ils
agissent plus secrètement que dans les cas que nous venons de citer, mais aussi
d'une manière plus systématique. En 1981, Hopkins mit d'abord en évidence le
syndrome du « temps manquant » pour des personnes qui avaient vu un
ovni à partir de leur voiture, par exemple, mais qui se retrouvaient ensuite
plus loin sur la route, en conduisant [75]. Ils se rendaient compte seulement
d'une anomalie, en découvrant, généralement à l'arrivée, qu'ils avaient mis
nettement plus de temps que prévu pour le trajet qu'ils venaient d'effectuer.
Ces enquêtes ont été poursuivies et complétées avec l'aide d'une
psychothérapeute, le docteur Klamar, ce qui permit d'établir que les
personnes impliquées étaient sains d'esprit et que sous hypnose, elles se
souvenaient d'avoir été enlevées de force pour subir à l'intérieur d'un ovni
des examens médicaux et d'autres interventions traumatisantes.
En 1987, ceci fut confirmé dans un second livre
[76], encore plus probant et explicite. La même année, l'ethnologue Thomas
Bullard, publia une étude statistique [77] portant sur 271 cas
d'enlèvements, ce qui établit la réalité du phénomène à l'échelle mondiale,
pour toutes les couches sociales et préférentiellement pour des personnes de
moins de trente ans. Le phénomène était cohérent et non lié à des fantasmes ou
psychopathologies.
En 1994, John
Mack, professeur de psychiatrie à l'école de médecine de Harvard, publia le
résultat de ces propres investigations [78]. Il détaillait 13 cas sur les 76
qu'il avait étudiés depuis 1990, en pratiquant des régressions hypnotiques. Il
insistait sur la consistance interne des récits, « consistance elle-même
étayée par une intensité émotionnelle extrêmement frappante de la part
d'individus totalement sincères et sains d'esprit. » Bien que la mise à
jour de ces événements fut souvent douloureuse, elle semblait avoir été
bénéfique pour les personnes concernées. En fait, « les kidnappés
affirment avoir le sentiment que d'énormes portions de leur existence échappent
à leur conscience et à leur mémoire. » Alertés au départ par des
cauchemars et des bribes de souvenirs effrayants, ils avaient consulté le
psychiatre en disant qu'il serait préférable qu'ils soient « fous »
que de devoir constater que ce dont ils rêvaient serait vrai.
Peut-on dresser une sorte de portrait robot de ces
petits gris ? Oui, puisque les descriptions que les témoins en font sont
toujours très semblables. « Les petits gris possèdent des crânes de
grande dimension en forme de poire, Ils ont de longs doigts avec trois ou
quatre doigts, un torse très mince et des jambes fuselées Ces êtres ont ni
cheveux ni oreilles; leurs narines sont rudimentaires et une fente très
fine tient lieu de bouche; elle ne s'ouvre pratiquement jamais ni exprime une
quelconque émotion. Ce qui semble le plus remarquable, ce sont leurs yeux
proéminents et extrêmement sombres qui s'incurvent vers le haut ». Ils
ont ni cils, ni sourcils. Un des témoin rapporte : « Je n'ai vu que
les yeux, juste en face de moi Et je ne les ai jamais vu ciller. » Ils
sont uniformément noirs et par leur forme, ils ressemblent à des amandes [79]
(figure 1).
Figure 1: La tête des petits
gris, d'après de nombreuses descriptions de témoins
Dans le film de l'autopsie de Roswell, on enlève à
un moment donné de chacun des yeux une lamelle noire, en forme d'amande.
On découvre alors des globes oculaires humains, mais il s'agit ici d'un
hybride. Il se pourrait donc que dans ce cas, les lamelles n'étaient que des
prothèses, tandis que les yeux des petits gris sont naturellement configurés de
cette manière. Notons que la partie visible de l'oeil des bovidés est
uniformément noire, bien que cet oeil fonctionne comme une caméra. Notons aussi
que la formation d'une image ne requiert pas que la pupille devrait être ronde.
D'autres groupes d'extraterrestres ont effectivement une pupille en fente
verticale, comme les chats et les crocodiles.
Les petits gris « portent habituellement des
espèces de tuniques d'un seul tenant, assez ajustées et le plus souvent sans
ornement » ou signe distinctif. Leur taille est comprise entre 60 cm et
1,30 m. Ils s'occupent de l'enlèvement et de l'examen médical, de certaines
manipulations gynécologiques ou génétiques et du retour, mais il y a aussi un
« grand être » que les enlevés décrivent comme étant le chef
ou le docteur. Sa figure est très semblable à celle des petits gris, mais il
est plus grand, soit 1,30 à 1,50 m et sa fonction est différente.
Beaucoup de kidnappés
ont été enlevés des nombreuses fois, même depuis leur petite enfance, sans
doute pour les conditionner. Cela explique « le sentiment qu'ont les
kidnappés de posséder une double identité, à la fois humaine et
extraterrestre. » C'est plus vrai pour certains que pour d'autres, mais
tous ont dû s'adapter à une situation excessivement perturbante. L'objectif des
enlèvements est clair, non seulement à cause des interventions subies, mais
également à cause de ce que certains des kidnappés ont vu, comme l'indique le
témoignage suivant : « Elle décrit des rangées entières de
bébés hybrides en bocaux dans une sorte de gigantesque incubateur, ainsi qu'une
immense salle remplie d'une centaine de tables d'auscultation sur
lesquelles gisaient des êtres humains soumis, contre leur gré, à diverses
procédures humiliantes et pénibles. » Le psychiatre John Mack parvient à y
trouver quand même une facette positive : « L'objectif de ce
programme pourrait être de créer de nouvelles formes de vie spirituellement
plus évoluées et moins agressives», puisque les extraterrestres « paraissent véritablement confondus
devant notre manque incroyable de réflexion, de bon sens et devant nos pulsions
destructrices gratuites. »
En 1992, David Jacobs
publia une étude des enlèvements [80] que je considère comme étant la plus
fouillé et la mieux structuré. Jacobs est professeur d'histoire contemporaine à
la Temple University, Philadelphie. En fait, il s'était déjà fait remarquer en
1975, par la publication d'une histoire de l'ufologie aux Etats-Unis et des
controverses qu'elle y suscita [81]. Dans son livre « Silent Life »,
il se base sur plus de 300 cas d'enlèvements à l'échelle mondiale et les
témoignages d'une soixantaine de personnes pour lesquels il a réalisé lui-même
les régressions hypnotiques. Pour une vingtaine d'entre elles, il fournit de
larges extraits des témoignages recueillis sous hypnose. Qu'est-ce qui en
résulte ?
« La nuit est un moment idéal pour un
enlèvement. La disparition d'un individu passe mieux inaperçue et les
extraterrestres maintiennent ainsi davantage le secret par une plus grande
discrétion La victime, d'abord effrayée, se calme au fur et à mesure que
les extraterrestres se rapprochent et la fixent dans les yeux. » Les
enlevés ont souvent l'impression qu'ils sont sortis de leur maison, en passant
par la vitre d'une fenêtre ou une porte close, mais pour ma part, je pense que
cela fait simplement partie de la manipulation mentale qu'ils subissent
à ce moment. Il n'est pas nécessaire d'y voir un bouleversement des lois
physiques, puisque les visiteurs ont intérêt à brouiller les cartes, en créant
une impression de magie. Cela provoquera plus tard de l'incrédulité et au
moment même, cela renforce la soumission. « Je n'ai pas l'impression de
pouvoir résister » dit un des enlevés et Jacobs note lui-même que
« l'entrée de l'ovni semble être toujours un moment difficile à
remémorer. »
La phase primaire
consiste en « toute une série de procédures que les extraterrestres
effectuent le plus souvent possible et sur le plus grand nombre de
personnes. » La personne enlevée est placée sur une table qui forme un
bloc (sans pieds) et elle peut y être attachée quand elle se débat.
« Pendant toute la durée d'un enlèvement, la communication entre les
parties (extraterrestres et victimes humaines) s'effectue télépathiquement. »
Les humains « entendent dans leur tête » et il semble bien que chacun
arrive à percevoir ce qui a été dit dans sa propre langue, mais quand
les témoins sont invités à restituer la conversations, ils hésitent parfois sur
le choix des mots.
Les « petits
gris » constituent un sous-groupe bien défini des extraterrestres, puisque
ceux-ci peuvent avoir des apparences relativement variées. Il y en a certains
qui ont une taille de près de 3 m, tandis que d'autres sont presque
indiscernables des humains. La peau de certains semble être constituée
d'écailles. D'autres ont une figure très particulière. Les petits êtres qui
pratiquent des enlèvements systématiques sont le plus souvent de couleur grise,
blanc pâle ou gis-bleuâtre. « Ils ont de grosses boîtes crâniennes chauves
et bulbeuses. Leurs yeux noirs sont immenses, sans pupille ni cornée
(partie blanche). Leur nez est soit insignifiant soit inexistant, et leur minuscule
bouche en forme de fente ne remue jamais. Ils sont dépourvus d'oreilles.
Leurs corps sont extrêmement minces. »
La première phase des
procédures consiste toujours dans un examen médical très méticuleux de tout
le corps, en commençant par les pieds pour finir par la tête. « Deux
ou quatre petits êtres entourent la victime allongée sur la table, incapable de
bouger ou de parler. Mais elle conserve un certain degré de conscience, même si
elle est parfaitement terrorisée et à moitié absente. Ses yeux sont ouverts et
elle peut observer et noter ce qui se passe. L'examen lui-même peut très bien
ne pas dépasser dix ou vingt minutes. Les petits êtres travaillent vite et
bien. » C'est un travail de routine, ce qui veut dire qu'il a été
exécuté déjà de nombreuses fois et que les petits gris « sont faits pour
des tâches précises, ils sont rapides, efficaces et concentrés. »
Au cours de l'examen des
jambes, ils pratiquent souvent de « minuscules incisions sans
douleurs. » En général, la victime ne saigne pas et la cicatrisation est
étonnamment rapide. Après l'examen du bas-ventre et de la cage thoracique, ils
font lever les bras, pour palper les glandes lymphatiques. Notons que ceci a un
sens, puisque cela permet de détecter certains types de cancer. L'examen de la
tête commence par une vérification des capacités de rotation. Ensuite, ils
examinent les tympans et les yeux avec des lumières appropriées. Ils regardent
attentivement les dents et font des prélèvements dans la bouche. Ils palpent le
cou, surtout aux alentours de la glande thyroïde, ce qui peut susciter la peur
d'un étranglement, mais « généralement, les petits êtres procèdent
avec douceur pour ne pas occasionner trop de gêne. »
Après cela, la personne qui a été ravie est invitée
à s'asseoir, mais les petits êtres doivent la soutenir, parce que son tonus
musculaire est fortement réduit. « Il leur arrive de prélever quelques
échantillons de tissus », mais ils continuent surtout leur
palpations : « D'une manière méthodique et systématique, ils
touchent, pressent chacune des vertèbres depuis les cervicales jusqu'au
coccyx. Ils peuvent même répéter l'opération plusieurs fois de suite. » Le
patient est recouché et tourné sur son côté gauche, pour continuer l'examen de
la colonne vertébrale et pour procéder à celui du gros intestin. Si le sujet a
déjà fait l'objet de ce type d'examens, on attache beaucoup d'importance à
toute modification physique ou physiologique.
Finalement, on introduit un implant ou on
l'enlève. Ilest placé de préférence près du cerveau : dans les
oreilles, dans les cavités des sinus, juste au-dessous des yeux ou même entre
les yeux, en passant « à travers les sinus ». Cette procédure peut
provoquer des saignements de nez. Il s'agit sans doute d'une sorte de
« puce » électronique très miniaturisée. Nous ne connaissons pas ses
fonctions, mais elle pourrait servir à un contrôle de la victime avant et au
début des enlèvements. Des implants peuvent être placés également dans les
pieds ou d'autres parties du corps. Ils pourraient servir au monitoring des
fonctions physiologiques ou à une infiltration progressive de certaines
molécules. Dans certains cas, les petits gris vont au-delà de l'examen standard
et utilisent des appareils sophistiqués pour des examens plus approfondis. Ces
appareils comportent des fils et des écrans ou des tubes spéciaux pour des
prélèvements.
Le scanning mental effectué par le grand être
Tout cela étant terminé, les petits-êtres se
retirent et un « grand être » apparaît. Il ressemble aux
autres, mais est un peu plus grand et les traits de sa figure sont légèrement
différents. Les témoins notent surtout qu'il « arbore un air autoritaire
et les petits-êtres obéissent. » Il semble être le chef du commando.
Contrairement aux petits-êtres, il est doué d'émotions ou plus exactement d'une
capacité de contrôle des émotions de sa victime humaine. En regardant
fixement et de très près dans les yeux de la victime, il scrute son
esprit, évoque des images et suscite des émotions qui peuvent être très fortes.
Ce « mind scan » est surprenant. Les victimes « ressentent
généralement ce moment comme très pénible parce qu'elles ont le sentiment que
quelque chose leur a été retiré du cerveau. » Les yeux noirs sans pupille
sont « immenses » et les sujets sont complètement subjugués par ce
regard. « Je ne peux penser à rien d'autre qu'à ces yeux. Ils m'obsèdent
littéralement. » C'est ce qu'une des victimes revit, sous régression
hypnotique. Quand des victimes demandent par voietélépathique pourquoi ils font tout cela, l'opérateur répond
d'une manière évasive. Il dit par exemple : « Votre cas nous tient à
coeur » ou « Ceci est très important et vous nous aidez
énormément. »
Pourtant, « les hommes comme les femmes
rapportent qu'ils se sont sentis très vulnérables et comme violés ». En
effet, « durant les séances de scanner, le grand être provoque des émotions
spécifiques chez la victime, telles que la peur ou même la terreur. Il crée
le plus souvent un flot immédiat de sensations ou d'émotions de plaisir chez la
victime qui demeure ainsi liée à lui Parfois on voit poindre un
sentiment amoureux ou un désir sexuel dans ces imageries mentales. » Cela
s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes. En fait, le grand être semble
être asexué. Des enfants qui ont été soumis à cette procédure y voient un ami,
tandis que les adultes peuvent éprouver du plaisir avec une composante
sexuelle. Chez ceux qui savent ce qui va se passer, cela peut provoquer
« davantage de colère et d'humiliation que de plaisir », mais il leur
est « impossible d'exercer le moindre contrôle sur le processus ».
En fait, son objectif semble être de provoquer un orgasme ou un état
approchant, soit pour tester les réactions psychiques, tout comme ils ont
vérifié le bon fonctionnement du corps, soit pour préparer les interventions
qui vont suivre.
Les autres savent très bien ce qu'ils
veulent et ils connaissent nos mécanismes cérébraux et physiologiques. En
outre, ils s'intéressent tout particulièrement à nos émotions, bien
qu'elles puissent produire un état de colère et conduire à de la haine ou du
fanatisme. Elles sont impliquées aussi dans l'amour et le dévouement. Le grand
être semble avoir la capacité d'agir directement au moyen de ses yeux sur telle
ou telle partie de notre cerveau et de susciter des sentiments! Arriver à
savoir comment il y parvient constitue un problème fondamental et je ne
peux accepter l'idée que c'est de la magie, de la clairvoyance ou l'expression
de « facultés paranormales ». J'ai donc cherché une explication
possible des communications télépathiques et du scanning mental. Au lieu de
rejeter tout simplement ce qui semble trop « fantastique » pour être
crédible, il serait en effet important de voir si une explication rationnelle
est au moins envisageable. Nous y reviendrons plus loin. Notons cependant que
ceux qui organisent la société extraterrestre ont « créé » des êtres
biologiques dont les capacités et les fonctions sont différentes. Seulement
certains d'entre eux peuvent réaliser un scanning mental.
Un programme d'hybridation
Revenons au livre de
Jacobs [82] et prenons conscience de l'objectif des enlèvements. « Le
grand être cesse ses séances de scanner et entame une autre phase de ses
fonctions : la récolte des ovules. D'une main, il appuie sur
l'abdomen de la femme, à la hauteur des ovaires, et de l'autre il introduit
divers instruments dans le vagin. » Il s'agit d'abord d'un instrument qui
sert à ouvrir les voies naturelles, ensuite d'un long et mince tube flexible
qui remonte jusqu'à un des ovaires. Une autre technique permet de pénétrer dans
le corps de la femme, en passant par le nombril au moyen d'une fine et longue
aiguille, dont l'autre extrémité comporte une seringue. « Une fois que
l'ovule a été prélevé, le grand être le place dans un flacon qu'il pose
sur un des chariots ou confie à un petit être qui l'emporte aussitôt. »
Dans d'autres cas, on
procède à l'implantation d'un ovule fécondé, c'est-à-dire d'un minuscule
embryon hybride. Notons que le prélèvement d'un ovule et l'implantation d'un
embryon devraient se faire à des moments bien choisis. Il serait donc
important d'établir des statistiques à partir d'un grand nombre de
témoignages, pour vérifier si les procédures alléguées sont effectivement
conformes aux exigences physiologiques ou simplement des effets de
l'imagination ! Jacobs rapporte que les tests de grossesse se révèlent
alors positifs, mais six à douze semaines plus tard, les règles réapparaissent.
« La femme va consulter son gynécologue qui confirme ce fait
incroyable : le foetus a tout simplement disparu ! ». Une des
femmes qui décrivit le prélèvement du foetus par aspiration raconta que
le grand être lui a présenté le foetus dans un flacon, en disant : « Voilà
votre enfant et nous allons l'élever Je lui ai dit que c'était une partie
de moi-même et qu'ils n'avaient aucun droit dessus. Il dit alors : C'est
notre droit. »
Les hommes ne sont pas
épargnés non plus. Pour prélever le sperme, les « autres »utilisent « une espèce de tube relié à
l'autre bout à une machine. » Tout cela clarifie au moins un aspect essentiel :
ils pratiquent des fertilisations in vitro, ce qui permet de comprendre
la « création » d'êtres hybrides par des manipulations effectuées sur
le matériel génétique recueilli aussi bien du côté des humains que de certains
extraterrestres. Ils savent sans doute quelles parties du DNA doivent être
remplacées ou incluses pour aboutir aux résultats voulus. C'est très
choquant pour nous, mais leurs préceptes éthiques sont sans doute
différents des nôtres et nous ne connaissons pas les raisons qui poussent telle
ou telle civilisation extraterrestre à agir de cette manière. Ce qui est
certain, par contre, c'est qu'ils ne demandent pas notre avis et que ces
procédures sont équivalentes à des viols !
J'estime qu'il est
important et urgent que l'humanité réagisse, pour faire comprendre à ces
extraterrestres que cela n'est pas acceptable ! Il ne suffit pas que
quelques chercheurs constatent ces faits et que nous en soyons consternés. Il
ne sert à rien non plus de paniquer, mais il est évident que la
désinformation pratiquée par les autorités (surtout aux Etats-Unis) doit
favoriser les enlèvements (effectivement les plus fréquents dans ce pays). Le
désintérêt persistant des milieux scientifiques devient également coupable,
dans le sens d'une « non assistance à personnes en danger ». Bien que
ce problème soit plus complexe que c