Inforespace, n° 95, octobre 1997, 16-70. Internet, 2001.

 

Etude approfondie et discussion de certaines observations du 29 novembre 1989

 

A. Meessen, Professeur à l'UCL

 

Les nombreuses observations du 29 novembre 1989 ont permis de prendre rapidement conscience du caractère exceptionnel de la « Vague d'OVNI sur la Belgique ». J'en ai fait rapport dans le premier des deux livres de la SOBEPS, portant ce titre-là (VOB. 1. p. 11-49). L'observation la plus remarquable de cette soirée était celle des gendarmes von Montigny et Nicoll de la brigade d'Eupen, mais récemment, elle a fait l'objet d'une contestation et cela m'a conduit à entreprendre une nouvelle étude de ce cas. On trouvera dans cet article les objections soulevées, la transcription des différentes interviews des témoins, des données mesurables complémentaires et un ensemble d'arguments rationnels. La discussion qui s'est développée est remarquable en elle-même, puisqu'elle a été franche et directe, mais sereine. En fin de compte, le cas est renforcé, mais chacun pourra en juger lui-même.

 

Les observations des gendarmes Nicoll et von Montigny

Rappelons d'abord ce qui s'est passé, en nous basant sur les informations recueillies en décembre 1989 et publiées en 1991. A peu près une demi-heure après le coucher du soleil, les deux gendarmes roulent sur la route N68 qui mène d'Eupen à la frontière allemande. Vers 17h20, ils découvrent un mystérieux objet qui se tient immobile à environ 120 m au-dessus d'une prairie. C'est un triangle isocèle, dont deux coins sont coupés perpendiculairement à la base. Celle-ci mesure 30 à 35 m. La face inférieure de l'objet est plane et horizontale, tandis que son bord latéral est vertical et de hauteur constante. La couleur est sombre, mais près des coins, il y a trois énormes « phares », d'environ 2 m de diamètre Ils sont encastrés et projettent vers le bas une lumière blanche, très intense. Sur la prairie, il en résulte une tache éclairée, d'environ 60 m de diamètre. Puisque le centre de cette tache se trouve à environ 50 m de la route, la distance entre les observateurs et le centre de l'objet est de l'ordre de 130 m. Au centre du triangle, les gendarmes discernent un « gyrophare » rouge, nettement moins intense.

Après peu de temps, l'objet se met en mouvement, parallèlement à la route et pointe en avant, mais même maintenant, on n'entend pas de bruit. Un peu plus loin, l'engin s'arrête et rebrousse chemin pour se diriger vers la ville d'Eupen et la survoler à basse altitude. Pendant ce temps, les gendarmes suivent l'objet à distance, sur une route de crête quasi-parallèle à la N68, mais le « vol » de l'objet est également observé par sept autres témoins indépendants. Les gendarmes demandent par radio à la caserne d'Eupen qu'on prenne des renseignements auprès des bases militaires, mais on refuse, parce que le récit est tellement incroyable qu'on suppose qu'il s'agit d'une blague. Arrivés au croisement de la rue haute et de la route de Herbesthal, les deux gendarmes se rendent rapidement à la caserne, toute proche, afin de convaincre celui qui était chargé des communications. Ils reviennent de suite sur la route de crête et voient que l'OVNI se dirige vers le barrage de la Gileppe. Ils le suivent et constatent qu'il s'arrête et reste immobile près de la tour éclairée de la Gileppe.

Observant l'objet à partir de la hauteur de Kortenbach, à plus de 4 km, ils ne peuvent discerner qu'une lumière quasi-ponctuelle, mais maintenant, elle produit un phénomène très étrange. Des deux côtés émergent simultanément et horizontalement, de manière symétrique, deux faisceaux lumineux rougeâtres. Ils ont des bords parallèles et sont assez fins, mais suffisamment lumineux pour être discernables à grande distance. Ils ont une longueur bien définie, les extrémités étant marquées par des « boules rouges ». Celles-ci s'écartent fortement et reviennent ensuite vers l'objet. Elles tournent pendant quelque temps autour de celui-ci, avant de disparaître. Puis, tout recommence de la même manière. Ce « spectacle » s'arrête finalement et l'OVNI s'éloigne à 19h23, sans aller vers la gauche ou la droite.

Les observations des gendarmes ont donc duré deux heures et à Kortenbach, ils ont vu surgir un second objet non identifié. Il est parti rapidement, mais il a été observé aussi par d'autres.

 

Une réponse aux « sceptiques »

La SOBEPS a pu collecter environ 150 témoignages d'observations d'OVNI, faites au cours de la même soirée du 29 novembre 1989 à différents endroits de la province de Liège. Tout cela est extraordinaire et même unique dans l'histoire de l'ufologie, mais il en résulte que l'observations des gendarmes doit être aussi une cible privilégiée pour ceux qui se déclarent « sceptiques » vis-à-vis du phénomène OVNI, mais qui sont en réalité opposés à l'hypothèse extraterrestre.

Le 17 décembre 1996, j'ai reçu une lettre accusatrice, affirmant que la « boule lumineuse » au-dessus de la Gileppe n'aurait été rien d'autre que la planète Vénus. Le 27 décembre 1996, on y ajouta qu'au début de leurs observations, les gendarmes n'auraient vu qu'un engin conventionnel, probablement un ULM. J'ai alors décidé d'entreprendre une nouvelle étude, pour vérifier si ces déclarations étaient justifiées ou non. J'ai interrogé de nouveau les gendarmes, j'ai rassemblé des informations complémentaires et répondu aux objections par des arguments de type scientifique. Toutes ces données ont été communiquées aux participants du débat et à une dizaine d'observateurs. En fait, la discussion s'est échelonnée sur plus de six mois.

La première partie de cet article présente la synthèse des résultats de la nouvelle étude et des discussions menées jusqu'au 8 avril 1997. Le texte qui suit est essentiellement celui que j'avais envoyé à cette date aux participants et observateurs, avec quelques modifications pour le rendre plus facilement accessible à toute autre personne. La seconde partie fournit la transcription des interviews des gendarmes, réalisées en décembre 1989 et en janvier 1997. La troisième partie présente la suite de la discussion, qui s'est seulement terminée le 5 juillet 1997. La quatrième partie résume les dernières informations complémentaires.
 

1.   La première synthèse

 

Les accusations et les menaces

La lettre du 17 décembre l989 m'a fort surprise, aussi bien par sa forme que par son contenu. Elle venait de M. Paul Vanbrabant, cofondateur du NUFOC (National UFO Center). Ce groupe s'était constitué au moment de la vague et il avait mené pendant quelque temps des enquêtes dans la partie néerlandophone du pays. La lettre comptait 3 pages et commençait par une déclaration accusatrice: Après une recherche superficielle (niet grondig onderzoek), nous serions arrivés à la conclusion injustifiée que « d'une part, on ne pouvait pas trouver d'explication conventionnelle du phénomène observé et d'autre part, qu'au moins deux objets (ou phénomènes) ont circulé au-dessus de la région d'Eupen. » L'auteur de la lettre affirmait en effet que « la lumière au-dessus de la Gileppe était la planète Vénus » et que le second objet était donc le seul qui restait encore « non identifié ». Il était même suggéré que cela permet d'expliquer toutes les autres observations d'OVNI de la même soirée ! L'accusation était grave: « Même pour les observations les plus importantes, l'enquête est entachée de fautes. Ceci met en doute les autres enquêtes et rapports et exige une nouvelle étude approfondie... Des hypothèses qui avaient été exclues doivent être revues dans le nouveau contexte. »

Voici les arguments avancés, en les ordonnant: (1) Des programmes astronomiques auraient démontré que « Vénus se trouvait... dans la direction d'observation, avec une très forte magnitude. » (2) Le ciel était parfaitement dégagé et « la thèse que les deux gendarmes n'auraient pas vu la planète est fortement douteuse ». (3) Les gendarmes ont interrompu leurs observations lors du passage à la caserne d'Eupen. Ceci les aurait amenés « à supposer après leur arrivée à Kortenbach qu'ils voyaient au loin le même objet/phénomène au-dessus de la Gileppe » que celui qu'ils avaient découvert de l'autre côté de la ville. (4) Les gendarmes ont seulement vu une boule lumineuse, dont des rayons lumineux semblaient émerger de temps en temps (een heldere lichtgevende bol waaruit, schijnbar, met onregelmatige pulsen, lichtstralen leken weg te schieten). Cette description n'était pas exacte, mais l'auteur de la lettre se permettait de lancer des piques: « des astronomes et normalement aussi les ufologues, sont bien au courant des effets qu'une planète de la magnitude de Vénus peut produire près de l'horizon. » M. Vanbrabant les attribuait (sans preuves) à des « réfractions de la lumière dans notre atmosphère polluée ».

Une copie de la lettre était envoyée à 16 autres personnes et elle contenait une menace. Si M. Vanbrabant (analyste à la Kredietbank) n'avait pas obtenu de réponse avant la fin de janvier 1997, il diffuserait un document à la presse, aux groupements ufologiques les plus importants et sur des sites adéquats d'Internet, pour dénoncer « l'information fautive » contenue dans le livre de la SOBEPS. L'auteur ne se contentait donc pas d'écrire qu'il « mettait en doute aussi bien les observations des gendarmes que les conclusions qui en ont été tirées. » Il affirmait également que les vérifications astronomiques effectuées par le Dr. Ronny Blomme, astrophysicien à l'Observatoire Royal, lui permettaient de « présenter des preuves suffisantes pour expliquer les observations des gendarmes comme étant dues à la planète Vénus. »

J'ai appris plus tard que Paul Vanbrabant avait pu remarquer lui-même la présence de Vénus dans le ciel, au cours de l'été 1996. Il l'avait signalé à Wim Van Utrecht, responsable de Caelestia (A research & publication project for unidentified aerial phenomena) qui préparait à ce moment un article sur la « vague belge » pour un livre, édité en Angleterre à l'occasion des 50 années d'ufologie (1947-1997). Il y présenta la thèse de Venus, mais dans la lettre de M. Vanbrabant, le nom de M. Van Utrecht apparaissait seulement dans la liste de ceux qui en recevaient copie. Je savais cependant qu'il combattait l'hypothèse extraterrestre.

Dès le lendemain de la réception de la lettre, j'ai téléphoné à M. Vanbrabant pour lui dire que je trouvais l'hypothèse de Vénus intéressante en elle-même, qu'il fallait l'examiner et que je m'engageais à le faire. J'exprimais cependant très nettement ma réprobation vis-à-vis de la méthode des menaces. Elle n'est pas d'usage dans les relations humaines et certainement pas en sciences! Pour que la recherche puisse s'effectuer dans de bonnes conditions, je demandais une copie des données astronomiques qui semblaient justifier sa démarche. Je donnais l'assurance que les résultats de mon étude seraient présentés (quels qu'ils soient!) lors d'une réunion semi-publique. Différentes personnes intéressées par ce problème y seraient donc invitées, mais ce groupe resterait limité. La réunion a seulement eu lieu le 22 février 1997, pour des raisons d'agenda de certaines personnes.

 

Les vraies données astronomiques

Pendant les derniers jours de l'année 1996, j'ai déjà vérifié comment le ciel devait se présenter au cours de la soirée du 29 novembre 1989, quand on regardait de l'endroit où se trouvaient les gendarmes vers le barrage de la Gileppe. Je l'ai fait au moyen du programme « Tellstar » et j'ai reporté les données numériques sur un diagramme, pour faire apparaître la trajectoire apparente de Vénus (cercles noirs sur la figure 1) et celle du soleil (cercles ouverts, bien distincts). J'y ai également indiqué la direction de la tour éclairée, au-dessus de la quelle la « lumière » s'était immobilisée. J'ai déterminé cette direction (205°) par une mesure très précise, effectuée sur une carte géographique à grande échelle (IGN, 1/10.000).

 

 

 

Figure 1: Trajectoires apparentes de Vénus et du Soleil vues à partir de Kortenbach, près d'Eupen. Les chiffres correspondent aux heures du passage et le trait vertical à la direction de la tour éclairée.

 

Un des gendarmes avait dit que la « lumière » se trouvait un peu à gauche de la tour, mais déjà au moment de leur arrivée à la chapelle de Kortenbach, vers 18h30, Vénus se trouvait à droite de la tour. En fait, il y avait déjà un écart de 10° et dans la suite, il a seulement pu augmenter, puisque Vénus se déplaçait vers la droite par rapport à la tour. Ceci n'était pas en faveur de l'hypothèse de Vénus!

Je me demandais dès lors pourquoi les données du Dr. Ronny Blomme étaient différentes des miennes. M. Vanbrabant me les envoya le 10 janvier. Ce n'étaient que des cartes globales du ciel, entre 16h15 et 21h, temps universel. Les données pour Vénus y étaient indiquées sous forme numérique, en tenant compte des effets de la réfraction atmosphérique qui relève les corps célestes près de l'horizon. Les contestataires ont oublié d'y ajouter une heure, pour obtenir l'heure locale ! Avec cette correction, l'accord avec mes résultats était satisfaisant, puisque les cercles ouverts situés derrière les cercles noirs de la figure 1 sont ceux de M. Blomme. On constate que la trajectoire apparente de Vénus n'est pratiquement pas modifiée par la réfraction atmosphérique, mais la correction temporelle changeait complètement les données du problème.

 

Les observations des gendarmes

Rappelons que messieurs von Montigny et Nicoll ont découvert l'OVNI vers 17h20. Ils ont décrit la forme de l'objet, les lumières émises ainsi que son comportement pendant la phase initiale, le survol de la ville d'Eupen et le stationnement au-dessus du barrage de la Gileppe (VOB.1.17). Ce n'était certainement pas un objet de type connu et contrairement aux affirmations de M. Vanbrabant, mon enquête initiale ne justifiait pas du tout l'hypothèse d'une confusion astronomique possible. J'estimais cependant qu'elle méritait d'être examinée à fond. Le rapport qui a été publié en 1991 était assez bref, puisqu'il se situait dans le cadre de l'ensemble des événements du 29 novembre 1989. L'objectif était en effet de démontrer que la vague avait débuté d'une manière fulgurante, en donnant assez d'exemples concrets pour qu'on puisse juger du nombre et de la qualité des observations, mais aussi de la cohérence du phénomène, malgré la diversité de ses manifestations. Le rapport contenait cependant des éléments qui étaient déjà incompatibles avec l'hypothèse de Vénus.

J'avais signalé qu'en revenant à la route de crête, après le passage à la caserne d'Eupen, les gendarmes « revoient l'OVNI. Il se déplace vers le barrage de la Gileppe » (VOB.1.23). Quand les gendarmes arrivent à la petite chapelle de Kortenbach, ils voient que « l'objet s'est immobilisé... un peu à gauche de la tour éclairée. » Cette tour a une hauteur de 77 m et fournit à ceux qui montent en haut, une large vue panoramique du Lac et des environs. Les gendarmes se trouvaient en fait à 4,6 km de là, mais cela ne pouvait pas les empêcher de voir qu'il y avait une lumière très brillante, restant « parfaitement stationnaire » près de la tour. Le déplacement vers la Gileppe, l'arrêt et la longue période d'immobilité excluaient une confusion astronomique, mais l'élément le plus décisif provenait de ce que j'appellerai le « phénomène des boules rouges ».

J'avais fait un rapprochement entre cette observation et une autre, où un OVNI a également produit un faisceau horizontal à bords parallèles, dont la longueur variait de manière progressive (VOB.1.24). J'ai proposé que ces faisceaux pouvaient résulter de l'action d'une radiation ionisante, produisant un plasma lumineux, électriquement conducteur. L'ensemble pourrait donc former une antenne dipolaire pour émettre des ondes électromagnétiques de très basse fréquence. En effet, les faisceaux semblaient atteindre une très grande longueur, de l'ordre d'un kilomètre quand ils étaient entièrement déployés. Les estimations des deux gendarmes n'étaient pas identiques, mais cela n'avait rien d'étonnant, puisque l'obscurité ne permettait pas de faire des comparaisons de longueurs. La durée des mouvements horizontaux et l'intervalle de temps entre les « émissions » successives étaient de l'ordre de plusieurs minutes. En outre, il était évident que les deux gendarmes avaient observé ce « spectacle » avec beaucoup d'attention. En combinant ces données avec tout ce que je savais des technologies connues, des phénomènes atmosphériques et des mécanismes de la perception, je me sentais obligé de conclure: « je ne vois pas d'explication conventionnelle. »

Pourtant, je voulais interroger maintenant de nouveau les deux gendarmes, pour voir si l'hypothèse de Vénus était acceptable ou non. Si je pouvais l'étayer de manière rationnelle, je n'hésiterai pas à le reconnaître publiquement. J'en ai fait la preuve par l'analyse des enregistrements radar des chasseurs F-16 au cours de la nuit du 30/31 mars 1990 et celle des observations visuelles d'autres gendarmes qui ont déclenché cette intervention de la Force Aérienne (VOB.2.387-414). Seule la vérité est importante ! De toute manière, même si l'hypothèse de Vénus devait se justifier pour le 29 novembre 1989, cela ne changerait rien au problème de fond qui résulte de l'ensemble des observations d'OVNI, mais chaque cas doit être examiné avec soin. J'attends la même probité intellectuelle des contestataires.

 

La nouvelle enquête

Pour commencer, j'ai ajouté trois arguments à ceux que M. Vanbrabant avait présentés pour que l'on considère la possibilité d'une confusion astronomique. (1) Puisque l'OVNI s'était déplacé lentement, avec des lumières blanches très intenses, permettant de le suivre facilement à distance, les gendarmes s'attendaient à cet aspect, sans se méfier de Vénus. (2) Ils ne devaient pas s'étonner non plus de l'immobilité de la « lumière » près de la tour et de l'absence de bruit, puisqu'ils avaient constaté ces caractéristiques au début de leurs observations. (3) Les gendarmes ont signalé que l'OVNI s'est finalement éloigné pour disparaître à l'horizon vers 19h30. C'était justement le moment du coucher de Vénus (figure 1). Cela pouvait être une coïncidence, mais méritait certainement beaucoup d'attention.

Entre-temps, j'avais reçu un courrier de M. Jacques Bonabot qui dirige le GESAG (Groupement d'Etude des Sciences d'Avant-Garde). C'était la copie d'une lettre qu'il envoya le 27 décembre 1996 à M. Vanbrabant, en réponse à sa lettre du 17 décembre. Je constatais avec étonnement que M. Bonabot mettait même en cause le caractère exceptionnel de la première partie des observations de von Montigny et Nicoll, mais le seul argument contenu dans sa lettre était: « c'est trop beau être vrai. » En outre, il affirmait que le lac de la Gileppe n'était pas visible à partir de la hauteur de Kortenbach. Cela résulterait d'un relevé, effectué au moyen d'une carte géographique. Notons que le lac était de toute manière invisible dans l'obscurité et que les gendarmes ont seulement dit qu'ils ont vu une lumière stationnaire au-dessus de la tour éclairé, près du mur du Lac de la Gileppe.

Suite à ma demande téléphonique, M. Bonabot m'a fait parvenir deux courriers, datés du 13 et 27 janvier. J'apprenais ainsi qu'il avait contesté déjà en juin 1996 l'étrangeté de la première phase des observations de von Montigny et Nicoll. Partant du fait que l'OVNI avait rebroussé chemin (VOB.1.18) et de l'idée qu'il pourrait s'agir d'un ULM, grosso modo triangulaire, M. Bonabot avait cherché à savoir s'il y avait un obstacle qui l'aurait fait rebrousser chemin. Y avait-il une ligne de haute tension? Il affirmait qu'il en avait trouvé une sur une carte de la région et il en déduisait que « tout semble correspondre à un petit engin... bien terrestre... dont le pilote se trouve tout à coup confronté avec un dangereux obstacle. » Appelons cela l'hypothèse d'un ULM. Nous y reviendrons.

De mon côté, j'ai d'abord vérifié au moyen d'une carte géographique à grande échelle (IGN, 1/10.000) qu'en effet, on ne voit pas le Lac de la Gileppe (à la pointe Fraîtis) à partir de Kortenbach, mais la partie éclairée de la tour panoramique était visible, malgré la pointe rocheuse (de la Piérreuse) qui sépare les vallées de la Vesdre et de la Gileppe. Le point important était, en fait, que le sommet de la tour panoramique était même un peu plus haut que la hauteur de Kortenbach, où se trouvaient les gendarmes. Le différence n'était que d'environ 50 m, mais les sommets rocheux derrière la tour dessinaient l'horizon à une élévation angulaire de 1°. Le problème des « lignes de haute tension » a été résolu en me rendant sur place, mais je détaillerai cela plus loin.

Les données astronomiques et topographiques ont été présentées à la réunion du 22 février, mais celle-ci devait être consacrée surtout à l'écoute des enregistrements des différentes interviews des gendarmes, effectués en allemand et accompagnés d'une traduction française que je présentais simultanément par rétroprojecteur. Il me semblait important, en effet, qu'on puisse percevoir les émotions et le climat des entretiens, tout en ayant la possibilité de vérifier que ma transcription était complète et fidèle. A ce moment, je n'étais pas encore décidé à fournir ces textes, mais je l'ai fait le 8 avril. On les trouvera dans la seconde partie de cet article, parce que je tiens à jouer cartes sur table.

J'avais conservé l'enregistrement de l'interview initiale du gendarme Hubert von Montigny, réalisée en décembre 1989. A ce moment, j'avais seulement interrogé le gendarme Heinrich Nicoll par téléphone, pour vérifier quelques points particuliers, puisqu'il s'était déjà exprimé dans les médias. Je voulais surtout savoir s'il avait également vu le « phénomène des boules rouges » et comment il le décrirait, puisque je n'avais encore entendu parler nulle part de cet aspect, hautement étrange. Le 20 janvier 1997, j'ai rencontré M. von Montigny près de la chapelle de Kortenbach. Je me suis rendu avec lui à la tour panoramique et au lieu des premières observations. Ensuite, nous avons enregistré l'interview et après cela, je me suis rendu immédiatement chez M. Nicoll, sans avertissement préalable. Je remercie messieurs von Montigny et Nicoll de m'avoir permis de les interroger de nouveau, puisqu'ils refusent toute autre interview pour la raison suivante: « nous avons dit ce qu'il y avait à dire. »

 

La réunion et la discussion approfondie

Elle eut lieu le 22 février 1997, dans les locaux de la SOBEPS, en présence de différents observateurs et en particulier du professeur Emile Schweicher de l'Ecole Royale Militaire. C'est un scientifique et il connaît les trois langues nationales qui furent utilisées au cours de la réunion. Il avait accepté de la présider. Avant celle-ci, il y eut quelques réactions atténuantes, qu'il convient de signaler. Le 10 février, M. Vanbrabant m'envoya une lettre, où il me remerciait de mes « réactions » à sa lettre du 17 décembre et « du temps que j'avais consacré à ce cas ». Il regrettait que M. Van Utrecht avait déjà présenté l'hypothèse de Vénus dans une publication (ondertussen is het kwaad al an het geschieden,... daar het nog lang niet zeker is of dit degelijk zo is). Il réinterprétait d'ailleurs sa prise de position initiale: « L'hypothèse de Vénus est seulement une question que je me pose et à laquelle moi, je ne trouve pas de réponse. »

Le 27 janvier, M. Bonabot avait écrit à M. Vanbrabant: « le phénomène (au-dessus de La Gileppe) semble dépasser la simple perception d'une planète. J'y décèle une certaine étrangeté. Je crois donc... que nous ne pouvons pas détruire toute la structure de cette journée du 29 novembre 1989. » Au moment de la réunion, j'ai demandé à M. Van Utrecht s'il était encore possible de modifier son texte, mais il disait que ce n'était pas le cas. Il m'a récemment transmis une copie de la lettre qu'il envoya le 13 février à l'éditeur du livre. Il y apparaît que la position de Vénus par rapport à la direction de la tour était maintenant pourvue d'une incertitude de 15°. C'est l'ampleur de son déplacement pendant une heure. Sans le décalage entre l'heure locale et l'heure universelle, cela aurait pu « encadrer » la tour, mais cela ne pouvait plus être considéré comme une preuve satisfaisante, étant donné les déplacements de Vénus par rapport à la tour, puisque la « lumière » qui attirait l'attention des gendarmes restait immobile au-dessus de celle-ci.

Ceux qui avaient proposé l'hypothèse de Vénus et celle d'un ULM avaient eu l'occasion de faire valoir tous leurs arguments pendant les deux mois qui précédaient la réunion du 22 février. Celle-ci devait donc être consacrée à l'exposé des nouvelles données. Certaines observations ou objections ont été formulées, en particulier par Wim Van Utrecht. Ils seront développés dans la suite. L'astronome Ronny Blomme est venu seulement à la fin de la réunion, mais je n'ai entendu aucune objection de sa part. Après l'exposé des faits, il y eut une certaine excitation, conduisant à des discussions en petits groupes et j'ai dû redemander l'attention générale pour donner des précisions quant à l'endroit où les premières observations des gendarmes avaient eu lieu. J'avais consulté les cartes et je m'étais rendu sur place, même deux fois, en prenant des vidéos. Cela permettait de répondre aux objections soulevées, basées sur l'hypothèse d'un ULM, confronté à un obstacle.

En fait, il n'y eut pas assez de temps pour développer une discussion approfondie et on n'avait surtout pas assez de recul, pour la rendre fructueuse. M Vanbrabant accepta de rédiger un rapport de la réunion. Il le fit dès le lendemain. Ensuite, on a spontanément adopté la meilleure procédure possible pour aboutir à une discussion équilibrée, réfléchie et sereine. Chacun s'est exprimé par écrit, dans sa langue et après mure réflexion.

M. Vantuyne (Critical Approach of Alien Presence) m'a envoyé une copie du rapport qu'il avait écrit (en néerlandais) sur les propos tenus le 9 décembre 1989 par les gendarmes devant un groupe de journalistes. Ensuite, j'ai reçu les documents suivants: (1) Une lettre de 2 pages de M. Bonabot, datée du 3 mars. (2) Six pages en petits caractères de M. Vanbrabant. Elles étaient datées du 20 mars et intitulées « notes et conclusions. » (3) M. Van Utrecht m'envoya d'abord un texte provisoire de 4 pages en petits caractères, datée du 4 mars. La version définitive, traduite en français, fut expédiée le 28 mars. D'après son titre, c'était une « réfutation » de mes conclusions. Disposant de tous ces éléments, j'ai rédigé une synthèse, reprenant aussi ces arguments auxquels j'ai ajouté mes réponses. Ce texte fut envoyé le 8 avril 1997.

 

Analyse de l'hypothèse de Vénus

Les derniers témoins qui ont observé l'OVNI à Eupen ont constaté qu'il traversait la rue de Verviers et qu'il s'éloignait d'Eupen du côté gauche de cette rue. Ceci est tout à fait compatible avec un déplacement vers le barrage de La Gileppe. Les gendarmes disent également qu'ils ont observé ce déplacement, mais dans sa lettre du 20 mars, M. Vanbrabant fait remarquer que si les gendarmes ont vu le mouvement quand ils roulaient eux-mêmes vers Garnstock, il se peut qu'ils aient été victimes d'une illusion. On sait en effet que la Lune, observée à partir d'une voiture qui roule, donne l'impression de suivre la voiture.

Les interviews (reproduites plus loin) montrent cependant que les gendarmes ont déjà vu l'objet à la caserne. Pour en savoir plus, j'ai téléphoné à M. Nicoll et je lui ai demandé: « Pourquoi avez-vous regardé par la fenêtre? » La réponse était simple et directe: « Puisque Creutz restait incrédule, j'ai dit: regardes, le voilà ! » Pour savoir si cela pouvait être Vénus, j'ai demandé: « Est-ce qu'à ce moment, la 'lumière' était au repos ou en mouvement? » La réponse fut particulièrement éclairante: « Je l'ai vue à travers les branches d'un grand hêtre. Il est situé à environ 10 m de la fenêtre et il atteint à peu près 15 m. Nous nous trouvions à 4 m du sol. L'arbre était dénudé et la lumière passait d'une branche à l'autre. » Ici, il n'y a plus d'illusion possible: les gendarmes n'étaient pas en mouvement et le mouvement de l'objet était apprécié par rapport à des repères fixes. Il était lent, mais plus rapide que celui de Vénus !

J'ai demandé de suite à M. Nicoll s'il se souvenait de la direction où la lumière se trouvait à ce moment-là. Il répondit: « au-delà des maisons de la rue de Verviers, dans la direction de l'ancien abattoir. » Cela correspond à Rotenberg. Au moyen d'une carte de la ville d'Eupen, j'ai trouvé que vu de la caserne d'Eupen, ce lieu se situe à 166° par rapport au Nord. Puisque les gendarmes sont passés à la caserne vers 18h00, Vénus se trouvait alors à environ 210° (figure 1). Ils ont donc vu l'OVNI et non pas Vénus. Il apparaît également que l'OVNI avait encore du chemin à parcourir et que les gendarmes ont donc pu le voir progresser vers la Gileppe, comme ils l'ont dit. D'après le rapport de M. Vantuyne, les gendarmes se sont parfois arrêtés en cours de route pour observer. Ils se sont arrêtés en particulier près des « anciennes bornes kilométriques », relativement proches de la chapelle de Kortenbach. Ils disent qu'ils ont vu l'arrivée et l'immobilisation le l'objet près de la tour de La Gileppe. Ensuite, la « lumière » est restée immobile près de la tour, fournissant un point de référence fixe, facilement repérable.

M. Vanbrabant s'est inquiété de la vue des gendarmes. Je savais qu'à l'époque, ils ne portaient pas de lunettes. En janvier 1997, ils m'ont confirmé tous les deux que leur vue est encore excellente. M. Nicoll porte seulement des lunettes pour lire. Notons qu'une bonne vue est professionnellement importante pour des gendarmes et que de toute manière, si ce n'était pas le cas, cela n'aurait pas eu d'importance pour apprécier l'immobilité et la position de la « lumière » par rapport à la tour éclairée. M. von Montigny a dit que l'objet était stationnaire « au-dessus » de la tour, tandis que M. Nicoll a précisé que c'était « un peu à gauche » de celle-ci. M. Van Utrecht suggère qu'un troisième aurait pu le voir à droite! Ne prenons pas nos désirs pour la réalité. Les deux déclarations ne sont pas contradictoires, puisque l'objet pouvait se trouver au-dessus de la tour, mais légèrement à gauche, du côté du Lac.

Nous savons déjà qu'au début des observations à Kortenbach, l'écart entre Vénus et la tour était de 10°. Voyons maintenant la hauteur. Elle était de l'ordre de 6°, tandis que le sommet de la tour se trouvait à moins de 1°. Or, les gendarmes ont précisé qu'en progressant lentement, « cela arrivait à peu près à la hauteur de la tour » et que lorsque l'objet était arrêté, il ne se trouvait « pas beaucoup plus haut ». Les mécanismes de la perception visuelle font cependant que les angles d'élévation sont surévalués sur la voûte céleste, et cela d'autant plus fortement qu'on se rapproche de l'horizon (M. Minnaert, De Natuurkunde van't vrije veld, I.184). Cela veut dire que si la « lumière » était perçue comme étant près du sommet de la tour, elle devait l'être réellement. Vénus se trouvait plus haut, au départ, mais descendait doucement vers l'horizon au cours de l'heure qui suivit. L'effet visuel cité devait donc amplifier la vitesse apparente de descente au lieu de la réduire. Les deux gendarmes ont insisté par contre sur l'immobilité de cette « chose » par rapport à la tour.

Pourquoi n'ont-ils pas signalé la présence de Vénus en plus de celle de l'OVNI ? Il ont vu arriver cet objet à la tour et toute leur attention était focalisée sur cet objet, à cause du phénomène des boules rouges. Par rapport à cela, le ciel étoilé n'avait aucun intérêt, même s'il y avait un peu plus loin une « étoile » plus brillante que les autres. Il est vrai que l'objet est parti sans aller vers la gauche ou la droite, justement vers 19h30, quand Vénus s'est couchée. Cette coïncidence est étonnante, mais elle ne prouve rien, puisque Vénus s'est couchée à 25° de la tour. C'est un très grand écart. Je recommande de découper un coin de 25° et de l'utiliser pour viser l'horizon.

M. Vanbrabant fait remarquer que les gendarmes auraient pu rouler jusqu'à la tour, en suivant le chemin qui descend vers Membach. Le changement de perspective nous aurait été bien utile, en effet, mais les gendarmes avaient leurs raisons pour ne pas le faire. La hauteur où ils se trouvaient procurait une vue très dégagée, permettant de bien voir le phénomène des boules rouges et le départ de l'objet, auquel ils devaient s'attendre et qu'ils ne voulaient sans doute pas rater. On leur disait d'ailleurs par radio de continuer leurs observations, puisque les militaires ne s'expliquaient pas la présence de cet objet bizarre. Les deux gendarmes restaient cependant en service de garde (Bereitschaftsdienst). Ils devaient pouvoir intervenir immédiatement en cas de vol, d'accident ou d'autres problèmes. En outre, ils se trouvaient à la limite du district d'Eupen. Pour aller enquêter plus loin, ils auraient dû demander l'autorisation à Verviers. J'ai cherché (et fait rechercher) d'autres témoins qui auraient pu voir l'OVNI à partir de Membach, mais je n'en ai pas trouvé. Le soir du 29 novembre 1989, on ne savait pas encore dans la région qu'il pouvait être intéressant de lever les yeux vers le ciel et il faut dire aussi que la tour éclairée n'avait rien de neuf.

Messieurs Van Utrecht et Vanbrabant n'ont pas mis en doute l'honnêteté des gendarmes, mais ils ont essayé de discréditer leurs témoignages, en insistant sur la flexibilité de la mémoire et la possibilité de déformations subjectives des perceptions visuelles. Soyons quand même réalistes: les gendarmes ont eu assez de temps pour bien observer l'objet. C'était même devenu leur mission et ils pensaient, eux, à un engin conventionnel inconnu.

Au cours de la réunion du 22 février, M. Van Utrecht faisait valoir aussi que les confusions astronomiques sont fréquentes, d'après une étude qui portait sur 1307 cas, dont 1158 cas étaient identifiés (A. Hendry, The UFO handbook, 1979, p. 22 et 102). Voyons cela de plus près. Le nombre élevé des confusions dépend évidemment de l'échantillon choisi. En fait, on considérait seulement des cas où des « lumières nocturnes » insolites avaient été identifiées comme étant des corps célestes, afin de comparer les chances de méprises pour différentes professions. Dans 94 % de ces cas c'étaient des policiers (law enforcement) et pour 75 %, des pilotes ou le personnel aérien. Puisque cela se situait déjà dans un cadre de méprises (certaines ou probables), on ne peut évidemment pas en conclure que d'une manière générale, les policiers ou gendarmes ont 94 % de chances de se tromper et pas non plus que les chances sont les mêmes pour les agents des villes et des régions rurales.

 

Le phénomène des boules rouges

Les déclarations des gendarmes que j'avais recueillies à cet égard rendaient, à mes yeux, toute confusion astronomique impossible. Des vérifications n'étaient même pas nécessaires, puisque les gendarmes avaient suivi l'objet et puisque les mouvements des « boules de feu » étaient de grande amplitude, symétriques et répétitifs (figure 2).

 

 

Figure 2: Représentation schématique des deux phases du phénomène des boules rouges.

 

Les allées et retours étaient de longue durée par rapport aux scintillations des étoiles. Un des gendarmes a fait plus attention aux boules rouges et l'autre plus aux faisceaux, mais cela n'a rien d'étonnant, puisqu'ils ne savaient pas ce que cela pouvait être. Vu l'importance de ce phénomène, nous le visualisons schématiquement.

Le 17 décembre, quand M. Vanbrabant proposa l'hypothèse de Vénus, il essayait de rendre compte du phénomène des boules rouges, en parlant simplement de réfractions atmosphériques. Le 20 mars, après avoir entendu les témoignages des gendarmes, il était obligé de justifier sa proposition, mais il notait seulement que les rayons qui relient Vénus aux yeux peuvent être déviés par réfraction atmosphérique et qu'il peut y avoir des perturbations de la perception visuelle, sans préciser comment cela pourrait expliquer les effets observés. M. Van Utrecht a effectivement cherché dans la littérature spécialisée, puisqu'il citait 6 références, mais il reconnaissait qu'il n'avait trouvé aucune explication détaillée des rayons et boules rouges. Dans la traduction française du 28 mars, il ne semblait pourtant pas avoir abandonné tout espoir d'en découvrir: « La manière avec laquelle deux rayons rouges latéraux peuvent apparaître par scintillation ou réfraction ne trouve pas immédiatement une explication dans la littérature spécialisée. » Au risque de le décevoir, je dois dire que ce sera impossible.

Je connais bien les mécanismes de la réfraction et les propriétés des inhomogénéités ou turbulences atmosphériques. J'ai montré que certains événements liés l'intervention des F-16 au cours de la nuit du 30/31 mars 1990 pouvaient s'expliquer par des réfractions locales, anormalement importantes (VOB.2.407-414), mais il ne s'agissait que de mouvements saccadés autour d'une position moyenne et de changements de couleur, c'est-à-dire de scintillations d'une ampleur exceptionnelle. Le phénomène des boules rouges est beaucoup plus extraordinaire que cela. Ni l'orientation particulière, ni la longueur et la symétrie des « rayons », ni l'apparition des « boules rouges » qui vont, reviennent et tournent autour de l'objet, ni la durée de ces phénomènes ne peuvent s'expliquer par des réfractions localement plus fortes de la lumière de Vénus !

M. Van Utrecht a courageusement proposé une idée personnelle pour essayer de rendre compte de la périodicité du phénomène. Le 4 et le 28 mars, il affirme « qu'une couche d'inversion ondulante se déplaça en direction des témoins oculaires et que la lumière de Vénus de temps à autres se réfléchit sur cette couche miroitante. S'il en est effectivement ainsi, l'effet résultant doit être comparable à une raie lumineuse horizontale qui à chaque fois disparaît et réapparaît... Il me semble intéressant pour de tels effets d'obtenir l'opinion d'astronomes ou météorologues. » Au lieu d'une opinion, je peux offrir des faits objectifs et des arguments, basés sur des raisonnements logiques.

En premier lieu, j'ai cherché à savoir quel était le profil des températures en fonction de l'altitude au cours de la journée du 29 novembre 1989. J'ai reporté les données obtenues par des sondages effectués à Uccle sur la figure 3. Ces résultats étaient contenus dans les bulletins que j'avais déjà consultés à l'époque à l'UCL. Je remercie le professeur Quinet de l'Institut Royal Météorologique de m'avoir transmis au début de 1997 les résultats des sondages effectués le même jour à Saint Hubert. Les profils des températures y étaient très semblables à ceux de la figure 3 pour l'observatoire qui est situé à Uccle, près de Bruxelles. Le temps était déterminé par une large zone de haute pression, centrée sur l'Europe Centrale. Il faisait beau pendant la journée, avec des gelées nocturnes. On le voit sur la figure 3. A minuit, le sol refroidissait l'atmosphère jusque vers 500 m. Pendant la journée, le soleil réchauffait le sol et par conséquent les très basses couches de l'atmosphère. Cela conduisait dans la soirée à la présence d'une faible inversion de température.

 

 

Figure 3: Résultats des sondages de l'atmosphère à Uccle.

 

La formation de mirages supérieurs exige de fortes inversions de température, avec un changement presque discontinu de grande ampleur. Des rayons lumineux qui touchent la couche d'inversion en venant d'en bas peuvent alors être déviés vers le bas, comme si c'était un miroir. Normalement, cela se produit au-dessus de la mer et pour des latitudes voisines des pôles, en produisant des images de vaisseaux lointains ou d'îles, cachées de la vision directe par la courbure de la Terre (V. Mézentsev, Phénomènes étranges dans l'atmosphère et sur la Terre, Mir, 1970, 26). Physiquement, cela résulte du fait que la vitesse de propagation de la lumière est plus petite dans l'air froid que dans l'air chaud, parce qu'il est plus dense.

On peut observer le même effet en regardant la face inférieure de l'eau dans un verre, mais pour une couche d'inversion de température dans l'air, l'angle par rapport à l'horizontale à partir duquel il y a réflexion totale est beaucoup plus petit. Pour qu'il puisse y avoir un mirage supérieur, même dans des conditions qui y sont favorables, il faut que les rayons viennent d'en bas suivant une incidence rasante. En outre, si l'hypothèse de Vénus était correcte, avec un mirage supérieur, on aurait dû voir deux lumières superposées: l'image directe et l'image obtenue par réflexion. Ceci sera encore détaillé dans la troisième partie. On a effectivement signalé un cas de ce genre pour Vénus (W. Viezee, Optical mirage, in Scientific Study of Unidentified Flying Objects, E. Condon, Bantam, 641). Mais puisqu'il faut une incidence rasante, ce phénomène ne peut être que de courte durée. Ce qui s'est passé à la Gileppe était bien différent !

Considérons maintenant ce qui résulterait de l'hypothèse d'une couche d'inversion ondulante, progressant vers les témoins. Puisque le rayon réfléchi doit toujours se trouver dans le plan formé par le rayon incident et la normale au miroir local, on devrait voir des mirages supérieurs qui montent et descendent dans un plan vertical au-dessus de Vénus. Des fluctuations locales de la couche d'inversion produiraient seulement une traînée lumineuse élargie. Cet effet est d'ailleurs bien connu, mais de manière inversée pour le soleil qui se couche au-dessus de la mer. On voit alors une traînée de reflets, reliant la source à l'observateur. Il n'y aurait jamais des rayons horizontaux et encore moins des variations symétriques des longueurs et une rotation des « boules rouges » autour de la lumière centrale (figure 2). Je suis d'accord avec M. Van Utrecht: il réclame qu'on se souvienne du « rasoir d'Occam » et qu'on choisisse la solution la plus logique, mais ce n'est pas la sienne!

 

Le sens du spectacle

L'idée que les ovnis puissent être des engins d'origine extraterrestre est inacceptable aux yeux de certains, mais essayons de la considérer comme hypothèse de travail, pour voir ce qui pourrait en résulter dans le cas qui nous préoccupe. On doit alors se demander par quels moyens on pourrait produire ce type de faisceaux dans l'atmosphère terrestre. Cela fait partie des questions que je me pose, mais ce genre de considérations sortent du cadre de cette étude. Voyons seulement si le phénomène des boules rouges pouvait avoir un sens dans le cadre de l'hypothèse extraterrestre ou si celle-ci était illogique.

J'avais envisagé que les faisceaux pourraient former une antenne servant à émettre des ondes électromagnétiques de très basse fréquence (VOB.1.24). Dans ce cas, les gendarmes auraient assisté par hasard à une manoeuvre qui ne les concernait pas. L'autre possibilité est que ce « spectacle » ait été produit au contraire pour attirer l'attention des gendarmes ou d'autres témoins éventuels sur un aspect très inattendu et pour voir ensuite quelles réactions cela provoquerait dans notre pays. L'hypothèse d'une expérience sociopsychologique me semble maintenant la plus simple, au vu de beaucoup d'autres indices à l'échelle mondiale.

Des civilisations extraterrestres qui viennent nous visiter doivent s'intéresser à notre degré de maturité. Est-il suffisant pour que nous soyons capables de percevoir leur présence?  L'humanité ne refuse-t-elle pas de « voir » la réalité telle qu'elle est, à cause de certains préjugés? La vague belge a été très particulière à beaucoup d'égards et les ovnis se sont souvent comportés comme s'ils voulaient être vus. En outre, la Belgique est le siège de différents organismes internationaux, y compris l'OTAN. Vu de cette manière, le « spectacle » au-dessus de la Gileppe serait subtilement provocant. Au cours de la réunion du 22 février, j'ai brièvement mentionné la possibilité d'une expérience sociopsychologique.

Le 20 mars, M. Vanbrabant réagit à ma proposition, mais il refuse de donner un sens aux observations des gendarmes. « Le fait qu'ils auraient pu voir de leur position deux rayons de lumière horizontaux également longs des deux côtés me semble incroyablement accidentel, comme si tout ce show était fait à leur intention. » Il affirme que cet argument et l'absence d'autres témoins pour la seconde phase des observations de von Montigny et Nicoll sont « deux faits qui à eux seuls me semblent assez forts pour considérer leur récit comme une interprétation erronée de Vénus. » En s'accrochant au refus de l'hypothèse extraterrestre, il reprend l'idée que l'objet volant non identifié que von Montigny et Nicoll ont vu au début de la soirée devait être un ballon ou un ULM. Avant d'en arriver à l'examen de cette proposition, il faut signaler une autre tentative d'explication du phénomène des boules rouges.

 

Des perturbations de la vision oculaire

Messieurs Vanbrabant et Van Utrecht signalent à juste titre que des corps célestes tels que Vénus, Jupiter, Saturne ou Sirius peuvent produire des aspects visuels déroutants. Ils se basent d'ailleurs sur un article le Michel Bougard (Inforespace, hors série n°8, 1984, 26-32), où l'on trouve une série d'exemples concrets. Passons sur les rentrées de fusées ou de satellites et sur les distorsions produites par des jumelles mal réglées. Il est vraiment arrivé que des corps célestes étaient perçus d'une manière tout à fait inhabituelle! Dans un cas, on a même signalé deux « lignes rouges », mais l'une était horizontale et l'autre verticale. Le dessin du témoin montre d'ailleurs que ce n'étaient pas simplement deux lignes, mais peu importe, car dans d'autres cas, on a vu des « flèches très brillantes » et de « nombreux rayons multicolores » qui semblaient émerger d'une lumière quasi-ponctuelle. Il était même question de variations de grandeur et de formes, avec apparition de pointes.

M. Bougard a eu le mérite de scruter les dossiers de la SOBEPS, pour montrer que cela existe et il n'en a pas conclu tout simplement que ces témoins ont dû fabuler. Au contraire, il a fait valoir que les sociopsychologues ont des idées confuses à cet égard. Trop souvent, « le débat l'a emporté. » Il est utile et même nécessaire d'apprendre à mieux connaître des effets de ce genre et de chercher à les comprendre. C'est ce que je propose de faire, en explicitant des idées connues (M. Minnaert, op. cit. 121-123). Certaines personnes voient facilement, quand ils observent une lumière intense très concentrée, un ensemble de rayons très longs et très nets. Ils forment deux faisceaux divergents orientés respectivement vers le bas et le haut (figure 4a). Parfois, il n'y a qu'un seul faisceau. Cela résulte du fait que les glandes lacrymogènes peuvent humecter le globe oculaire de manière excessive. Le liquide transparent s'accumule alors au bord des paupières inférieures et supérieures. La tension superficielle tend à former des gouttelettes et les réfractions prismatiques conduisent alors à la formation d'un ensemble de longs traits, souvent colorés (figure 4.b et c).

Une vision nocturne prolongée peut conduire aussi à ce qu'une source lumineuse quasi-ponctuelle prenne un aspect étoilé (figure 4d). C'est pour cela qu'on parle d'étoiles. Il peut même y avoir formation d'une tache polygonale irrégulière, à sommets pointus. L'explication réside dans le fait que les muscles qui règlent l'adaptation visuelle du cristallin, peuvent exercer des tractions inégales dans différentes directions. Ceci est favorisé par une grande ouverture des pupilles (figure 4e). Les artistes ont souvent dessiné des rayons qui partent de flammes de bougies ou d'étoiles, parce qu'ils se fient à leurs yeux! Pour se rendre compte de l'origine oculaire de ces effets, il suffit d'incliner ou de tourner la tête: la configuration des faisceaux de rayons se modifie. Je les vois parfois, mais je n'ai jamais vu deux rayons horizontaux autour d'une forte lumière quasi-ponctuelle et il ne faut pas s'y attendre.

 

 

Figure 4: Perturbations oculaires de l'image d'une forte lumière quasi-ponctuelle

 

M. Bougard et A. Hendry citent des cas où un corps céleste, vu à l'oeil nu, a donné lieu à de brèves variations du diamètre apparent. Hendry pense que cela pourrait résulter d'un effet de « lentille atmosphérique ». Cela ne me semble pas très plausible, puisqu'il faudrait faire appel à une réfraction par une masse d'air froid pour obtenir une lentille convergente et il y aurait des phases de transition. Je propose dès lors une solution plus simple. Il suffirait d'admettre une fatigue des muscles du cristallin, avec un relâchement passager relativement brusque qui défocalise l'image. Ayant acquis une meilleure compréhension de ce qui peut perturber la vision, il est évident que cela n'explique pas les faits observés !

 

Conclusions de la nouvelle étude

Ceux qui refusent l'hypothèse extraterrestre n'expliquent pas pourquoi ils le font. Pour eux, c'est une vérité évidente, comme le postulat d'Euclide l'a été pendant de nombreux siècles. Quelques-uns parmi ces « sceptiques » lutent avec acharnement contre ce qu'ils considèrent comme hérésie. Pour empêcher que d'autres puissent être tentés par l'hypothèse extraterrestre, ils déploient déjà beaucoup d'efforts pour qu'on ne regarde pas des objets volants non identifiés et pour qu'on ne prenne pas ce genre d'observations au sérieux. La technique du « debunking » est bien rodée: on s'attaque à un cas particulier pour montrer qu'on peut au moins le mettre en doute et pour suggérer ensuite que « tout le reste » est du même genre. On exploite donc la tendance spontanée aux généralisations. La « lumière » au-dessus de la Gileppe devait donc être une cible idéale, mais pour la même raison, je devais aussi me donner la peine d'examiner ce cas d'une manière approfondie. Dans le passé, on n'a d'ailleurs pas toujours hésité à utiliser une arme encore plus pernicieuse: on jetait du discrédit sur les témoins ou l'enquêteur.

Les défenseurs de « l'hypothèse de Vénus » ont exercé une certaine retenue, bien que des menaces aient été proférées et M. Vanbrabant a suggère (le 20 mars) que j'aurais pu influencer les témoins. Il me reproche d'avoir dit à M. Von Montigny, quand il a commencé à parler du phénomène des boules rouges: « nous devons préciser cela, puisque c'est très important » (voir l'interview qui suit). Dois-je comprendre que M. Vanbrabant ne s'y serait pas intéressé et qu'il n'aurait pas cherché des précisions? La phrase qu'il cite résulte en réalité du fait que je voyais les réticences de M. von Montigny. Le phénomène des boules rouges lui semblait tellement extraordinaire et incroyable, qu'il craignait de ne pas être pris au sérieux et même d'être envoyé chez un psychiatre. D'après la critique historique, cette hésitation est plutôt favorable à la véracité du récit.

Que pouvons-nous conclure de la nouvelle étude et de la recherche que nous avons menée ensemble? Le résultat final est que l'hypothèse de Vénus ne s'est pas confirmée! Elle est même en désaccord avec les faits observés pour les raisons suivantes. (1) Les deux gendarmes ont vu le mouvement d'approche, quand ils n'étaient pas dans une voiture qui roule. Ensuite, ils ont constaté l'immobilisation de l'OVNI près de la tour éclairée. (2) Ils ont vu, avec une motivation suffisante pour regarder de manière attentive, que la « lumière » restait stationnaire par rapport à la tour. (3) Les contestataires ont affirmé au départ que la direction d'observation était justement celle où se trouvait la planète Vénus à ce moment. Une analyse plus poussée a démontré que c'était inexact. Les écarts passent même du début à la fin de l'observation de 10° à 25°, ce qui est énorme. (4) Les gendarmes n'ont pas changé leur poste d'observation et ils n'ont pas signalé la présence de Vénus pour des raisons plausibles. (5) Le phénomène des boules rouges est un élément capital, qu'on ne parvient pas à expliquer par l'hypothèse de Vénus, qu'on considère des effets de réfraction atmosphérique ou de vision oculaire. (6) Des boules rouges ont été observées à d'autres endroits, en association avec les OVNI de la vague belge (à Henri Chapelle, le même soir du 29 novembre 1989 et ensuite à d'autres endroits, le 1er et 11 décembre 1989, le 1 mars, le 13 avril 90 et le 22 novembre 1990). Le cas de la Gileppe est sans doute très remarquable, mais pas une singularité inouïe. (7) Une analyse objective doit envisager toutes les hypothèses, sans préjugés et sans exclusives. Cela s'applique aussi à l'hypothèse extraterrestre.

 

L'hypothèse d'un ULM

Le nombre et le type des apparitions d'OVNI en Belgique rendent impossible de nier le caractère matériel et technologique de ce phénomène. Au début, on pouvait et devait même envisager des hypothèses conventionnelles, mais il fallait aller jusqu'au bout de sa pensée. L'hypothèse des avions secrets américains fut réfutée par l'ambassade américaine et... par le bon sens. D'autres personnes pensaient à l'AWACS ou à un engin motorisé très léger, dont le pilote transgresse les règlements. On a également fait appel à l'idée de ballons aménagés ou d'autres systèmes volants plus performants, conçus par un inventeur génial. Toutes ces hypothèses ne résistent pas à l'analyse, du moment qu'on se donne la peine d'examiner ce qui a été réellement observé. On est cependant obligé de reconnaître que quelques personnes, plutôt rares, mais bruyantes, suivent une autre stratégie, basée sur le syllogisme que voici:

 

On ne peut pas nier qu'il y avait des objets volants non identifiés.

L'hypothèse extraterrestre est inacceptable.

Il doit donc y avoir une explication conventionnelle.

 

Un des opposants de l'hypothèse extraterrestre est l'allemand Werner Walter, commerçant à Mannheim et fondateur du CENAP (Centrales Erforschungs-Netz aussergewöhnlicher Himmelsphänomene). Il envoya des formulaires aux gendarmes von Montigny et Nicoll, que ceux-ci n'ont jamais remplis et M. Walter ne s'est pas rendu sur place pour réaliser des enquêtes approfondies. Il n'en avait pas besoin ! Puisqu'on avait vu des « triangles » et puisqu'on avait entendu parfois un bruit qui pourrait être celui d'un moteur, il en a conclu directement qu'il devait s'agir d'un ULM et que toutes les observations de la vague belge devaient s'expliquer de cette manière. M. Walter a même l'audace de défendre cette thèse dans un journal d'Eupen (Grenz-Echo, le 5 mars 1994). En fait, il y faisait de la réclame pour sa dernière publication (Ufos 2000 - Die Eskalation) et il affirmait, d'après le titre de l'article, que le pilote se moquait les ufologues. Il souhaitait évidemment que cela se passe comme cela, mais il allait encore plus loin dans ses allégations illusoires.

Un quart d'un livre plus récent de monsieur Walter (UFOs Die Wahrheit, 1996) est consacré à la vague belge. Je connais celle-ci et je dois dire que la présentation qui en est fait n'est qu'un tissu de distorsions systématiques et une désinformation éhontée, bien que le titre proclame haut et fort que c'est LA VERITE. M. Walter réécrit l'histoire à la manière des révisionnistes qui nient même l'extermination des juifs dans les camps de concentration des nazis. Cela existe! Pour lui, il ne s'est jamais rien passé d'extraordinaire au cours de la vague belge. Ce n'étaient que des méprises de A à Z. M. Walter termine son exposé sur ce qu'il appelle une « vague des pseudo-ovnis » dans notre pays, en répétant simplement sa thèse: « les candidats pour expliquer les OVNI sont des avions ultra-légers pilotés par des aventuriers, des avions expérimentaux privés et des appareils téléguidés de grand format, partant par exemple de bases militaires dans la région des observations » (livre cité, p. 303). Il ne fournit aucune preuve, bien sûr, mais pour se rassurer lui-même, il ajoute: « C'est notre espoir que le pilote responsable se fera connaître. »

Notons encore que Werner Walter mentionne son « collègue » Wim Van Utrecht, parce qu'il aurait réussi, au moyen de carton, de ciseaux, d'une aiguille et de quelques lampes, à réaliser une photo truquée qui ressemble à celle de Petit-Rechain (livre cité, p. 299). En fait, il n'existe qu'une vague ressemblance et on aurait dû procéder surtout à une analyse approfondie la photo originale. Je l'ai fait et le résultat de cette étude sera publié dans Inforespace. Je dois encore signaler que M. Van Utrecht n'a pas hésité à discréditer la vague belge et la SOBEPS dans une publication ufologique internationale (Mufon UFO Journal, février 1992 et août 1992). En outre, je l'ai rencontré lors d'une émission télévisée en néerlandais (VTM, 1995), où il intervenait de manière très décidée comme opposant de l'hypothèse extraterrestre.

La demande de M. Vanbrabant, formulée dans sa lettre du 20 mars, est plus ouverte. Il voudrait qu'on ne se limite pas à l'hypothèse extraterrestre, mais qu'on considère aussi « d'autres hypothèses, comme celle d'un ballon, ULM ou autre appareil volant léger motorisé. » Je suis parfaitement d'accord. Faisons le, en partant de ce que les gendarmes von Montigny et Nicoll ont réellement vu (figure 5). Est-ce que cela ressemble à un ULM ? En plus de la forme et des lumières, il faut tenir compte du fait que cela pouvait rester immobile dans l'air. Tous les témoins qui ont vu cet objet ont été étonnés de ne pas entendre le bruit auquel ils s'attendaient. En outre, il y avait de nombreux ovnis, apparaissant à d'autres endroits, avec des formes différentes, mais des caractéristiques communes. Il n'y a pas de doute possible, si l'on est objectif: ces objets  mettaient en oeuvre une technologie inconnue. Nous sommes maintenant six ans plus loin et il n'y a toujours aucun indice d'une explication conventionnelle qui soit réaliste.

 

 

Figure 5: L'OVNI observé par les gendarmes von Montigny et Nicoll

 

M. Vanbrabant se contente de proposer des possibilités. Les gendarmes von Montigny et Nicoll auraient pu voir un engin terrestre, servant à un coup de pub (pour quel produit?) ou assister à une expérience militaire (sans que les responsables des opérations militaires aériennes dans notre pays en soient avertis). M. Bonabot a le mérite d'avoir cherché à expliquer au moins un aspect particulier des observations initiales des gendarmes. L'objet pourrait avoir rebroussé chemin, à cause d'un obstacle. Il a trouvé qu'une carte indiquait la présence d'une ligne de haute tension à l'endroit présumé et il en a conclu que cela pourrait être la cause du « demi-tour de l'aile delta ». Dans sa lettre du 13 janvier 1997, M. Bonabot affirme que « tout semble correspondre au déplacement d'un petit engin solide, bien terrestre, volant à quelques dizaines de mètres du sol et dont le pilote se trouve tout à coup confronté avec un dangereux obstacle qui entraînera l'électrocution, la destruction de son appareil » (juin 1996). Examinons cela de plus près.

Les cartes indiquent bien qu'il y a une ligne électrique qui suit une rue perpendiculaire à la route N68, avant le carrefour de Merols, du côté de Belven. Quand j'y suis allé, j'ai trouvé une ligne électrique du réseau ordinaire (220 V). Elle est de hauteur normale, en tout cas inférieure à 20 m, tandis que l'OVNI évoluait à environ 120 m du sol ! Cette ligne électrique n'aurait pas gêné le pilote, d'autant plus que par après, il a survolé d'autres lignes électriques, des bâtiments et même la ville d'Eupen. Je suis retourné une seconde fois sur les lieux, pour chercher de vraies lignes de haute tension. J'en ai trouvé une de 15.000 V, située beaucoup plus loin de la N68, mais même celle-ci était également de hauteur très modeste. Cela suffirait déjà pour écarter l'hypothèse d'un obstacle aérien, mais il y a encore une autre raison, liée à une détermination plus précise de l'endroit où l'OVNI a rebroussé chemin. Il y eut un petit malentendu à cet égard et une rectification est nécessaire.

L'interview initiale de M. von Montigny précisait qu'ils avaient découvert l'OVNI au-dessus d'une prairie, à droite de la N68 quand on roule vers Aix-la-Chapelle, entre Kettenis et Merols. C'était derrière Libermé et en fait, un peu plus loin que le petit chemin qui mène à une ferme (Gut Luft), en face d'une croix de l'autre côté de la route. A cet endroit, on a effectivement une vue bien dégagée sur la prairie, située un peu plus bas. Quand les gendarmes ont constaté que l'engin se mettait en mouvement vers Merols, ils se sont dit: « Allons nous mettre sur la petite route un peu plus loin, pour bien le regarder ». Je savais que l'OVNI avait fait demi-tour avant d'y arriver, mais j'ai appris maintenant qu'il a déjà rebroussé chemin avant que les gendarmes n'arrivent au chemin où ils voulaient l'attendre. Voyant la manoeuvre de l'engin, ils ont décidé de l'observer plus discrètement et plus à l'aise par rapport au trafic, en empruntant la Hochstrasse.

On peut la rejoindre un peu avant le carrefour de Merols, dont il a été question dans la première interview de von Montigny, mais on y arrive plus directement au carrefour précédent (de Eierhof-Belven). Au moment de la rédaction, j'ai hésité et levé les incertitudes à partir de renseignements fournis par d'autres personnes, pour ne pas déranger les gendarmes. Ce n'était pas important pour établir les caractéristiques de l'OVNI, mais maintenant, j'ai pu établir que les gendarmes ont quitté la N68 au carrefour Eierhof-Belven et que l'OVNI s'est donc déplacé au-dessus d'une prairie parfaitement plane, sans le moindre obstacle. Pourquoi a-t-il rebroussé chemin? Est-ce que les occupants étaient attentifs aux gendarmes? Avaient-ils deviné leurs intentions? Je n'en sais rien, mais ce n'est pas à cause d'une ligne électrique !

 

Le fond du problème

M. Vanbrabant termine sa lettre du 20 mars en ces termes: « Il ne s'agit plus d'observations isolées, mais de l'ufologie elle-même... Il y a des leçons à tirer, qui iront, on peut l'espérer, dans la direction d'une continuation de la recherche. » Je l'espère aussi, mais quelle recherche? J'ai honnêtement cherché à savoir si l'hypothèse de Vénus pouvait être retenue ou non. En même temps, je voulais voir si un vrai dialogue était possible ou non. C'était une expérience, dont le résultat n'était pas connu à l'avance. Il fallait cheminer ensemble et apprendre à mieux se connaître. J'ai toujours eu l'impression dans le passé que les soi-disant « sceptiques » sont plus croyants que les autres. Ils croient fermement qu'une origine extraterrestre des ovnis est impossible! Qu'on puisse être de cet avis, fait partie de la liberté de pensée et est parfaitement respectable, aussi longtemps que cela ne conduit pas à faire du tort à d'autres personnes ou à entraver l'étude du problème posé. Je n'ai aucune envie de polémiquer et je crois que du moment qu'on se parle, on a des chances de s'entendre! Prenons donc un peu de recul et posons-nous la question fondamentale: quels sont les critères de vérité?

Il y en a deux et normalement, ils sont concordants. D'une part, on doit se référer aux faits observés. Ce sont ceux-ci qui définissent la « réalité » et qui permettent de décider ce qui est vrai ou faux. Il faut évidemment prendre des précautions pour ne pas commettre des erreurs de perception ou d'interprétation. D'autre part, il y a des structures mentales qui fournissent un modèle de la réalité. Pour que ce modèle soit valable, il faut qu'on ait pu vérifier qu'il ne présente pas d'incohérences logiques et qu'il n'y a aucun désaccord avec les faits observés. Il y a donc un critère de cohérence interne et un critère de confirmation externe. En physique, on sait que même les théories apparemment bien établies reposent sur des hypothèses, postulats ou axiomes. Les idées que nous avons dans notre tête sont très utiles, puisqu'elles nous permettent de filtrer le flux des informations et de suppléer aux imperfections de nos sens ou des appareils de mesure. C'est extrêmement précieux, mais il arrive que d'autres faits surgissent qui contredisent les idées que l'on supposait être bien assurées.

Dans ce cas, il y a différentes réactions possibles. Il est assez fréquent (même dans la vie courante) qu'on se dit que « cela passera ». On attend, mais cela peut conduire aussi à fermer les yeux pour ne pas devoir changer les idées qu'on a dans sa tête. On voudrait que celles-ci soient vraies, parce qu'on en a l'habitude ou parce que les nouvelles données exigeraient des remises en question très fondamentales. Cela met mal à l'aise et peut même faire peur. Quand je regarde la réponse globale de l'humanité vis-à-vis des nombreuses observations d'OVNI, je suis bien obligé de reconnaître qu'on agit comme si rien ne s'était jamais passé. On fait du refoulement, mais cela n'a encore jamais résolu les problèmes qui se posent. Très souvent, cela en crée d'autres. Comment réagit la communauté scientifique, bien qu'elle soit chargée de réfléchir sur la réalité? Que font les pouvoirs politiques ou militaires? Que disent ceux qui devraient être les moteurs de la pensée et de la culture, ceux qui sont en charge des informations, ceux dont la mission est de préparer l'avenir, comme les éducateurs par exemple? Les « sceptiques » optent également pour le refoulement, mais au lieu de rester passifs, ils s'engageant, eux, dans une fuite vers l'avant.

Certaines personnes ou groupes d'intérêt agissent vis-à-vis du phénomène OVNI, en jouent sur les émotions. Qu'il s'agisse de cinéastes ou simplement d'agences de publicité qui présentent au public des cauchemars ou des rêves plus ou moins poétiques, ils remuent évidemment l'inconscient collectif, mais cela n'est pas non plus la réponse appropriée. En fait, cela revient à brasser nos propres problèmes humains. Ce qui serait vraiment nécessaire, puisque le phénomène OVNI peut faire peur, c'est de mettre en oeuvre notre rationalité. Comment devrait-on s'y prendre ?

En premier lieu, il faut vraiment percevoir le conflit qui existe entre certains faits observés et les idées qu'on avait. Les nombreuses observations d'OVNI à l'échelle du Monde, depuis bien plus que 50 ans, devraient susciter au moins de l'étonnement. Il est vrai que ces observations suggèrent une origine extraterrestre et que la possibilité d'un contact direct avec des civilisations beaucoup plus anciennes que la nôtre et techniquement plus puissantes soulève des problèmes considérables. Il faut même s'attendre à ce que des bouleversements très profonds de notre société et de ses bases culturelles puissent en résulter, mais si l'on se contente simplement de « fermer les yeux », cela me semble radicalement contraire à la dignité humaine. Elle se justifie surtout par le fait que nous sommes des êtres doués de raison.

Le pas suivant est de mettre en oeuvre les moyens qui permettent de connaître les faits observables d'une manière aussi détaillée et précise que possible. On pourrait étudier le phénomène OVNI à l'échelle mondiale avec les moyens qui sont déjà disponibles, mais il faudrait qu'on soit décidé à le faire. Il faut en tout cas que l'on continue à accumuler des données, chercher à diminuer les incertitudes et dégager les éléments qui peuvent nous mettre sur la voie de la construction de nouvelles structures mentales, plus adaptées. On progresse souvent par petits pas, mais à certains moments, il y a de véritables « sauts quantiques », des mutations de notre image du monde. Des transformations de ce genre n'ont jamais été faciles, mais ces moments ont toujours été particulièrement marquants pour l'histoire humaine. Relevons ce défi, chacun à sa manière, mais en travaillant ensemble.

 

L'idée d'un verdict

A la fin de sa longue lettre du 20 mars 1997, M. Vanbrabant estime de manière un peu pessimiste que nous nous trouvons dans une « impasse ». D'après lui, chacun avance seulement des arguments subjectifs. Il suggère ou demande dès lors de soumettre la problématique de l'hypothèse de Vénus au verdict d'un panel d'astronomes et de météorologistes. C'est une procédure de type juridique qui permet effectivement de résoudre certains conflits. On confie le pouvoir de « trancher » à des experts ou à une autorité instituée pour cela. Cette méthode n'est cependant pas adéquate quand il s'agit de la recherche de la vérité. On l'a essayé pour Galilée, mais cela n'a pas réussi !

Il faut laisser libre cours à l'esprit, en exigeant uniquement le respect de la cohérence logique et de la conformité aux faits observés. On ne peut pas « dicter » ce qu'on doit penser quand on rencontre l'inconnu. C'est l'histoire qui jugera. J'espère, comme M. Vanbrabant, qu'un dialogue serein puisse s'installer entre tous ceux qui cherchent à comprendre le phénomène ovni, mais il faut nous mettre d'accord sur les méthodes à utiliser. Sinon, il n'y aura qu'un dialogue de sourds. En 1991, j'ai déjà précisé ce qui me semblait être essentiel et sur quoi j'aimerais bien qu'il y ait un accord (VOB.1.48-49): « Notre objectif n'est pas de prouver que le phénomène OVNI est d'origine extraterrestre. Nous cherchons la vérité, et pour cela, il faut rassembler les faits observés. Il faut les examiner attentivement et les confronter à toutes les idées qui pourraient éventuellement aider à les comprendre. »
 

2.   Les interviews des témoins

 

La première interview de Hubert von Montigny

Elle a été réalisée en décembre 1989 par A. Meessen. Voici le jeu des questions (Q) et réponses (R) que ceux qui ont assisté à la réunion du 22 février 1997 ont pu suivre, en écoutant l'enregistrement en langue allemande et en regardant la traduction française. Puisque l'interview complète a duré plusieurs heures, je n'en reproduis que la seconde partie, en commençant par quelques brefs extraits de la première partie. Est-ce que l'objet a rebroussé chemin et que s'est-il passé quand il se déplaçait vers Eupen?

 

R:  ... Nous avons vu en tout cas que l'objet tournait et revenait en arrière.

Q: Et de la rue haute, pouviez-vous le voir constamment?

R:  Nous pouvions le suivre tout le temps... Nous sommes rentrés à la caserne. Willems Robert a dit: « ça ne va pas comme ça... sinon, c'est moi qui téléphone »...

Q:  Alors, tout le monde l'a vu ?

R:  Willems Robert a vu ce qui se tenait là-bas et Creutz l'a également vu à ce moment.

Q: Vous aussi?

R:  Ah oui! ... Nous sommes repartis, en prenant la route de Herbesthal pour tourner vers Garnstock. L'objet était resté suspendu. Quand nous étions entre la route de Herbesthal et celle de Verviers, il se remettait en mouvement, direction Gileppe.

Q:  Quelle heure était-il?

R:  Environ 6 h 15... Nous avons traversé la rue de Verviers, vers Membach. On y arrive à une chapelle située sur une hauteur, devant une profonde vallée. Nous y sommes restés pour regarder. Cela se tenait alors tout à fait immobile au-dessus de la Gileppe.

Q:  C'était quelle heure?

R:  Vers 6 h 30. J'étais sorti de la voiture pour garder cette chose à l'oeil. Dans la vallée, on voyait la tour panoramique de la Gileppe. Elle était bien éclairée. C'était suspendu au-dessus de cette tour. Nicoll, observant de la voiture, vit une autre lumière qu'il attribue à un fermier. Il me dit: « Hubert, il y a un deuxième! » Cela venait vers nous, très vite, mais en prenant un tournant.

Q:  Pouvez-vous dessiner la trajectoire sur ma carte?

R:  Cela venait de Baelen et tournait ainsi... Oui, c'était sans doute l'objet que les autres ont vu à la caserne (voir la dernière interview). Quelques minutes après, les collègues de Kelmis disent à la radio: « nous le voyons aussi! » Cela pourrait être le même objet. Il y avait quelque chose de remarquable! De l'objet au-dessus de la Gileppe partaient toujours des points lumineux, comme des faisceaux laser. Quand ils étaient à une certaine distance, une grande distance, on avait l'impression qu'ils revenaient en arrière. Nous l'avions déjà constaté quand nous étions sur la rue haute (après le passage à la caserne). Il y avait des faisceaux de lumière qui partaient... très loin, rougeâtres, des deux côtés, horizontalement. Quand ils étaient loin, ils revenaient, mais ne rentraient pas dans l'objet. Ils tournaient autour et repartaient.

Q:  C'était soudain?

R:  Subitement. Cela sortait très vite et revenait.

Q: Vous voyez que cela se raccourcit?

R: Oui, nous voyons que cela se raccourcit et quand c'était de nouveau près de l'objet, nous avions l'impression que cela tournait autour.

Q: Qu'est-ce qui tourne autour?

R: J'ai toujours comparé cela à des plongeurs qui tirent un harpon et qui ramènent ensuite la flèche vers eux... Cela me donnait cette impression là, mais, cela tournait de nouveau autour...

Q:  Qu'est-ce qui tourne autour?

R:  Ce qui était parti.

Q:  Nous devons préciser cela, puisque c'est très important.

R:  Cela partait horizontalement des deux côtés, très vite. Quand c'était peut-être à 5 ou 6 km, les deux revenaient et tournaient autour, pour repartir...

Q:  C'est tout le rayon qui tourne autour?

R:  C'était quelque chose comme une boule rougeâtre. Il y en avait deux. Une de chaque côté et ils repartaient.

Q:  Je ne comprends pas encore. Vous devez me le décrire avec plus de précision! Donc ceci (sur le dessin) était quelque chose comme un rayon. Comment pouviez-vous vous en rendre compte? La couleur était différente?

R:  Oui, une autre couleur. C'était rougeâtre.

Q:  Rougeâtre. Ah. Et cette boule ?

R:  Très lumineuse.

Q:  Les rayons étaient rougeâtres... et assez lumineux?

R:  On pouvait bien les voir.

Q:  Très longs?

R:  Très éloigné.

Q:  Vous pensez même plusieurs kilomètres?

R:  Oui, à partir de l'objet. Oui, oui, oui.

Q:  Très vite ? Comme si l'on avait tiré?

R:  Comme quelque chose qu'on tire, mais c'était aussi comme un avion qui forme une traînée.

Q:  Des deux côtés?

R:  Des deux côtés, en s'écartant rapidement de l'objet. Ensuite, cela y revenait rapidement, sans y rentrer. C'était sorti, mais ne rentrait pas.

Q:  Et quand cela revenait, cela (le rayon dessiné) avait une certaine largeur?

R:  Non, à ce moment, il n'y avait plus de rayon.

Q:  Qu'est-ce qui revenait?

R:  Une sorte de sphère.

Q:  Ah!

R:  Nous avions l'impression que cela part à une certaine distance et puis cela doit retourner.

Q:  Le rayon n'est plus là?

R:  Le rayon a disparu.

Q:  Et quelque chose comme une boule revient?

R:  Revient.

Q:  Et sa couleur?

R:  Rouge comme une boule de feu.

Q:  Ah, ceci est intéressant... et même très important.

R:  L'une tournait comme ceci et l'autre comme cela (en sens inverse).

Q:  Les boules tournaient?

R:  Elles tournaient toutes les deux autour (de l'objet central) et puis, elles repartaient, mais de nouveau très vite.

Q:  Ce n'étaient que les boules qui repartaient ou y avait-il un rayon?

R:  Curieusement, quand cela repartait d'ici, cela avait de nouveau un rayon.

Q:  Hm... Ce que vous dites là est très important!

R:  Pas que je dois aller à Anvers, c'est pour nous... (l'hôpital psychiatrique). Pas que je dois m'asseoir devant un psychiatre!

Q:  Non, non.... Comment cela a-t-il commencé? Vous l'avez vu (seulement) quand vous étiez près de la Gileppe?

R:  Nous l'avons vu en venant.

Q:  Donc de la rue haute,... assez loin de là (de la tour où la lumière s'est immobilisé)?

R:  Oui. oui. Et quand c'était suspendu au-dessus de la Gileppe, on pouvait très bien le voir. Cela partait des deux côtés.

Q:  Puisque vous le voyez latéralement, cela aurait pu aller également dans d'autres directions (à l'intérieur d'un même plan)?

R: