Inforespace,
n° 95, octobre 1997, 16-70. Internet, 2001.
Etude
approfondie et discussion de certaines
observations du 29 novembre 1989
A.
Meessen, Professeur
à l'UCL
Les nombreuses observations du 29
novembre 1989 ont permis de prendre rapidement conscience du caractère
exceptionnel de la « Vague d'OVNI sur la Belgique ». J'en ai fait
rapport dans le premier des deux livres de la SOBEPS, portant ce titre-là (VOB.
1. p. 11-49). L'observation la plus remarquable de cette soirée était celle des
gendarmes von Montigny et Nicoll de la brigade d'Eupen, mais récemment, elle a
fait l'objet d'une contestation et cela m'a conduit à entreprendre une nouvelle
étude de ce cas. On trouvera dans cet article les objections soulevées, la
transcription des différentes interviews des témoins, des données mesurables
complémentaires et un ensemble d'arguments rationnels. La discussion qui s'est
développée est remarquable en elle-même, puisqu'elle a été franche et directe,
mais sereine. En fin de compte, le cas est renforcé, mais chacun pourra en
juger lui-même.
Les observations des gendarmes Nicoll et von
Montigny
Rappelons d'abord ce qui s'est passé, en
nous basant sur les informations recueillies en décembre 1989 et publiées en
1991. A peu près une demi-heure après le coucher du soleil, les deux gendarmes
roulent sur la route N68 qui mène d'Eupen à la frontière allemande. Vers
17h20, ils découvrent un mystérieux objet qui se tient immobile à
environ 120 m au-dessus d'une prairie. C'est un triangle isocèle, dont deux
coins sont coupés perpendiculairement à la base. Celle-ci mesure 30 à 35 m. La
face inférieure de l'objet est plane et horizontale, tandis que son bord
latéral est vertical et de hauteur constante. La couleur est sombre, mais près
des coins, il y a trois énormes « phares », d'environ 2 m de diamètre
Ils sont encastrés et projettent vers le bas une lumière blanche, très
intense. Sur la prairie, il en résulte une tache éclairée, d'environ 60 m
de diamètre. Puisque le centre de cette tache se trouve à environ 50 m de la
route, la distance entre les observateurs et le centre de l'objet est de
l'ordre de 130 m. Au centre du triangle, les gendarmes discernent un
« gyrophare » rouge, nettement moins intense.
Après peu de temps, l'objet se met en
mouvement, parallèlement à la route et pointe en avant, mais même maintenant,
on n'entend pas de bruit. Un peu plus loin, l'engin s'arrête et rebrousse
chemin pour se diriger vers la ville d'Eupen et la survoler à basse
altitude. Pendant ce temps, les gendarmes suivent l'objet à distance, sur une
route de crête quasi-parallèle à la N68, mais le « vol » de l'objet
est également observé par sept autres témoins indépendants. Les
gendarmes demandent par radio à la caserne d'Eupen qu'on prenne des
renseignements auprès des bases militaires, mais on refuse, parce que le récit
est tellement incroyable qu'on suppose qu'il s'agit d'une blague. Arrivés au
croisement de la rue haute et de la route de Herbesthal, les deux gendarmes se
rendent rapidement à la caserne, toute proche, afin de convaincre celui qui
était chargé des communications. Ils reviennent de suite sur la route de crête
et voient que l'OVNI se dirige vers le barrage de la Gileppe. Ils le suivent et
constatent qu'il s'arrête et reste immobile près de la tour éclairée de
la Gileppe.
Observant l'objet à partir de la hauteur
de Kortenbach, à plus de 4 km, ils ne peuvent discerner qu'une lumière
quasi-ponctuelle, mais maintenant, elle produit un phénomène très étrange. Des
deux côtés émergent simultanément et horizontalement, de manière symétrique, deux
faisceaux lumineux rougeâtres. Ils ont des bords parallèles et sont assez
fins, mais suffisamment lumineux pour être discernables à grande distance. Ils
ont une longueur bien définie, les extrémités étant marquées par des « boules
rouges ». Celles-ci s'écartent fortement et reviennent ensuite vers
l'objet. Elles tournent pendant quelque temps autour de celui-ci, avant de
disparaître. Puis, tout recommence de la même manière. Ce
« spectacle » s'arrête finalement et l'OVNI s'éloigne à 19h23,
sans aller vers la gauche ou la droite.
Les observations des gendarmes ont donc
duré deux heures et à Kortenbach, ils ont vu surgir un second objet
non identifié. Il est parti rapidement, mais il a été observé aussi par
d'autres.
Une réponse aux « sceptiques »
La SOBEPS a pu collecter environ 150
témoignages d'observations d'OVNI, faites au cours de la même soirée du 29
novembre 1989 à différents endroits de la province de Liège. Tout cela est
extraordinaire et même unique dans l'histoire de l'ufologie, mais il en résulte
que l'observations des gendarmes doit être aussi une cible privilégiée pour
ceux qui se déclarent « sceptiques » vis-à-vis du phénomène OVNI,
mais qui sont en réalité opposés à l'hypothèse extraterrestre.
Le 17 décembre 1996, j'ai reçu une lettre
accusatrice, affirmant que la « boule lumineuse » au-dessus de la
Gileppe n'aurait été rien d'autre que la planète Vénus. Le 27 décembre
1996, on y ajouta qu'au début de leurs observations, les gendarmes n'auraient
vu qu'un engin conventionnel, probablement un ULM. J'ai alors décidé
d'entreprendre une nouvelle étude, pour vérifier si ces déclarations
étaient justifiées ou non. J'ai interrogé de nouveau les gendarmes, j'ai
rassemblé des informations complémentaires et répondu aux objections par des
arguments de type scientifique. Toutes ces données ont été communiquées aux
participants du débat et à une dizaine d'observateurs. En fait, la
discussion s'est échelonnée sur plus de six mois.
La première partie de cet article
présente la synthèse des résultats de la nouvelle étude et des discussions
menées jusqu'au 8 avril 1997. Le texte qui suit est essentiellement
celui que j'avais envoyé à cette date aux participants et observateurs, avec
quelques modifications pour le rendre plus facilement accessible à toute autre
personne. La seconde partie fournit la transcription des interviews des
gendarmes, réalisées en décembre 1989 et en janvier 1997. La troisième
partie présente la suite de la discussion, qui s'est seulement terminée le
5 juillet 1997. La quatrième partie résume les dernières
informations complémentaires.
1. La première synthèse
Les accusations et les menaces
La lettre du 17 décembre l989 m'a fort
surprise, aussi bien par sa forme que par son contenu. Elle venait de M. Paul
Vanbrabant, cofondateur du NUFOC (National UFO Center). Ce groupe s'était
constitué au moment de la vague et il avait mené pendant quelque temps des
enquêtes dans la partie néerlandophone du pays. La lettre comptait 3 pages et
commençait par une déclaration accusatrice: Après une recherche
superficielle (niet grondig onderzoek), nous serions arrivés à la
conclusion injustifiée que « d'une part, on ne pouvait pas
trouver d'explication conventionnelle du phénomène observé et d'autre part,
qu'au moins deux objets (ou phénomènes) ont circulé au-dessus de la
région d'Eupen. » L'auteur de la lettre affirmait en effet que « la
lumière au-dessus de la Gileppe était la planète Vénus » et que le
second objet était donc le seul qui restait encore « non
identifié ». Il était même suggéré que cela permet d'expliquer toutes les
autres observations d'OVNI de la même soirée ! L'accusation était grave:
« Même pour les observations les plus importantes, l'enquête est entachée
de fautes. Ceci met en doute les autres enquêtes et rapports et exige
une nouvelle étude approfondie... Des hypothèses qui avaient été exclues
doivent être revues dans le nouveau contexte. »
Voici les arguments avancés, en les
ordonnant: (1) Des programmes astronomiques auraient démontré que « Vénus
se trouvait... dans la direction d'observation, avec une très forte
magnitude. » (2) Le ciel était parfaitement dégagé et « la thèse que
les deux gendarmes n'auraient pas vu la planète est fortement
douteuse ». (3) Les gendarmes ont interrompu leurs observations lors du passage
à la caserne d'Eupen. Ceci les aurait amenés « à supposer après
leur arrivée à Kortenbach qu'ils voyaient au loin le même objet/phénomène
au-dessus de la Gileppe » que celui qu'ils avaient découvert de l'autre
côté de la ville. (4) Les gendarmes ont seulement vu une boule lumineuse, dont
des rayons lumineux semblaient émerger de temps en temps (een heldere
lichtgevende bol waaruit, schijnbar, met onregelmatige pulsen, lichtstralen
leken weg te schieten). Cette description n'était pas exacte, mais l'auteur de
la lettre se permettait de lancer des piques: « des astronomes et
normalement aussi les ufologues, sont bien au courant des effets qu'une
planète de la magnitude de Vénus peut produire près de l'horizon. » M.
Vanbrabant les attribuait (sans preuves) à des « réfractions de la lumière
dans notre atmosphère polluée ».
Une copie de la lettre était envoyée à 16
autres personnes et elle contenait une menace. Si M. Vanbrabant
(analyste à la Kredietbank) n'avait pas obtenu de réponse avant la fin de
janvier 1997, il diffuserait un document à la presse, aux groupements
ufologiques les plus importants et sur des sites adéquats d'Internet, pour
dénoncer « l'information fautive » contenue dans le livre de la
SOBEPS. L'auteur ne se contentait donc pas d'écrire qu'il « mettait en doute
aussi bien les observations des gendarmes que les conclusions qui en ont
été tirées. » Il affirmait également que les vérifications astronomiques
effectuées par le Dr. Ronny Blomme, astrophysicien à l'Observatoire
Royal, lui permettaient de « présenter des preuves suffisantes pour
expliquer les observations des gendarmes comme étant dues à la planète
Vénus. »
J'ai appris plus tard que Paul
Vanbrabant avait pu remarquer lui-même la présence de Vénus dans le ciel,
au cours de l'été 1996. Il l'avait signalé à Wim Van Utrecht, responsable
de Caelestia (A research & publication project for unidentified aerial
phenomena) qui préparait à ce moment un article sur la « vague
belge » pour un livre, édité en Angleterre à l'occasion des 50
années d'ufologie (1947-1997). Il y présenta la thèse de Venus, mais dans la
lettre de M. Vanbrabant, le nom de M. Van Utrecht apparaissait seulement dans
la liste de ceux qui en recevaient copie. Je savais cependant qu'il combattait
l'hypothèse extraterrestre.
Dès le lendemain de la réception de la
lettre, j'ai téléphoné à M. Vanbrabant pour lui dire que je trouvais l'hypothèse
de Vénus intéressante en elle-même, qu'il fallait l'examiner et que je
m'engageais à le faire. J'exprimais cependant très nettement ma réprobation
vis-à-vis de la méthode des menaces. Elle n'est pas d'usage dans les
relations humaines et certainement pas en sciences! Pour que la recherche
puisse s'effectuer dans de bonnes conditions, je demandais une copie des
données astronomiques qui semblaient justifier sa démarche. Je donnais
l'assurance que les résultats de mon étude seraient présentés (quels
qu'ils soient!) lors d'une réunion semi-publique. Différentes personnes
intéressées par ce problème y seraient donc invitées, mais ce groupe resterait
limité. La réunion a seulement eu lieu le 22 février 1997, pour
des raisons d'agenda de certaines personnes.
Les vraies données astronomiques
Pendant les derniers jours de l'année
1996, j'ai déjà vérifié comment le ciel devait se présenter au cours de la
soirée du 29 novembre 1989, quand on regardait de l'endroit où se trouvaient
les gendarmes vers le barrage de la Gileppe. Je l'ai fait au moyen du programme
« Tellstar » et j'ai reporté les données numériques sur un diagramme,
pour faire apparaître la trajectoire apparente de Vénus (cercles noirs
sur la figure 1) et celle du soleil (cercles ouverts, bien distincts). J'y ai
également indiqué la direction de la tour éclairée, au-dessus de la quelle la
« lumière » s'était immobilisée. J'ai déterminé cette direction
(205°) par une mesure très précise, effectuée sur une carte géographique à
grande échelle (IGN, 1/10.000).

Figure
1: Trajectoires apparentes de Vénus et du Soleil vues à partir de Kortenbach,
près d'Eupen. Les chiffres
correspondent aux heures du passage et le trait vertical à la direction de la
tour éclairée.
Un des gendarmes avait dit que la
« lumière » se trouvait un peu à gauche de la tour, mais déjà
au moment de leur arrivée à la chapelle de Kortenbach, vers 18h30, Vénus se
trouvait à droite de la tour. En fait, il y avait déjà un écart de
10° et dans la suite, il a seulement pu augmenter, puisque Vénus se
déplaçait vers la droite par rapport à la tour. Ceci n'était pas en faveur de
l'hypothèse de Vénus!
Je me demandais dès lors pourquoi les
données du Dr. Ronny Blomme étaient différentes des miennes. M. Vanbrabant me
les envoya le 10 janvier. Ce n'étaient que des cartes globales du ciel, entre
16h15 et 21h, temps universel. Les données pour Vénus y étaient
indiquées sous forme numérique, en tenant compte des effets de la réfraction
atmosphérique qui relève les corps célestes près de l'horizon. Les
contestataires ont oublié d'y ajouter une heure, pour obtenir l'heure locale ! Avec
cette correction, l'accord avec mes résultats était satisfaisant, puisque les
cercles ouverts situés derrière les cercles noirs de la figure 1 sont ceux de
M. Blomme. On constate que la trajectoire apparente de Vénus n'est pratiquement
pas modifiée par la réfraction atmosphérique, mais la correction temporelle
changeait complètement les données du problème.
Les observations des gendarmes
Rappelons que messieurs von Montigny
et Nicoll ont découvert l'OVNI vers 17h20. Ils ont décrit la forme de
l'objet, les lumières émises ainsi que son comportement pendant la phase
initiale, le survol de la ville d'Eupen et le stationnement au-dessus du
barrage de la Gileppe (VOB.1.17). Ce n'était certainement pas un objet de type
connu et contrairement aux affirmations de M. Vanbrabant, mon enquête initiale
ne justifiait pas du tout l'hypothèse d'une confusion astronomique possible.
J'estimais cependant qu'elle méritait d'être examinée à fond. Le rapport qui a
été publié en 1991 était assez bref, puisqu'il se situait dans le cadre de
l'ensemble des événements du 29 novembre 1989. L'objectif était en effet de
démontrer que la vague avait débuté d'une manière fulgurante, en donnant assez
d'exemples concrets pour qu'on puisse juger du nombre et de la qualité des
observations, mais aussi de la cohérence du phénomène, malgré la
diversité de ses manifestations. Le rapport contenait cependant des éléments
qui étaient déjà incompatibles avec l'hypothèse de Vénus.
J'avais signalé qu'en revenant à la route
de crête, après le passage à la caserne d'Eupen, les gendarmes « revoient
l'OVNI. Il se déplace vers le barrage de la Gileppe »
(VOB.1.23). Quand les gendarmes arrivent à la petite chapelle de Kortenbach,
ils voient que « l'objet s'est immobilisé... un peu à gauche de la
tour éclairée. » Cette tour a une hauteur de 77 m et fournit à ceux qui
montent en haut, une large vue panoramique du Lac et des environs. Les
gendarmes se trouvaient en fait à 4,6 km de là, mais cela ne pouvait pas les
empêcher de voir qu'il y avait une lumière très brillante, restant « parfaitement
stationnaire » près de la tour. Le déplacement vers la Gileppe,
l'arrêt et la longue période d'immobilité excluaient une confusion
astronomique, mais l'élément le plus décisif provenait de ce que j'appellerai
le « phénomène des boules rouges ».
J'avais fait un rapprochement entre cette
observation et une autre, où un OVNI a également produit un faisceau horizontal
à bords parallèles, dont la longueur variait de manière progressive (VOB.1.24).
J'ai proposé que ces faisceaux pouvaient résulter de l'action d'une
radiation ionisante, produisant un plasma lumineux, électriquement conducteur. L'ensemble
pourrait donc former une antenne dipolaire pour émettre des ondes
électromagnétiques de très basse fréquence. En effet, les faisceaux semblaient
atteindre une très grande longueur, de l'ordre d'un kilomètre quand ils étaient
entièrement déployés. Les estimations des deux gendarmes n'étaient pas
identiques, mais cela n'avait rien d'étonnant, puisque l'obscurité ne
permettait pas de faire des comparaisons de longueurs. La durée des mouvements
horizontaux et l'intervalle de temps entre les « émissions »
successives étaient de l'ordre de plusieurs minutes. En outre, il était évident
que les deux gendarmes avaient observé ce « spectacle » avec beaucoup
d'attention. En combinant ces données avec tout ce que je savais des
technologies connues, des phénomènes atmosphériques et des mécanismes de la
perception, je me sentais obligé de conclure: « je ne vois pas
d'explication conventionnelle. »
Pourtant, je voulais interroger
maintenant de nouveau les deux gendarmes, pour voir si l'hypothèse de Vénus
était acceptable ou non. Si je pouvais l'étayer de manière rationnelle, je
n'hésiterai pas à le reconnaître publiquement. J'en ai fait la
preuve par l'analyse des enregistrements radar des chasseurs F-16 au cours de
la nuit du 30/31 mars 1990 et celle des observations visuelles d'autres
gendarmes qui ont déclenché cette intervention de la Force Aérienne
(VOB.2.387-414). Seule la vérité est importante ! De toute manière, même si
l'hypothèse de Vénus devait se justifier pour le 29 novembre 1989, cela ne
changerait rien au problème de fond qui résulte de l'ensemble des observations
d'OVNI, mais chaque cas doit être examiné avec soin. J'attends la même
probité intellectuelle des contestataires.
La nouvelle enquête
Pour commencer, j'ai ajouté trois
arguments à ceux que M. Vanbrabant avait présentés pour que l'on considère la
possibilité d'une confusion astronomique. (1) Puisque l'OVNI s'était déplacé
lentement, avec des lumières blanches très intenses, permettant de le
suivre facilement à distance, les gendarmes s'attendaient à cet aspect, sans se
méfier de Vénus. (2) Ils ne devaient pas s'étonner non plus de l'immobilité
de la « lumière » près de la tour et de l'absence de bruit, puisqu'ils
avaient constaté ces caractéristiques au début de leurs observations. (3) Les
gendarmes ont signalé que l'OVNI s'est finalement éloigné pour disparaître à
l'horizon vers 19h30. C'était justement le moment du coucher de Vénus (figure
1). Cela pouvait être une coïncidence, mais méritait certainement beaucoup
d'attention.
Entre-temps, j'avais reçu un courrier de
M. Jacques Bonabot qui dirige le GESAG (Groupement d'Etude des Sciences
d'Avant-Garde). C'était la copie d'une lettre qu'il envoya le 27 décembre 1996
à M. Vanbrabant, en réponse à sa lettre du 17 décembre. Je constatais avec
étonnement que M. Bonabot mettait même en cause le caractère exceptionnel de la
première partie des observations de von Montigny et Nicoll, mais le seul
argument contenu dans sa lettre était: « c'est trop beau être vrai. »
En outre, il affirmait que le lac de la Gileppe n'était pas visible à
partir de la hauteur de Kortenbach. Cela résulterait d'un relevé, effectué au
moyen d'une carte géographique. Notons que le lac était de toute manière
invisible dans l'obscurité et que les gendarmes ont seulement dit qu'ils ont vu
une lumière stationnaire au-dessus de la tour éclairé, près du mur du
Lac de la Gileppe.
Suite à ma demande téléphonique, M.
Bonabot m'a fait parvenir deux courriers, datés du 13 et 27 janvier.
J'apprenais ainsi qu'il avait contesté déjà en juin 1996 l'étrangeté de la
première phase des observations de von Montigny et Nicoll. Partant du fait que
l'OVNI avait rebroussé chemin (VOB.1.18) et de l'idée qu'il pourrait s'agir
d'un ULM, grosso modo triangulaire, M. Bonabot avait cherché à savoir s'il y
avait un obstacle qui l'aurait fait rebrousser chemin. Y avait-il une
ligne de haute tension? Il affirmait qu'il en avait trouvé une sur une carte de
la région et il en déduisait que « tout semble correspondre à un
petit engin... bien terrestre... dont le pilote se trouve tout à coup confronté
avec un dangereux obstacle. » Appelons cela l'hypothèse d'un ULM. Nous
y reviendrons.
De mon côté, j'ai d'abord vérifié au moyen
d'une carte géographique à grande échelle (IGN, 1/10.000) qu'en effet, on ne
voit pas le Lac de la Gileppe (à la pointe Fraîtis) à partir de Kortenbach,
mais la partie éclairée de la tour panoramique était visible, malgré la
pointe rocheuse (de la Piérreuse) qui sépare les vallées de la Vesdre et de la
Gileppe. Le point important était, en fait, que le sommet de la tour
panoramique était même un peu plus haut que la hauteur de Kortenbach, où se
trouvaient les gendarmes. Le différence n'était que d'environ 50 m, mais les
sommets rocheux derrière la tour dessinaient l'horizon à une élévation
angulaire de 1°. Le problème des « lignes de haute tension » a été
résolu en me rendant sur place, mais je détaillerai cela plus loin.
Les données astronomiques et topographiques
ont été présentées à la réunion du 22 février, mais celle-ci devait être
consacrée surtout à l'écoute des enregistrements des différentes interviews
des gendarmes, effectués en allemand et accompagnés d'une traduction
française que je présentais simultanément par rétroprojecteur. Il me semblait
important, en effet, qu'on puisse percevoir les émotions et le climat des
entretiens, tout en ayant la possibilité de vérifier que ma transcription était
complète et fidèle. A ce moment, je n'étais pas encore décidé à fournir ces
textes, mais je l'ai fait le 8 avril. On les trouvera dans la seconde partie de
cet article, parce que je tiens à jouer cartes sur table.
J'avais conservé l'enregistrement de
l'interview initiale du gendarme Hubert von Montigny, réalisée en
décembre 1989. A ce moment, j'avais seulement interrogé le gendarme Heinrich
Nicoll par téléphone, pour vérifier quelques points particuliers, puisqu'il
s'était déjà exprimé dans les médias. Je voulais surtout savoir s'il avait
également vu le « phénomène des boules rouges » et comment il le
décrirait, puisque je n'avais encore entendu parler nulle part de cet aspect,
hautement étrange. Le 20 janvier 1997, j'ai rencontré M. von Montigny près
de la chapelle de Kortenbach. Je me suis rendu avec lui à la tour panoramique
et au lieu des premières observations. Ensuite, nous avons enregistré
l'interview et après cela, je me suis rendu immédiatement chez M. Nicoll, sans
avertissement préalable. Je remercie messieurs von Montigny et Nicoll de m'avoir
permis de les interroger de nouveau, puisqu'ils refusent toute autre interview
pour la raison suivante: « nous avons dit ce qu'il y avait à dire. »
La réunion et la discussion approfondie
Elle eut lieu le 22 février 1997, dans
les locaux de la SOBEPS, en présence de différents observateurs et en
particulier du professeur Emile Schweicher de l'Ecole Royale Militaire.
C'est un scientifique et il connaît les trois langues nationales qui furent
utilisées au cours de la réunion. Il avait accepté de la présider. Avant
celle-ci, il y eut quelques réactions atténuantes, qu'il convient de signaler.
Le 10 février, M. Vanbrabant m'envoya une lettre, où il me remerciait de mes
« réactions » à sa lettre du 17 décembre et « du temps que
j'avais consacré à ce cas ». Il regrettait que M. Van Utrecht avait déjà présenté
l'hypothèse de Vénus dans une publication (ondertussen is het kwaad al an het
geschieden,... daar het nog lang niet zeker is of dit degelijk zo is). Il réinterprétait d'ailleurs sa prise de
position initiale: « L'hypothèse de Vénus est seulement une question
que je me pose et à laquelle moi, je ne trouve pas de réponse. »
Le 27 janvier, M. Bonabot avait écrit à
M. Vanbrabant: « le phénomène (au-dessus de La Gileppe) semble dépasser la
simple perception d'une planète. J'y décèle une certaine étrangeté. Je crois
donc... que nous ne pouvons pas détruire toute la structure de cette journée
du 29 novembre 1989. » Au moment de la réunion, j'ai demandé à
M. Van Utrecht s'il était encore possible de modifier son texte, mais il disait
que ce n'était pas le cas. Il m'a récemment transmis une copie de la lettre
qu'il envoya le 13 février à l'éditeur du livre. Il y apparaît que la position
de Vénus par rapport à la direction de la tour était maintenant pourvue d'une incertitude
de 15°. C'est l'ampleur de son déplacement pendant une heure. Sans le décalage
entre l'heure locale et l'heure universelle, cela aurait pu
« encadrer » la tour, mais cela ne pouvait plus être considéré comme
une preuve satisfaisante, étant donné les déplacements de Vénus par
rapport à la tour, puisque la « lumière » qui attirait l'attention
des gendarmes restait immobile au-dessus de celle-ci.
Ceux qui avaient proposé l'hypothèse de
Vénus et celle d'un ULM avaient eu l'occasion de faire valoir tous leurs
arguments pendant les deux mois qui précédaient la réunion du 22 février.
Celle-ci devait donc être consacrée à l'exposé des nouvelles données. Certaines
observations ou objections ont été formulées, en particulier par Wim Van
Utrecht. Ils seront développés dans la suite. L'astronome Ronny Blomme est venu
seulement à la fin de la réunion, mais je n'ai entendu aucune objection de sa
part. Après l'exposé des faits, il y eut une certaine excitation, conduisant à
des discussions en petits groupes et j'ai dû redemander l'attention générale
pour donner des précisions quant à l'endroit où les premières observations des
gendarmes avaient eu lieu. J'avais consulté les cartes et je m'étais rendu sur
place, même deux fois, en prenant des vidéos. Cela permettait de répondre aux
objections soulevées, basées sur l'hypothèse d'un ULM, confronté à un obstacle.
En fait, il n'y eut pas assez de temps
pour développer une discussion approfondie et on n'avait surtout pas assez de
recul, pour la rendre fructueuse. M Vanbrabant accepta de rédiger un rapport de
la réunion. Il le fit dès le lendemain. Ensuite, on a spontanément adopté la
meilleure procédure possible pour aboutir à une discussion équilibrée,
réfléchie et sereine. Chacun s'est exprimé par écrit, dans sa langue et
après mure réflexion.
M. Vantuyne (Critical Approach of
Alien Presence) m'a envoyé une copie du rapport qu'il avait écrit (en
néerlandais) sur les propos tenus le 9 décembre 1989 par les gendarmes devant
un groupe de journalistes. Ensuite, j'ai reçu les documents suivants: (1) Une
lettre de 2 pages de M. Bonabot, datée du 3 mars. (2) Six pages en petits
caractères de M. Vanbrabant. Elles étaient datées du 20 mars et intitulées
« notes et conclusions. » (3) M. Van Utrecht m'envoya
d'abord un texte provisoire de 4 pages en petits caractères, datée du 4 mars.
La version définitive, traduite en français, fut expédiée le 28 mars. D'après
son titre, c'était une « réfutation » de mes
conclusions. Disposant de tous ces éléments, j'ai rédigé une synthèse,
reprenant aussi ces arguments auxquels j'ai ajouté mes réponses. Ce texte
fut envoyé le 8 avril 1997.
Analyse de l'hypothèse de Vénus
Les derniers témoins qui ont observé
l'OVNI à Eupen ont constaté qu'il traversait la rue de Verviers et qu'il
s'éloignait d'Eupen du côté gauche de cette rue. Ceci est tout à fait
compatible avec un déplacement vers le barrage de La Gileppe. Les
gendarmes disent également qu'ils ont observé ce déplacement, mais dans sa
lettre du 20 mars, M. Vanbrabant fait remarquer que si les gendarmes ont vu le
mouvement quand ils roulaient eux-mêmes vers Garnstock, il se peut qu'ils aient
été victimes d'une illusion. On sait en effet que la Lune, observée à
partir d'une voiture qui roule, donne l'impression de suivre la voiture.
Les interviews (reproduites plus loin)
montrent cependant que les gendarmes ont déjà vu l'objet à la caserne.
Pour en savoir plus, j'ai téléphoné à M. Nicoll et je lui ai demandé:
« Pourquoi avez-vous regardé par la fenêtre? » La réponse était
simple et directe: « Puisque Creutz restait incrédule, j'ai dit: regardes,
le voilà ! » Pour savoir si cela pouvait être Vénus, j'ai demandé:
« Est-ce qu'à ce moment, la 'lumière' était au repos ou en
mouvement? » La réponse fut particulièrement éclairante: « Je l'ai
vue à travers les branches d'un grand hêtre. Il est situé à environ 10 m
de la fenêtre et il atteint à peu près 15 m. Nous nous trouvions à 4 m du sol.
L'arbre était dénudé et la lumière passait d'une branche à l'autre. »
Ici, il n'y a plus d'illusion possible: les gendarmes n'étaient pas en
mouvement et le mouvement de l'objet était apprécié par rapport à des repères
fixes. Il était lent, mais plus rapide que celui de Vénus !
J'ai demandé de suite à M. Nicoll s'il se
souvenait de la direction où la lumière se trouvait à ce
moment-là. Il répondit: « au-delà des maisons de la rue de Verviers, dans
la direction de l'ancien abattoir. » Cela correspond à Rotenberg. Au moyen
d'une carte de la ville d'Eupen, j'ai trouvé que vu de la caserne d'Eupen, ce
lieu se situe à 166° par rapport au Nord. Puisque les gendarmes sont passés à
la caserne vers 18h00, Vénus se trouvait alors à environ 210° (figure 1). Ils
ont donc vu l'OVNI et non pas Vénus. Il apparaît également que l'OVNI
avait encore du chemin à parcourir et que les gendarmes ont donc pu le voir
progresser vers la Gileppe, comme ils l'ont dit. D'après le rapport de M. Vantuyne,
les gendarmes se sont parfois arrêtés en cours de route pour observer. Ils se
sont arrêtés en particulier près des « anciennes bornes
kilométriques », relativement proches de la chapelle de Kortenbach. Ils
disent qu'ils ont vu l'arrivée et l'immobilisation le l'objet près de
la tour de La Gileppe. Ensuite, la « lumière » est restée
immobile près de la tour, fournissant un point de référence fixe, facilement
repérable.
M. Vanbrabant s'est inquiété de la vue
des gendarmes. Je savais qu'à l'époque, ils ne portaient pas de lunettes. En
janvier 1997, ils m'ont confirmé tous les deux que leur vue est encore
excellente. M. Nicoll porte seulement des lunettes pour lire. Notons
qu'une bonne vue est professionnellement importante pour des gendarmes et que
de toute manière, si ce n'était pas le cas, cela n'aurait pas eu d'importance
pour apprécier l'immobilité et la position de la « lumière » par
rapport à la tour éclairée. M. von Montigny a dit que l'objet était
stationnaire « au-dessus » de la tour, tandis que M. Nicoll a
précisé que c'était « un peu à gauche » de celle-ci. M. Van Utrecht
suggère qu'un troisième aurait pu le voir à droite! Ne prenons pas nos désirs
pour la réalité. Les deux déclarations ne sont pas contradictoires, puisque
l'objet pouvait se trouver au-dessus de la tour, mais légèrement à
gauche, du côté du Lac.
Nous savons déjà qu'au début des
observations à Kortenbach, l'écart entre Vénus et la tour était de 10°. Voyons
maintenant la hauteur. Elle était de l'ordre de 6°, tandis que le sommet de la
tour se trouvait à moins de 1°. Or, les gendarmes ont précisé qu'en progressant
lentement, « cela arrivait à peu près à la hauteur de la tour » et
que lorsque l'objet était arrêté, il ne se trouvait « pas beaucoup plus
haut ». Les mécanismes de la perception visuelle font cependant que les
angles d'élévation sont surévalués sur la voûte céleste, et cela d'autant plus
fortement qu'on se rapproche de l'horizon (M. Minnaert, De Natuurkunde van't
vrije veld, I.184). Cela veut dire que si la « lumière » était perçue
comme étant près du sommet de la tour, elle devait l'être réellement. Vénus se
trouvait plus haut, au départ, mais descendait doucement vers l'horizon au
cours de l'heure qui suivit. L'effet visuel cité devait donc amplifier la
vitesse apparente de descente au lieu de la réduire. Les deux gendarmes ont
insisté par contre sur l'immobilité de cette « chose »
par rapport à la tour.
Pourquoi n'ont-ils pas signalé la
présence de Vénus en plus de celle de l'OVNI ? Il ont vu arriver cet objet à la
tour et toute leur attention était focalisée sur cet objet, à cause du
phénomène des boules rouges. Par rapport à cela, le ciel étoilé n'avait
aucun intérêt, même s'il y avait un peu plus loin une « étoile »
plus brillante que les autres. Il est vrai que l'objet est parti sans aller
vers la gauche ou la droite, justement vers 19h30, quand Vénus s'est couchée.
Cette coïncidence est étonnante, mais elle ne prouve rien, puisque Vénus
s'est couchée à 25° de la tour. C'est un très grand écart. Je recommande de
découper un coin de 25° et de l'utiliser pour viser l'horizon.
M. Vanbrabant fait remarquer que les
gendarmes auraient pu rouler jusqu'à la tour, en suivant le chemin qui
descend vers Membach. Le changement de perspective nous aurait été bien utile,
en effet, mais les gendarmes avaient leurs raisons pour ne pas le faire.
La hauteur où ils se trouvaient procurait une vue très dégagée, permettant de
bien voir le phénomène des boules rouges et le départ de l'objet, auquel ils
devaient s'attendre et qu'ils ne voulaient sans doute pas rater. On leur disait
d'ailleurs par radio de continuer leurs observations, puisque les militaires ne
s'expliquaient pas la présence de cet objet bizarre. Les deux gendarmes
restaient cependant en service de garde (Bereitschaftsdienst). Ils
devaient pouvoir intervenir immédiatement en cas de vol, d'accident ou d'autres
problèmes. En outre, ils se trouvaient à la limite du district d'Eupen. Pour
aller enquêter plus loin, ils auraient dû demander l'autorisation à Verviers.
J'ai cherché (et fait rechercher) d'autres témoins qui auraient pu voir l'OVNI
à partir de Membach, mais je n'en ai pas trouvé. Le soir du 29 novembre 1989,
on ne savait pas encore dans la région qu'il pouvait être intéressant de lever
les yeux vers le ciel et il faut dire aussi que la tour éclairée n'avait rien
de neuf.
Messieurs Van Utrecht et Vanbrabant n'ont
pas mis en doute l'honnêteté des gendarmes, mais ils ont essayé de discréditer
leurs témoignages, en insistant sur la flexibilité de la mémoire et la
possibilité de déformations subjectives des perceptions visuelles. Soyons quand
même réalistes: les gendarmes ont eu assez de temps pour bien observer l'objet.
C'était même devenu leur mission et ils pensaient, eux, à un engin
conventionnel inconnu.
Au cours de la réunion du 22 février, M.
Van Utrecht faisait valoir aussi que les confusions astronomiques sont
fréquentes, d'après une étude qui portait sur 1307 cas, dont 1158 cas étaient
identifiés (A. Hendry, The UFO handbook, 1979, p. 22 et 102). Voyons cela de
plus près. Le nombre élevé des confusions dépend évidemment de l'échantillon
choisi. En fait, on considérait seulement des cas où des « lumières
nocturnes » insolites avaient été identifiées comme étant des corps
célestes, afin de comparer les chances de méprises pour différentes
professions. Dans 94 % de ces cas c'étaient des policiers (law enforcement) et
pour 75 %, des pilotes ou le personnel aérien. Puisque cela se situait déjà
dans un cadre de méprises (certaines ou probables), on ne peut évidemment pas
en conclure que d'une manière générale, les policiers ou gendarmes ont 94 % de
chances de se tromper et pas non plus que les chances sont les mêmes pour les
agents des villes et des régions rurales.
Le phénomène des boules rouges
Les déclarations des gendarmes que
j'avais recueillies à cet égard rendaient, à mes yeux, toute confusion
astronomique impossible. Des vérifications n'étaient même pas nécessaires, puisque
les gendarmes avaient suivi l'objet et puisque les mouvements des « boules
de feu » étaient de grande amplitude, symétriques et répétitifs (figure
2).

Figure
2: Représentation schématique des deux phases du phénomène des boules rouges.
Les allées et retours étaient de longue
durée par rapport aux scintillations des étoiles. Un des gendarmes a fait plus
attention aux boules rouges et l'autre plus aux faisceaux, mais cela n'a rien
d'étonnant, puisqu'ils ne savaient pas ce que cela pouvait être. Vu
l'importance de ce phénomène, nous le visualisons schématiquement.
Le 17 décembre, quand M. Vanbrabant
proposa l'hypothèse de Vénus, il essayait de rendre compte du phénomène des
boules rouges, en parlant simplement de réfractions atmosphériques. Le
20 mars, après avoir entendu les témoignages des gendarmes, il était obligé de
justifier sa proposition, mais il notait seulement que les rayons qui relient
Vénus aux yeux peuvent être déviés par réfraction atmosphérique et qu'il peut y
avoir des perturbations de la perception visuelle, sans préciser comment
cela pourrait expliquer les effets observés. M. Van Utrecht a effectivement
cherché dans la littérature spécialisée, puisqu'il citait 6 références, mais il
reconnaissait qu'il n'avait trouvé aucune explication détaillée des
rayons et boules rouges. Dans la traduction française du 28 mars, il ne
semblait pourtant pas avoir abandonné tout espoir d'en découvrir: « La
manière avec laquelle deux rayons rouges latéraux peuvent apparaître par
scintillation ou réfraction ne trouve pas immédiatement une explication
dans la littérature spécialisée. » Au risque de le décevoir, je dois dire
que ce sera impossible.
Je connais bien les mécanismes de la
réfraction et les propriétés des inhomogénéités ou turbulences atmosphériques.
J'ai montré que certains événements liés l'intervention des F-16 au cours de la
nuit du 30/31 mars 1990 pouvaient s'expliquer par des réfractions locales,
anormalement importantes (VOB.2.407-414), mais il ne s'agissait que de
mouvements saccadés autour d'une position moyenne et de changements de couleur,
c'est-à-dire de scintillations d'une ampleur exceptionnelle. Le phénomène des
boules rouges est beaucoup plus extraordinaire que cela. Ni l'orientation
particulière, ni la longueur et la symétrie des « rayons », ni
l'apparition des « boules rouges » qui vont, reviennent et tournent
autour de l'objet, ni la durée de ces phénomènes ne peuvent s'expliquer par des
réfractions localement plus fortes de la lumière de Vénus !
M. Van Utrecht a courageusement proposé
une idée personnelle pour essayer de rendre compte de la périodicité du
phénomène. Le 4 et le 28 mars, il affirme « qu'une couche d'inversion
ondulante se déplaça en direction des témoins oculaires et que la lumière
de Vénus de temps à autres se réfléchit sur cette couche miroitante. S'il en
est effectivement ainsi, l'effet résultant doit être comparable à une
raie lumineuse horizontale qui à chaque fois disparaît et réapparaît...
Il me semble intéressant pour de tels effets d'obtenir l'opinion d'astronomes
ou météorologues. » Au lieu d'une opinion, je peux offrir des faits
objectifs et des arguments, basés sur des raisonnements logiques.
En premier lieu, j'ai cherché à savoir
quel était le profil des températures en fonction de l'altitude au cours
de la journée du 29 novembre 1989. J'ai reporté les données obtenues par des
sondages effectués à Uccle sur la figure 3. Ces résultats étaient contenus dans
les bulletins que j'avais déjà consultés à l'époque à l'UCL. Je remercie le
professeur Quinet de l'Institut Royal Météorologique de m'avoir transmis au
début de 1997 les résultats des sondages effectués le même jour à Saint Hubert.
Les profils des températures y étaient très semblables à ceux de la figure 3
pour l'observatoire qui est situé à Uccle, près de Bruxelles. Le temps était
déterminé par une large zone de haute pression, centrée sur l'Europe Centrale.
Il faisait beau pendant la journée, avec des gelées nocturnes. On le voit sur
la figure 3. A minuit, le sol refroidissait l'atmosphère jusque vers 500 m.
Pendant la journée, le soleil réchauffait le sol et par conséquent les très
basses couches de l'atmosphère. Cela conduisait dans la soirée à la présence
d'une faible inversion de température.

Figure
3: Résultats des sondages de l'atmosphère à Uccle.
La formation de mirages supérieurs
exige de fortes inversions de température, avec un changement presque
discontinu de grande ampleur. Des rayons lumineux qui touchent la couche
d'inversion en venant d'en bas peuvent alors être déviés vers le bas, comme si
c'était un miroir. Normalement, cela se produit au-dessus de la mer et pour des
latitudes voisines des pôles, en produisant des images de vaisseaux lointains
ou d'îles, cachées de la vision directe par la courbure de la Terre (V.
Mézentsev, Phénomènes étranges dans l'atmosphère et sur la Terre, Mir, 1970,
26). Physiquement, cela résulte du fait que la vitesse de propagation de la
lumière est plus petite dans l'air froid que dans l'air chaud, parce qu'il est
plus dense.
On peut observer le même effet en
regardant la face inférieure de l'eau dans un verre, mais pour une couche
d'inversion de température dans l'air, l'angle par rapport à l'horizontale à
partir duquel il y a réflexion totale est beaucoup plus petit. Pour qu'il
puisse y avoir un mirage supérieur, même dans des conditions qui y sont
favorables, il faut que les rayons viennent d'en bas suivant une incidence
rasante. En outre, si l'hypothèse de Vénus était correcte, avec un mirage
supérieur, on aurait dû voir deux lumières superposées: l'image directe
et l'image obtenue par réflexion. Ceci sera encore détaillé dans la troisième
partie. On a effectivement signalé un cas de ce genre pour Vénus (W. Viezee,
Optical mirage, in Scientific Study of Unidentified Flying Objects, E. Condon,
Bantam, 641). Mais puisqu'il faut une incidence rasante, ce phénomène ne peut
être que de courte durée. Ce qui s'est passé à la Gileppe était bien différent
!
Considérons maintenant ce qui résulterait
de l'hypothèse d'une couche d'inversion ondulante, progressant vers les
témoins. Puisque le rayon réfléchi doit toujours se trouver dans le plan formé
par le rayon incident et la normale au miroir local, on devrait voir des
mirages supérieurs qui montent et descendent dans un plan vertical au-dessus de
Vénus. Des fluctuations locales de la couche d'inversion produiraient
seulement une traînée lumineuse élargie. Cet effet est d'ailleurs bien connu,
mais de manière inversée pour le soleil qui se couche au-dessus de la mer. On
voit alors une traînée de reflets, reliant la source à l'observateur. Il n'y
aurait jamais des rayons horizontaux et encore moins des variations symétriques
des longueurs et une rotation des « boules rouges »
autour de la lumière centrale (figure 2). Je suis d'accord avec M. Van
Utrecht: il réclame qu'on se souvienne du « rasoir d'Occam » et
qu'on choisisse la solution la plus logique, mais ce n'est pas la sienne!
Le sens du spectacle
L'idée que les ovnis puissent être des
engins d'origine extraterrestre est inacceptable aux yeux de certains, mais
essayons de la considérer comme hypothèse de travail, pour voir ce qui
pourrait en résulter dans le cas qui nous préoccupe. On doit alors se demander
par quels moyens on pourrait produire ce type de faisceaux dans l'atmosphère
terrestre. Cela fait partie des questions que je me pose, mais ce genre de
considérations sortent du cadre de cette étude. Voyons seulement si le
phénomène des boules rouges pouvait avoir un sens dans le cadre de l'hypothèse
extraterrestre ou si celle-ci était illogique.
J'avais envisagé que les faisceaux
pourraient former une antenne servant à émettre des ondes
électromagnétiques de très basse fréquence (VOB.1.24). Dans ce cas, les
gendarmes auraient assisté par hasard à une manoeuvre qui ne les concernait pas.
L'autre possibilité est que ce « spectacle » ait été produit au
contraire pour attirer l'attention des gendarmes ou d'autres témoins éventuels
sur un aspect très inattendu et pour voir ensuite quelles réactions cela provoquerait
dans notre pays. L'hypothèse d'une expérience sociopsychologique me
semble maintenant la plus simple, au vu de beaucoup d'autres indices à
l'échelle mondiale.
Des civilisations extraterrestres qui
viennent nous visiter doivent s'intéresser à notre degré de maturité. Est-il
suffisant pour que nous soyons capables de percevoir leur présence? L'humanité ne refuse-t-elle pas de
« voir » la réalité telle qu'elle est, à cause de certains préjugés?
La vague belge a été très particulière à beaucoup d'égards et les ovnis se sont
souvent comportés comme s'ils voulaient être vus. En outre, la Belgique est le
siège de différents organismes internationaux, y compris l'OTAN. Vu de cette
manière, le « spectacle » au-dessus de la Gileppe serait subtilement
provocant. Au cours de la réunion du 22 février, j'ai brièvement mentionné la
possibilité d'une expérience sociopsychologique.
Le 20 mars, M. Vanbrabant réagit à ma
proposition, mais il refuse de donner un sens aux observations des gendarmes.
« Le fait qu'ils auraient pu voir de leur position deux rayons de lumière
horizontaux également longs des deux côtés me semble incroyablement
accidentel, comme si tout ce show était fait à leur intention. »
Il affirme que cet argument et l'absence d'autres témoins pour la seconde
phase des observations de von Montigny et Nicoll sont « deux faits qui à
eux seuls me semblent assez forts pour considérer leur récit comme une
interprétation erronée de Vénus. » En s'accrochant au refus de
l'hypothèse extraterrestre, il reprend l'idée que l'objet volant non identifié
que von Montigny et Nicoll ont vu au début de la soirée devait être un
ballon ou un ULM. Avant d'en arriver à l'examen de cette proposition, il
faut signaler une autre tentative d'explication du phénomène des boules rouges.
Des perturbations de la vision oculaire
Messieurs Vanbrabant et Van Utrecht
signalent à juste titre que des corps célestes tels que Vénus, Jupiter, Saturne
ou Sirius peuvent produire des aspects visuels déroutants. Ils se basent
d'ailleurs sur un article le Michel Bougard (Inforespace, hors série
n°8, 1984, 26-32), où l'on trouve une série d'exemples concrets. Passons sur
les rentrées de fusées ou de satellites et sur les distorsions produites par
des jumelles mal réglées. Il est vraiment arrivé que des corps célestes étaient
perçus d'une manière tout à fait inhabituelle! Dans un cas, on a même signalé
deux « lignes rouges », mais l'une était horizontale et l'autre
verticale. Le dessin du témoin montre d'ailleurs que ce n'étaient pas
simplement deux lignes, mais peu importe, car dans d'autres cas, on a vu des
« flèches très brillantes » et de « nombreux rayons
multicolores » qui semblaient émerger d'une lumière quasi-ponctuelle. Il
était même question de variations de grandeur et de formes, avec apparition de pointes.
M. Bougard a eu le mérite de scruter les
dossiers de la SOBEPS, pour montrer que cela existe et il n'en a pas conclu
tout simplement que ces témoins ont dû fabuler. Au contraire, il a fait valoir
que les sociopsychologues ont des idées confuses à cet égard. Trop
souvent, « le débat l'a emporté. » Il est utile et même nécessaire
d'apprendre à mieux connaître des effets de ce genre et de chercher à les
comprendre. C'est ce que je propose de faire, en explicitant des idées connues
(M. Minnaert, op. cit. 121-123). Certaines personnes voient facilement, quand
ils observent une lumière intense très concentrée, un ensemble de rayons très
longs et très nets. Ils forment deux faisceaux divergents orientés
respectivement vers le bas et le haut (figure 4a). Parfois, il n'y a qu'un seul
faisceau. Cela résulte du fait que les glandes lacrymogènes peuvent humecter le
globe oculaire de manière excessive. Le liquide transparent s'accumule alors au
bord des paupières inférieures et supérieures. La tension superficielle tend à
former des gouttelettes et les réfractions prismatiques conduisent alors à la
formation d'un ensemble de longs traits, souvent colorés (figure 4.b et c).
Une vision nocturne prolongée peut
conduire aussi à ce qu'une source lumineuse quasi-ponctuelle prenne un
aspect étoilé (figure 4d). C'est pour cela qu'on parle d'étoiles. Il peut
même y avoir formation d'une tache polygonale irrégulière, à sommets pointus.
L'explication réside dans le fait que les muscles qui règlent l'adaptation
visuelle du cristallin, peuvent exercer des tractions inégales dans différentes
directions. Ceci est favorisé par une grande ouverture des pupilles (figure
4e). Les artistes ont souvent dessiné des rayons qui partent de
flammes de bougies ou d'étoiles, parce qu'ils se fient à leurs yeux! Pour se
rendre compte de l'origine oculaire de ces effets, il suffit d'incliner ou de
tourner la tête: la configuration des faisceaux de rayons se modifie. Je les
vois parfois, mais je n'ai jamais vu deux rayons horizontaux autour d'une forte
lumière quasi-ponctuelle et il ne faut pas s'y attendre.

Figure
4: Perturbations oculaires de l'image d'une forte lumière quasi-ponctuelle
M. Bougard et A. Hendry citent des cas où
un corps céleste, vu à l'oeil nu, a donné lieu à de brèves variations du
diamètre apparent. Hendry pense que cela pourrait résulter d'un effet de
« lentille atmosphérique ». Cela ne me semble pas très plausible,
puisqu'il faudrait faire appel à une réfraction par une masse d'air froid pour
obtenir une lentille convergente et il y aurait des phases de transition. Je propose
dès lors une solution plus simple. Il suffirait d'admettre une fatigue des
muscles du cristallin, avec un relâchement passager relativement brusque qui
défocalise l'image. Ayant acquis une meilleure compréhension de ce qui peut
perturber la vision, il est évident que cela n'explique pas les faits
observés !
Conclusions de la nouvelle étude
Ceux qui refusent l'hypothèse
extraterrestre n'expliquent pas pourquoi ils le font. Pour eux, c'est une
vérité évidente, comme le postulat d'Euclide l'a été pendant de nombreux
siècles. Quelques-uns parmi ces « sceptiques » lutent avec
acharnement contre ce qu'ils considèrent comme hérésie. Pour empêcher que
d'autres puissent être tentés par l'hypothèse extraterrestre, ils déploient
déjà beaucoup d'efforts pour qu'on ne regarde pas des objets volants non
identifiés et pour qu'on ne prenne pas ce genre d'observations au sérieux. La
technique du « debunking » est bien rodée: on s'attaque à un cas
particulier pour montrer qu'on peut au moins le mettre en doute et pour
suggérer ensuite que « tout le reste » est du même genre. On exploite
donc la tendance spontanée aux généralisations. La « lumière »
au-dessus de la Gileppe devait donc être une cible idéale, mais pour la même
raison, je devais aussi me donner la peine d'examiner ce cas d'une manière
approfondie. Dans le passé, on n'a d'ailleurs pas toujours hésité à utiliser
une arme encore plus pernicieuse: on jetait du discrédit sur les
témoins ou l'enquêteur.
Les défenseurs de « l'hypothèse de
Vénus » ont exercé une certaine retenue, bien que des menaces aient été
proférées et M. Vanbrabant a suggère (le 20 mars) que j'aurais pu influencer
les témoins. Il me reproche d'avoir dit à M. Von Montigny, quand il a commencé
à parler du phénomène des boules rouges: « nous devons préciser cela,
puisque c'est très important » (voir l'interview qui suit). Dois-je
comprendre que M. Vanbrabant ne s'y serait pas intéressé et qu'il n'aurait pas
cherché des précisions? La phrase qu'il cite résulte en réalité du fait que je
voyais les réticences de M. von Montigny. Le phénomène des boules rouges lui
semblait tellement extraordinaire et incroyable, qu'il craignait de ne pas être
pris au sérieux et même d'être envoyé chez un psychiatre. D'après la critique
historique, cette hésitation est plutôt favorable à la véracité du récit.
Que pouvons-nous conclure de la nouvelle
étude et de la recherche que nous avons menée ensemble? Le résultat final
est que l'hypothèse de Vénus ne s'est pas confirmée! Elle est même en
désaccord avec les faits observés pour les raisons suivantes. (1) Les deux
gendarmes ont vu le mouvement d'approche, quand ils n'étaient pas dans
une voiture qui roule. Ensuite, ils ont constaté l'immobilisation de l'OVNI
près de la tour éclairée. (2) Ils ont vu, avec une motivation suffisante pour
regarder de manière attentive, que la « lumière » restait stationnaire
par rapport à la tour. (3) Les contestataires ont affirmé au départ que la
direction d'observation était justement celle où se trouvait la planète
Vénus à ce moment. Une analyse plus poussée a démontré que c'était inexact. Les
écarts passent même du début à la fin de l'observation de 10° à 25°, ce qui est
énorme. (4) Les gendarmes n'ont pas changé leur poste d'observation et ils
n'ont pas signalé la présence de Vénus pour des raisons
plausibles. (5) Le phénomène des boules rouges est un élément capital, qu'on ne
parvient pas à expliquer par l'hypothèse de Vénus, qu'on considère des
effets de réfraction atmosphérique ou de vision oculaire. (6) Des boules
rouges ont été observées à d'autres endroits, en association avec les OVNI de
la vague belge (à Henri Chapelle, le même soir du 29 novembre 1989 et ensuite à
d'autres endroits, le 1er et 11 décembre 1989, le 1 mars, le 13 avril 90 et le
22 novembre 1990). Le cas de la Gileppe est sans doute très remarquable, mais pas
une singularité inouïe. (7) Une analyse objective doit envisager toutes
les hypothèses, sans préjugés et sans exclusives. Cela s'applique aussi à
l'hypothèse extraterrestre.
L'hypothèse d'un ULM
Le nombre et le type des apparitions
d'OVNI en Belgique rendent impossible de nier le caractère matériel et
technologique de ce phénomène. Au début, on pouvait et devait même envisager
des hypothèses conventionnelles, mais il fallait aller jusqu'au bout de sa
pensée. L'hypothèse des avions secrets américains fut réfutée par
l'ambassade américaine et... par le bon sens. D'autres personnes pensaient à
l'AWACS ou à un engin motorisé très léger, dont le pilote transgresse
les règlements. On a également fait appel à l'idée de ballons aménagés ou
d'autres systèmes volants plus performants, conçus par un inventeur génial.
Toutes ces hypothèses ne résistent pas à l'analyse, du moment qu'on se donne la
peine d'examiner ce qui a été réellement observé. On est cependant obligé de reconnaître
que quelques personnes, plutôt rares, mais bruyantes, suivent une autre
stratégie, basée sur le syllogisme que voici:
On ne
peut pas nier qu'il y avait des objets volants non identifiés.
L'hypothèse
extraterrestre est inacceptable.
Il doit donc
y avoir une explication conventionnelle.
Un des opposants de l'hypothèse
extraterrestre est l'allemand Werner Walter, commerçant à Mannheim et
fondateur du CENAP (Centrales Erforschungs-Netz aussergewöhnlicher
Himmelsphänomene). Il envoya des formulaires aux gendarmes von Montigny et
Nicoll, que ceux-ci n'ont jamais remplis et M. Walter ne s'est pas rendu sur
place pour réaliser des enquêtes approfondies. Il n'en avait pas besoin !
Puisqu'on avait vu des « triangles » et puisqu'on avait entendu
parfois un bruit qui pourrait être celui d'un moteur, il en a conclu
directement qu'il devait s'agir d'un ULM et que toutes les observations de la
vague belge devaient s'expliquer de cette manière. M. Walter a même l'audace de
défendre cette thèse dans un journal d'Eupen (Grenz-Echo, le 5 mars 1994). En
fait, il y faisait de la réclame pour sa dernière publication (Ufos 2000 - Die
Eskalation) et il affirmait, d'après le titre de l'article, que le pilote se
moquait les ufologues. Il souhaitait évidemment que cela se passe comme
cela, mais il allait encore plus loin dans ses allégations illusoires.
Un quart d'un livre plus récent de
monsieur Walter (UFOs Die Wahrheit, 1996) est consacré à la vague belge. Je
connais celle-ci et je dois dire que la présentation qui en est fait n'est
qu'un tissu de distorsions systématiques et une désinformation éhontée, bien
que le titre proclame haut et fort que c'est LA VERITE. M. Walter réécrit
l'histoire à la manière des révisionnistes qui nient même l'extermination
des juifs dans les camps de concentration des nazis. Cela existe! Pour lui, il
ne s'est jamais rien passé d'extraordinaire au cours de la vague belge. Ce
n'étaient que des méprises de A à Z. M. Walter termine son exposé sur ce qu'il
appelle une « vague des pseudo-ovnis » dans notre pays, en répétant
simplement sa thèse: « les candidats pour expliquer les OVNI sont des
avions ultra-légers pilotés par des aventuriers, des avions expérimentaux
privés et des appareils téléguidés de grand format, partant par exemple de
bases militaires dans la région des observations » (livre cité, p. 303).
Il ne fournit aucune preuve, bien sûr, mais pour se rassurer lui-même, il
ajoute: « C'est notre espoir que le pilote responsable se fera
connaître. »
Notons encore que Werner Walter mentionne
son « collègue » Wim Van Utrecht, parce qu'il aurait réussi, au moyen
de carton, de ciseaux, d'une aiguille et de quelques lampes, à réaliser une
photo truquée qui ressemble à celle de Petit-Rechain (livre cité, p. 299). En
fait, il n'existe qu'une vague ressemblance et on aurait dû procéder surtout à
une analyse approfondie la photo originale. Je l'ai fait et le résultat de
cette étude sera publié dans Inforespace. Je dois encore signaler que M. Van
Utrecht n'a pas hésité à discréditer la vague belge et la SOBEPS dans une
publication ufologique internationale (Mufon UFO Journal, février 1992 et août
1992). En outre, je l'ai rencontré lors d'une émission télévisée en néerlandais
(VTM, 1995), où il intervenait de manière très décidée comme opposant de
l'hypothèse extraterrestre.
La demande de M. Vanbrabant, formulée
dans sa lettre du 20 mars, est plus ouverte. Il voudrait qu'on ne se limite pas
à l'hypothèse extraterrestre, mais qu'on considère aussi « d'autres
hypothèses, comme celle d'un ballon, ULM ou autre appareil volant léger
motorisé. » Je suis parfaitement d'accord. Faisons le, en partant de ce
que les gendarmes von Montigny et Nicoll ont réellement vu (figure 5). Est-ce
que cela ressemble à un ULM ? En plus de la forme et des lumières, il faut tenir
compte du fait que cela pouvait rester immobile dans l'air. Tous les témoins
qui ont vu cet objet ont été étonnés de ne pas entendre le bruit auquel ils
s'attendaient. En outre, il y avait de nombreux ovnis, apparaissant à d'autres
endroits, avec des formes différentes, mais des caractéristiques communes. Il
n'y a pas de doute possible, si l'on est objectif: ces objets mettaient en oeuvre une technologie
inconnue. Nous sommes maintenant six ans plus loin et il n'y a toujours
aucun indice d'une explication conventionnelle qui soit réaliste.

Figure
5: L'OVNI observé par les gendarmes von Montigny et Nicoll
M. Vanbrabant se contente de proposer des
possibilités. Les gendarmes von Montigny et Nicoll auraient pu voir un
engin terrestre, servant à un coup de pub (pour quel produit?) ou assister à
une expérience militaire (sans que les responsables des opérations militaires
aériennes dans notre pays en soient avertis). M. Bonabot a le mérite d'avoir
cherché à expliquer au moins un aspect particulier des observations initiales
des gendarmes. L'objet pourrait avoir rebroussé chemin, à cause d'un obstacle.
Il a trouvé qu'une carte indiquait la présence d'une ligne de haute tension
à l'endroit présumé et il en a conclu que cela pourrait être la cause du
« demi-tour de l'aile delta ». Dans sa lettre du 13 janvier 1997, M.
Bonabot affirme que « tout semble correspondre au déplacement
d'un petit engin solide, bien terrestre, volant à quelques dizaines de mètres
du sol et dont le pilote se trouve tout à coup confronté avec un dangereux
obstacle qui entraînera l'électrocution, la destruction de son appareil »
(juin 1996). Examinons cela de plus près.
Les cartes indiquent bien qu'il y a une
ligne électrique qui suit une rue perpendiculaire à la route N68, avant le
carrefour de Merols, du côté de Belven. Quand j'y suis allé, j'ai trouvé une
ligne électrique du réseau ordinaire (220 V). Elle est de hauteur normale, en
tout cas inférieure à 20 m, tandis que l'OVNI évoluait à environ 120 m du sol !
Cette ligne électrique n'aurait pas gêné le pilote, d'autant plus que par
après, il a survolé d'autres lignes électriques, des bâtiments et même la ville
d'Eupen. Je suis retourné une seconde fois sur les lieux, pour chercher de
vraies lignes de haute tension. J'en ai trouvé une de 15.000 V, située
beaucoup plus loin de la N68, mais même celle-ci était également de hauteur
très modeste. Cela suffirait déjà pour écarter l'hypothèse d'un obstacle
aérien, mais il y a encore une autre raison, liée à une détermination plus
précise de l'endroit où l'OVNI a rebroussé chemin. Il y eut un petit
malentendu à cet égard et une rectification est nécessaire.
L'interview initiale de M. von Montigny
précisait qu'ils avaient découvert l'OVNI au-dessus d'une prairie, à droite de
la N68 quand on roule vers Aix-la-Chapelle, entre Kettenis et Merols. C'était
derrière Libermé et en fait, un peu plus loin que le petit chemin qui mène à
une ferme (Gut Luft), en face d'une croix de l'autre côté de la route. A cet
endroit, on a effectivement une vue bien dégagée sur la prairie, située un peu
plus bas. Quand les gendarmes ont constaté que l'engin se mettait en mouvement
vers Merols, ils se sont dit: « Allons nous mettre sur la petite route un
peu plus loin, pour bien le regarder ». Je savais que l'OVNI avait fait
demi-tour avant d'y arriver, mais j'ai appris maintenant qu'il a déjà rebroussé
chemin avant que les gendarmes n'arrivent au chemin où ils voulaient
l'attendre. Voyant la manoeuvre de l'engin, ils ont décidé de l'observer plus discrètement
et plus à l'aise par rapport au trafic, en empruntant la Hochstrasse.
On peut la rejoindre un peu avant le carrefour
de Merols, dont il a été question dans la première interview de von
Montigny, mais on y arrive plus directement au carrefour précédent (de
Eierhof-Belven). Au moment de la rédaction, j'ai hésité et levé les
incertitudes à partir de renseignements fournis par d'autres personnes, pour ne
pas déranger les gendarmes. Ce n'était pas important pour établir les
caractéristiques de l'OVNI, mais maintenant, j'ai pu établir que les gendarmes
ont quitté la N68 au carrefour Eierhof-Belven et que l'OVNI s'est donc déplacé
au-dessus d'une prairie parfaitement plane, sans le moindre obstacle. Pourquoi
a-t-il rebroussé chemin? Est-ce que les occupants étaient attentifs aux
gendarmes? Avaient-ils deviné leurs intentions? Je n'en sais rien, mais ce
n'est pas à cause d'une ligne électrique !
Le fond du problème
M. Vanbrabant termine sa lettre du 20
mars en ces termes: « Il ne s'agit plus d'observations isolées, mais de l'ufologie
elle-même... Il y a des leçons à tirer, qui iront, on peut l'espérer, dans
la direction d'une continuation de la recherche. » Je l'espère aussi, mais
quelle recherche? J'ai honnêtement cherché à savoir si l'hypothèse de Vénus
pouvait être retenue ou non. En même temps, je voulais voir si un vrai
dialogue était possible ou non. C'était une expérience, dont le résultat
n'était pas connu à l'avance. Il fallait cheminer ensemble et apprendre à mieux
se connaître. J'ai toujours eu l'impression dans le passé que les soi-disant
« sceptiques » sont plus croyants que les autres. Ils croient
fermement qu'une origine extraterrestre des ovnis est impossible! Qu'on puisse
être de cet avis, fait partie de la liberté de pensée et est parfaitement
respectable, aussi longtemps que cela ne conduit pas à faire du tort à d'autres
personnes ou à entraver l'étude du problème posé. Je n'ai aucune envie de
polémiquer et je crois que du moment qu'on se parle, on a des chances de
s'entendre! Prenons donc un peu de recul et posons-nous la question
fondamentale: quels sont les critères de vérité?
Il y en a deux et normalement, ils sont
concordants. D'une part, on doit se référer aux faits observés. Ce sont
ceux-ci qui définissent la « réalité » et qui permettent de décider
ce qui est vrai ou faux. Il faut évidemment prendre des précautions pour ne pas
commettre des erreurs de perception ou d'interprétation. D'autre part, il y a
des structures mentales qui fournissent un modèle de la réalité. Pour
que ce modèle soit valable, il faut qu'on ait pu vérifier qu'il ne présente pas
d'incohérences logiques et qu'il n'y a aucun désaccord avec les faits observés.
Il y a donc un critère de cohérence interne et un critère de confirmation
externe. En physique, on sait que même les théories apparemment bien
établies reposent sur des hypothèses, postulats ou axiomes. Les idées que nous
avons dans notre tête sont très utiles, puisqu'elles nous permettent de filtrer
le flux des informations et de suppléer aux imperfections de nos sens ou des
appareils de mesure. C'est extrêmement précieux, mais il arrive que d'autres
faits surgissent qui contredisent les idées que l'on supposait être bien
assurées.
Dans ce cas, il y a différentes réactions
possibles. Il est assez fréquent (même dans la vie courante) qu'on se dit que
« cela passera ». On attend, mais cela peut conduire aussi à fermer
les yeux pour ne pas devoir changer les idées qu'on a dans sa tête. On
voudrait que celles-ci soient vraies, parce qu'on en a l'habitude ou parce que
les nouvelles données exigeraient des remises en question très fondamentales.
Cela met mal à l'aise et peut même faire peur. Quand je regarde la réponse
globale de l'humanité vis-à-vis des nombreuses observations d'OVNI, je suis
bien obligé de reconnaître qu'on agit comme si rien ne s'était jamais passé. On
fait du refoulement, mais cela n'a encore jamais résolu les problèmes
qui se posent. Très souvent, cela en crée d'autres. Comment réagit la
communauté scientifique, bien qu'elle soit chargée de réfléchir sur la réalité?
Que font les pouvoirs politiques ou militaires? Que disent ceux qui devraient
être les moteurs de la pensée et de la culture, ceux qui sont en charge des
informations, ceux dont la mission est de préparer l'avenir, comme les éducateurs
par exemple? Les « sceptiques » optent également pour le refoulement,
mais au lieu de rester passifs, ils s'engageant, eux, dans une fuite vers
l'avant.
Certaines personnes ou groupes d'intérêt
agissent vis-à-vis du phénomène OVNI, en jouent sur les émotions. Qu'il
s'agisse de cinéastes ou simplement d'agences de publicité qui présentent au
public des cauchemars ou des rêves plus ou moins poétiques, ils remuent
évidemment l'inconscient collectif, mais cela n'est pas non plus la réponse
appropriée. En fait, cela revient à brasser nos propres problèmes humains. Ce
qui serait vraiment nécessaire, puisque le phénomène OVNI peut faire peur,
c'est de mettre en oeuvre notre rationalité. Comment devrait-on s'y prendre ?
En premier lieu, il faut vraiment percevoir
le conflit qui existe entre certains faits observés et les idées qu'on
avait. Les nombreuses observations d'OVNI à l'échelle du Monde, depuis bien
plus que 50 ans, devraient susciter au moins de l'étonnement. Il est vrai que
ces observations suggèrent une origine extraterrestre et que la possibilité
d'un contact direct avec des civilisations beaucoup plus anciennes que la nôtre
et techniquement plus puissantes soulève des problèmes considérables. Il faut
même s'attendre à ce que des bouleversements très profonds de notre société et
de ses bases culturelles puissent en résulter, mais si l'on se contente
simplement de « fermer les yeux », cela me semble radicalement
contraire à la dignité humaine. Elle se justifie surtout par le fait que
nous sommes des êtres doués de raison.
Le pas suivant est de mettre en oeuvre
les moyens qui permettent de connaître les faits observables d'une manière
aussi détaillée et précise que possible. On pourrait étudier le phénomène OVNI
à l'échelle mondiale avec les moyens qui sont déjà disponibles, mais il
faudrait qu'on soit décidé à le faire. Il faut en tout cas que l'on continue à accumuler
des données, chercher à diminuer les incertitudes et dégager les éléments
qui peuvent nous mettre sur la voie de la construction de nouvelles
structures mentales, plus adaptées. On progresse souvent par petits pas,
mais à certains moments, il y a de véritables « sauts quantiques »,
des mutations de notre image du monde. Des transformations de ce genre n'ont
jamais été faciles, mais ces moments ont toujours été particulièrement
marquants pour l'histoire humaine. Relevons ce défi, chacun à sa manière, mais
en travaillant ensemble.
L'idée d'un verdict
A la fin de sa longue lettre du 20 mars
1997, M. Vanbrabant estime de manière un peu pessimiste que nous nous trouvons
dans une « impasse ». D'après lui, chacun avance seulement des
arguments subjectifs. Il suggère ou demande dès lors de soumettre la
problématique de l'hypothèse de Vénus au verdict d'un panel d'astronomes et de
météorologistes. C'est une procédure de type juridique qui permet effectivement
de résoudre certains conflits. On confie le pouvoir de « trancher » à
des experts ou à une autorité instituée pour cela. Cette méthode n'est
cependant pas adéquate quand il s'agit de la recherche de la vérité. On l'a
essayé pour Galilée, mais cela n'a pas réussi !
Il faut laisser libre cours à l'esprit,
en exigeant uniquement le respect de la cohérence logique et de la conformité
aux faits observés. On ne peut pas « dicter » ce qu'on doit penser
quand on rencontre l'inconnu. C'est l'histoire qui jugera. J'espère, comme M.
Vanbrabant, qu'un dialogue serein puisse s'installer entre tous ceux qui
cherchent à comprendre le phénomène ovni, mais il faut nous mettre d'accord sur
les méthodes à utiliser. Sinon, il n'y aura qu'un dialogue de sourds. En 1991,
j'ai déjà précisé ce qui me semblait être essentiel et sur quoi j'aimerais bien
qu'il y ait un accord (VOB.1.48-49): « Notre objectif n'est pas de prouver
que le phénomène OVNI est d'origine extraterrestre. Nous cherchons la
vérité, et pour cela, il faut rassembler les faits observés. Il faut les
examiner attentivement et les confronter à toutes les idées qui pourraient
éventuellement aider à les comprendre. »
2. Les interviews des
témoins
La première interview de Hubert von Montigny
Elle a été réalisée en décembre 1989 par
A. Meessen. Voici le jeu des questions (Q) et réponses (R) que ceux qui ont
assisté à la réunion du 22 février 1997 ont pu suivre, en écoutant
l'enregistrement en langue allemande et en regardant la traduction française.
Puisque l'interview complète a duré plusieurs heures, je n'en reproduis que la
seconde partie, en commençant par quelques brefs extraits de la première
partie. Est-ce que l'objet a rebroussé chemin et que s'est-il passé quand il se
déplaçait vers Eupen?
R: ... Nous avons vu en tout cas que l'objet tournait et revenait en arrière.
Q:
Et de la rue haute, pouviez-vous le voir constamment?
R:
Nous pouvions le suivre tout le temps... Nous sommes rentrés à la caserne.
Willems Robert a dit: « ça ne va pas comme ça... sinon, c'est moi
qui téléphone »...
Q: Alors, tout le monde l'a vu ?
R:
Willems Robert a vu ce qui se tenait là-bas et Creutz l'a
également vu à ce moment.
Q:
Vous aussi?
R:
Ah oui! ... Nous sommes repartis, en prenant la route de
Herbesthal pour tourner vers Garnstock. L'objet était resté suspendu. Quand
nous étions entre la route de Herbesthal et celle de Verviers, il se remettait
en mouvement, direction Gileppe.
Q: Quelle heure était-il?
R:
Environ 6 h 15... Nous avons traversé la rue de Verviers, vers
Membach. On y arrive à une chapelle située sur une hauteur, devant une profonde
vallée. Nous y sommes restés pour regarder. Cela se tenait alors tout à fait
immobile au-dessus de la Gileppe.
Q: C'était quelle heure?
R:
Vers 6 h 30. J'étais sorti de la voiture pour garder cette chose à
l'oeil. Dans la vallée, on voyait la tour panoramique de la Gileppe. Elle était
bien éclairée. C'était suspendu au-dessus de cette tour. Nicoll, observant de
la voiture, vit une autre lumière qu'il attribue à un fermier. Il me dit: « Hubert,
il y a un deuxième! » Cela venait vers nous, très vite, mais en
prenant un tournant.
Q: Pouvez-vous dessiner la trajectoire sur ma
carte?
R:
Cela venait de Baelen et tournait ainsi... Oui, c'était sans
doute l'objet que les autres ont vu à la caserne (voir la dernière interview).
Quelques minutes après, les collègues de Kelmis disent à la radio: « nous
le voyons aussi! » Cela pourrait être le même objet. Il y avait
quelque chose de remarquable! De l'objet au-dessus de la Gileppe partaient
toujours des points lumineux, comme des faisceaux laser. Quand ils étaient à
une certaine distance, une grande distance, on avait l'impression qu'ils
revenaient en arrière. Nous l'avions déjà constaté quand nous étions sur la rue
haute (après le passage à la caserne). Il y avait des faisceaux de lumière qui
partaient... très loin, rougeâtres, des deux côtés, horizontalement. Quand ils
étaient loin, ils revenaient, mais ne rentraient pas dans l'objet. Ils
tournaient autour et repartaient.
Q: C'était soudain?
R:
Subitement. Cela sortait très vite et revenait.
Q:
Vous voyez que cela se raccourcit?
R: Oui, nous voyons que cela se
raccourcit et quand c'était de nouveau près de l'objet, nous avions
l'impression que cela tournait autour.
Q:
Qu'est-ce qui tourne autour?
R: J'ai toujours comparé cela à
des plongeurs qui tirent un harpon et qui ramènent ensuite la flèche vers
eux... Cela me donnait cette impression là, mais, cela tournait de nouveau
autour...
Q: Qu'est-ce qui tourne autour?
R:
Ce qui était parti.
Q: Nous devons préciser cela, puisque c'est
très important.
R:
Cela partait horizontalement des deux côtés, très vite. Quand
c'était peut-être à 5 ou 6 km, les deux revenaient et tournaient autour, pour
repartir...
Q: C'est tout le rayon qui tourne autour?
R:
C'était quelque chose comme une boule rougeâtre. Il y en avait
deux. Une de chaque côté et ils repartaient.
Q: Je ne comprends pas encore. Vous devez me le
décrire avec plus de précision! Donc ceci (sur le dessin) était quelque chose
comme un rayon. Comment pouviez-vous vous en rendre compte? La couleur était
différente?
R:
Oui, une autre couleur. C'était rougeâtre.
Q: Rougeâtre. Ah. Et cette boule ?
R:
Très lumineuse.
Q: Les rayons étaient rougeâtres... et assez
lumineux?
R:
On pouvait bien les voir.
Q: Très longs?
R:
Très éloigné.
Q: Vous pensez même plusieurs kilomètres?
R:
Oui, à partir de l'objet. Oui, oui, oui.
Q: Très vite ? Comme si l'on avait tiré?
R:
Comme quelque chose qu'on tire, mais c'était aussi comme un avion
qui forme une traînée.
Q: Des deux côtés?
R:
Des deux côtés, en s'écartant rapidement de l'objet. Ensuite,
cela y revenait rapidement, sans y rentrer. C'était sorti, mais ne rentrait
pas.
Q: Et quand cela revenait, cela (le rayon
dessiné) avait une certaine largeur?
R:
Non, à ce moment, il n'y avait plus de rayon.
Q: Qu'est-ce qui revenait?
R:
Une sorte de sphère.
Q: Ah!
R:
Nous avions l'impression que cela part à une certaine distance et
puis cela doit retourner.
Q: Le rayon n'est plus là?
R:
Le rayon a disparu.
Q: Et quelque chose comme une boule revient?
R:
Revient.
Q: Et sa couleur?
R:
Rouge comme une boule de feu.
Q: Ah, ceci est intéressant... et même très
important.
R:
L'une tournait comme ceci et l'autre comme cela (en sens
inverse).
Q: Les boules tournaient?
R:
Elles tournaient toutes les deux autour (de l'objet central) et
puis, elles repartaient, mais de nouveau très vite.
Q: Ce n'étaient que les boules qui repartaient
ou y avait-il un rayon?
R:
Curieusement, quand cela repartait d'ici, cela avait de nouveau
un rayon.
Q: Hm... Ce que vous dites là est très
important!
R:
Pas que je dois aller à Anvers, c'est pour nous... (l'hôpital
psychiatrique). Pas que je dois m'asseoir devant un psychiatre!
Q: Non, non.... Comment cela a-t-il commencé?
Vous l'avez vu (seulement) quand vous étiez près de la Gileppe?
R:
Nous l'avons vu en venant.
Q: Donc de la rue haute,... assez loin de là
(de la tour où la lumière s'est immobilisé)?
R:
Oui. oui. Et quand c'était suspendu au-dessus de la Gileppe, on
pouvait très bien le voir. Cela partait des deux côtés.
Q: Puisque vous le voyez latéralement, cela
aurait pu aller également dans d'autres directions (à l'intérieur d'un même
plan)?
R: